MAROC
01/07/2019 11h:25 CET

CAN 2019: En Egypte, le retour d'Amr Warda accusé de harcèlement sexuel divise

Le joueur égyptien, accusé de harcèlement sexuel, a été exclu de l'équipe mercredi avant de revenir sous la pression de ses coéquipiers. Notamment de Mohamed Salah.

Le HuffPost

FOOTBALL - “Les femmes doivent être traitées avec le plus grand respect. Non, c’est non”. Mais les hommes ont aussi le droit à une “seconde chance”. Le message sur Twitter de la star égyptienne du football, Mohamed Salah, est resté en travers de la gorge des internautes de son pays. Depuis la réintégration dans la sélection nationale pour la CAN 2019 du joueur Amr Warda, accusé de harcèlement sexuel, la polémique enfle en Égypte.

″Équipe de harceleurs”: sur les réseaux sociaux, devenus le seul espace de débat dans un pays sous régime autoritaire, les Égyptiens sont nombreux à dénoncer le retour du footballeur soutenu par ses coéquipiers.

Après avoir exclu le joueur de l’équipe mercredi 26 juin, la Fédération égyptienne de football (EFA) a rétropédalé 48 heures plus tard en annonçant qu’Amr Warda jouerait finalement les huitièmes de finale. Depuis, la Fédération tente laborieusement de s’expliquer : peut-être que les témoignages de harcèlement sont “faux”, “il a déjà été sanctionné au premier tour”, les faits “relèvent d’un comportement personnel”, a expliqué à l’AFP le responsable média de l’EFA.

Mais surtout ses coéquipiers ont fait pression pour son retour, et c’est tout le problème pour les internautes qui s’indignent. La Fédération a d’ailleurs “salué la solidarité et la volonté des joueurs de pardonner à Amr Warda”, reprend RFI.

 

En tête des pardonneurs, le “roi” Salah, littéralement porté aux nues en Égypte où son image est placardée dans presque toutes les rues. Mais, depuis la polémique, il chute un peu de son piédestal. On l’accuse de double discours, lui qui avait donné, en avril dernier, une interview au Time pour appeler à lutter contre les comportements sexistes dans son pays. “Il faut changer la façon dont nous traitons les femmes dans notre culture. Ce n’est plus une option”, déclarait-il alors.

Warda au coeur d’un #Metoo égyptien

Plusieurs femmes ont diffusé sur les réseaux sociaux des captures d’écran de messages insistants et une vidéo obscène attribués à l’international égyptien, allier dans le club grec du Panetolikós FC.

Le joueur de 25 ans a présenté des excuses, à tout le monde sauf à ses accusatrices, dans une vidéo postée sur Facebook: “Je suis désolé. Je présente toutes mes excuses aux joueurs, au staff technique, à ma famille. Je vous promets que tout rentrera dans l’ordre dans l’avenir.”

Une “catastrophe” pour la société égyptienne

La décision de la fédération est une “catastrophe pour la société” en raison du “rôle social” du football, auprès des jeunes garçons en particulier, a déclaré à l’AFP Tarek Talaat, journaliste au site spécialisé Yalla Kora. “C’est le droit des joueurs de soutenir Amr Warda mais la fédération aurait dû être plus forte et ne pas revenir sur une décision bonne et morale.”

Pour la célèbre activiste, Azza Souleiman, avocate spécialisée dans les droits des femmes, “c’est choquant”. “Un symbole de la sympathie de la société et de ce régime à l’égard des accusés dans les affaires de harcèlement contre les femmes.”

La “tolérance envers le harceleur” reste flagrante, dans ce pays très conservateur où “il n’est pas perçu comme un criminel”, dit-elle. Plusieurs médias égyptiens ont ainsi publié des articles sur “l’autre visage” d’Amr Warda, le présentant comme un jeune homme pieux.

“Ici, on peut se sortir facilement de n’importe quelle affaire contre les femmes”, dénonce Azza Souleiman qui, comme d’autres défenseurs des droits humains en Egypte est dans le collimateur des autorités. 

Si les harceleurs et parfois les violeurs échappe à la justice, les tribunaux égyptiens restent connus pour leurs nombreuses condamnations dans des affaires de mœurs, lorsque des femmes ou des hommes soupçonnés d’homosexualité ou d’incitation à la débauche se retrouvent sur le banc des accusés.

Sur Twitter, l’actrice Rania Youssef a dénoncé le “deux poids deux mesures” des tenants de la bonne moralité. Elle avait elle-même échappé de peu à un procès pour “incitation à la débauche”, après être apparue en robe partiellement transparente lors du festival international du film du Caire en décembre.

Cet article a été initalement publié par Le HuffPost France.