04/04/2019 11h:46 CET | Actualisé 04/04/2019 11h:46 CET

Bruxelles enquête sur l'achat, par l'Espagne, de l'électricité produite dans les centrales marocaines

L'Espagne achète de l'électricité moins chère dans les centrales thermiques marocaines.

Youssef Boudlal / Reuters
La centrale thermique de Jerada au Maroc, le 20 janvier 2018.

ÉNERGIE - L’électricité produite dans les centrales thermiques marocaines et vendue en Espagne est dans le viseur de Bruxelles. Selon le site espagnol El Periodico de la Energía, la Commission européenne tente de résoudre le problème des importations massives, par l’Espagne, d’électricité polluante en provenance du Maroc depuis novembre 2018.

Une taxe pourrait ainsi être appliquée pour que l’électricité marocaine, qui n’est pas soumise au système de taxation des émissions de CO2 imposé aux centrales de l’UE, respecte les mêmes règles que celles appliquées sur le sol européen, indique le média spécialisé.

L’Espagne, qui a récemment lancé une politique de “décarbonisation” de son énergie, s’est paradoxalement tournée vers son voisin d’Afrique du Nord pour acheter de l’électricité polluante moins chère, notamment depuis la mise en service de deux nouvelles centrales à charbon au Maroc, à Safi et Jerada.

Selon El Periodico de la Energía, ces deux usines marocaines émettent environ 686 grammes de CO2 par kilowatt-heure, tandis que toutes les usines espagnoles en émettent 195.

“Le fait d’acheter de l’électricité au Maroc a un impact direct sur le marché espagnol de l’électricité. Les centrales thermiques espagnoles sont laissées de côté, incapables d’entrer sur le marché et donc incapables de vendre leur énergie”, note le quotidien.

En achetant de l’électricité au Maroc, l’Espagne le fait en effet à un prix inférieur à celui des centrales espagnoles. La différence est le prix du CO2, précise la même source, soulignant que les centrales thermiques espagnoles doivent payer un prix pour l’émission de CO2, que le Maroc n’applique pas puisqu’il ne fait pas partie du système d’échange de quotas d’émission de CO2 de l’UE.

L’achat d’électricité au Maroc présente certains avantages pour l’Espagne, notamment pour les consommateurs espagnols qui paient moins pour l’électricité qu’ils consomment, car l’électricité marocaine est censée être moins chère que l’électricité produite en Espagne, précise le quotidien.

“Une solution est nécessaire le plus tôt possible car, tant que les milliers de mégawatts d’énergies renouvelables promis par le Royaume du Maroc ne seront pas mis en service, le problème s’aggravera”, conclut la même source.

Néanmoins, depuis hier, l’Espagne aurait stoppé l’achat d’électricité au Maroc, rapporte la même source ce jeudi. “L’Espagne a cessé d’importer de l’électricité au Maroc comme par magie”, ironise El Periodico de la Energía, faisant le lien direct entre la médiatisation de l’affaire en début de semaine et cette interruption de l’exportation d’énergie marocaine en Espagne.

En février dernier, le gouvernement espagnol avait déjà communiqué le problème à la Commission européenne. La ministre de la Transition écologique, Teresa Ribera, avait adressé une lettre au commissaire européen chargé de l’action pour le climat et l’énergie, Miguel Arias Cañete, lui demandant instamment d’arbitrer “un mécanisme de protection de la libre concurrence et de préservation de l’environnement”, rappelle le quotidien espagnol Heraldo. Une demande qui, comme l’a confirmé le ministère, n’a pas encore eu de réponse, souligne la même source.

Deux interconnexions électriques existent actuellement entre les deux pays, mais l’Espagne exportait surtout de l’électricité vers son voisin avant que la tendance ne s’inverse il y a cinq mois.