MAROC
19/10/2019 09h:22 CET

Brexit: ces conditions qui doivent se produire pour que l'accord soit voté

Boris Johnson tente depuis jeudi de rallier les députés indécis à sa cause. L'écart de voix final pourrait être très faible pour le vote de ce samedi.

NIKLAS HALLE'N via Getty Images

BREXIT - De retour à Londres après avoir trouvé sur le fil un accord sur le Brexit avec les 27, le Premier ministre Boris Johnson s’est attelé vendredi 18 octobre à la difficile tâche de convaincre les membres du Parlement britannique de l’adopter.

Le vote se déroule ce samedi 19 octobre à la Chambre des communes lors d’une séance exceptionnelle, une première depuis la guerre des Malouines en 1982.

Mais Boris Johnson, arrivé au pouvoir fin juillet, a perdu sa majorité à Westminster et ne dispose plus que de 288 élus, là où il aura besoin de 320 voix pour faire passer son accord.

Le Premier ministre britannique sait déjà qu’il ne pourra pas compter sur le vote des 10 députés du petit parti nord-irlandais DUP, pourtant allié des conservateurs et qui avait voté pour le Brexit en 2016. L’accord tout juste publié jeudi, le parti unioniste a dit ne pas être “en mesure de soutenir ces propositions au Parlement”, sur les questions de règlement douanier et du consentement de l’exécutif nord-irlandais au projet de Brexit. Pas question de bouger, a insisté vendredi Sammy Wilson, le député DUP chargé du Brexit, sur la BBC: “Je peux vous donner l’assurance absolue que nous ne voterons pas pour cet accord”. 

De son côté, le chef du Parti travailliste, principale formation d’opposition au Royaume-Uni avec 244 députés, a appelé les députés à “rejeter” l’accord entre Londres et l’Union européenne. Selon Jeremy Corbyn, “la meilleure façon de résoudre le Brexit est de donner à la population le dernier mot” lors d’un deuxième référendum, plus de trois ans après que 52% des Britanniques ont voté pour quitter l’Union européenne.

 

Favorables au maintien dans l’UE, les indépendantistes écossais du SNP (35 députés) et les Libéraux-démocrates (19) ont également opposé une fin de non-recevoir.

À deux députés près?

Si l’on additionne tous les députés du DUP, du parti travailliste, du SNP et des Libéraux-démocrates, on arrive à un total de 308 personnes qui voteraient contre l’accord. Contre 288, de la majorité, pour l’accord. Et avec un total de 43 députés d’autres bords à répartir dans les deux scénarios. En réalité, c’est un peu plus complexe que cela.

Une analyse du Financial Times vendredi 18 octobre, suggérait que si Boris Johnson ne pouvait persuader le DUP de renoncer à son opposition ou plusieurs députés travaillistes ou des parlementaires indépendants d’appuyer son accord, il lui faudrait se battre jusqu’à ce samedi pour chaque voix afin d’obtenir une majorité à la Chambre des communes.

La tâche est ardue, tant le vote s’annonce serré. Selon Downing Street, Boris Johnson a multiplié jeudi et vendredi les coups de téléphone aux députés.

Selon le Financial Times, s’appuyant sur des prévisions par parti et des déclarations et prises de position de députés, 321 d’entre eux pourraient voter contre l’accord et 318 pour. Cela sachant que de nombreux députés n’ont jamais ouvertement annoncé leur vote.

“Avec des mises en garde et beaucoup d’indécis, nous estimons que 318 députés pourraient voter pour l’accord, 321 contre. Sans le DUP, Boris Johnson doit convaincre au moins deux députés de passer son nouvel accord.”

 

“Maintenant, c’est un jeu de nombres”, écrivait à juste titre The Guardian vendredi 18 octobre en une.

 

Séduire les 23 conservateurs indépendants

Parmi les votants pour l’accord, presque tous les 287 députés conservateurs devraient y souscrire, y compris la plupart des 28 conservateurs eurosceptiques extrémistes -surnommés les “Spartans”- qui ont voté à plusieurs reprises contre l’accord de retrait de Theresa May.

Le grand défi pour Boris Johnson sera notamment de gagner le vote des 23 conservateurs indépendants qui se sont distanciés du parti.

Sans le DUP, les efforts du Premier ministre se porteront aussi sur le nombre de députés indépendants, principalement d’anciens parlementaires travaillistes qui pourraient soutenir son accord.

Si Boris Johnson ne parvient pas à obtenir beaucoup de soutiens de la part de ces députés indépendants, son dernier espoir est de séduire des députés du parti travailliste, ouvertement opposé à l’accord. Jusqu’à présent, le nombre de députés rebelles travaillistes qui s’étaient adressés à Downing Street pour soutenir l’accord n’existait qu’en chiffres isolés, jusqu’à neuf. Ils ne sont toutefois pas tous certains d’approuver l’accord, selon le Financial Times.

Ci-dessous, dans ce qui constitue d’autres projections, un tableau de l’agence de communication et d’études de marché Cicero Group présente la manière dont le vote pourrait se dérouler selon différents scénarios: deux favorables et deux défavorables à Boris Johnson.

Le compromis trouvé jeudi à Bruxelles établit des règles particulières pour les douanes concernant les marchandises arrivant en Irlande du Nord, qui reste dans le territoire douanier britannique, selon que celles-ci sont destinées à y rester ou à passer dans le marché unique européen.

Il s’agit d’éviter le retour d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord britannique et la république d’Irlande, qui restera membre de l’UE, afin de préserver la paix après des décennies de violences.

Plus généralement, le texte prévoit les conditions du divorce entre le Royaume-Uni et l’UE après 46 ans de vie commune, notamment en matière de droit des citoyens et de respect des engagements financiers. Il introduit une période de transition jusqu’à décembre 2020.

S’il échouait à obtenir un vote favorable au Parlement ce samedi, Boris Johnson serait contraint de demander à Bruxelles un nouveau report de trois mois du Brexit, en vertu d’une loi votée début septembre par les députés, dont 21 rebelles de son propre camp.

Cet article a initialement été publié sur Le HuffPost France.