MAROC
07/08/2018 18h:46 CET | Actualisé 08/08/2018 09h:50 CET

Bras de fer à la RAM: Cherche responsable désespérément!

"Le ministre est le premier responsable".

mtcurado via Getty Images

CONFLIT SOCIAL - A chaque jour suffit sa peine à la RAM. Le site web de la compagnie aérienne marocaine porte toujours une bande rouge sur sa page d’accueil signalant: “Tensions sociales: Risques de perturbations sur les vols Royal Air Maroc”. Et ces “perturbations”, elles sont quotidiennes puisque les annonces d’annulation de vols alimentent chaque jour le compte Twitter de la RAM.

Cela concerne une dizaine de vols en moyenne au quotidien depuis le 20 juillet. Aujourd’hui encore, ces sont huit vols qui ont été annulés. Et comme à son habitude, la RAM indique les numéros de vols concernés et propose à ses clients des remboursements ou des reports de date pour avant le 15 août.    

Même annonce et aucune solution définitive à l’horizon. Face au bras de fer opposant la direction à ses pilotes autour de la revalorisation des salaires, l’impasse commence à soulever des questions et à susciter des inquiétudes. “C’est une situation que je déplore, d’abord en tant que citoyen marocain et, ensuite, en tant que professionnel et voyagiste”, déclare au HuffPost Maroc le vice-président de la Confédération nationale du tourisme (CNT), Fouzi Zemrani, qui est également à la tête d’une agence de voyage. 

Pour ce dernier, ce conflit social est “un sérieux problème en cette période de vacances”. “Les dommages collatéraux sont beaucoup plus importants qu’on ne le pense”, croit-il. Annulation = perte sèche. Zemrani tient à le rappeler, soulignant que la RAM est une compagnie de l’Etat. “Elle est financée en majorité par l’Etat marocain. Donc, c’est le contribuable marocain qui perd de l’argent”.

Premier responsable, aux yeux de ce professionnel, le ministre qui dirige le secteur: Mohamed Sajid, ministre du Tourisme, du Transport aérien, de l’Artisanat et de l’Economie sociale. “Le ministre du Tourisme qui se trouve être aussi celui du Transport aérien devrait sortir de son mutisme et prendre une décision ne serait-ce que pour essayer de rapprocher les deux parties”, revendique le numéro 2 de la CNT. “Le gouvernement a signé un contrat avec la RAM dont il est à la tête. Le premier responsable qui devrait monter au créneau c’est le ministre étant représentant du gouvernement”, déduit Fouzi Zemrani.

Quant au DG de la RAM, Abdelhamid Addou, qui, lui aussi, a visiblement choisi le mutisme, Zemrani se demande s’il suivra l’exemple de son confrère de Air France. “La compagnie française a subi le même sort sauf que le PDG de celle-ci a démissionné. Je ne sais pas si cela se fera à notre niveau”, s’interroge-t-il. 

Une issue urge au fur et à mesure que l’impasse se resserre. “Si ce problème ne risque pas de perturber le pèlerinage qui approche étant donné que la RAM affrète des avions avec leurs pilotes, il doit être résolu au plus vite”, insiste Fouzi Zemrani. L’urgence d’un règlement s’impose par la nécessité de “sauver le tourisme national, l’économie nationale mais aussi la compagnie elle-même”, estime notre interlocuteur. Et d’estimer que “ce problème va fragiliser la compagnie, je ne sais pas combien cela lui coûte par jour, mais une sortie de crise devient urgente”, soutient-il.

A cette situation de crise, Zemrani impute “une part de responsabilité aux pilotes de ligne de la RAM qui choisissent cette période pour présenter leurs revendications”. Il explique que le principe de base devait faire de la RAM “une entreprise publique au service de la population et non pour faire souffrir celle-ci”.

La majorité des vols annulés concerne des lignes qui connaissent une affluence particulière, fait remarquer encore ce professionnel pour qui l’éventualité d’“un boycott de la RAM” risque bien de trouver sa légitimité dans cet état des lieux. “La direction et le personnel navigant sont tous deux responsables et doivent déclarer leur incompétence s’ils n’arrivent pas à une issue”, affirme Fouzi Zemrani. 

Les consommateurs, eux, se retrouvent contraints de gérer la crise. A la tête de son agence de voyage, Zemrani nous avoue que ce sont les clients qui demandent à présent d’autres compagnies aériennes à part la RAM. “Cette situation a fait les choux gras du low-cost”, affirme-t-il, précisant toutefois que le choix de changer de compagnie n’est pas possible lorsqu’il s’agit de destinations desservies uniquement par la RAM. “Dans ce cas, le client achète son billet à ses risques et périls”.  

Sur cette crise, la CNT n’a saisi, pour le moment, ni le gouvernement ni la direction de la RAM estimant, d’après son vice-président, qu’il s’agit “d’un problème interne entre l’employeur et ses salariés”. 

Mais les députés du PAM à la première Chambre ont décidé de saisir les deux parties officiellement. Ainsi, le président de la commission des secteurs productifs a adressé “une demande de réunion urgente”. L’ordre du jour annoncé concerne “l’annulation de plusieurs vols dus à des tensions entre les pilotes et la direction de la compagnie″. Et à cette réunion, les deux principaux responsables sont appelés à y être présents: le ministre du Tourisme et le DG de la RAM.

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“Nous cherchons à savoir s’il y a des arguments valables à l’origine de ces tensions. C’est une entreprise nationale qui a des droits mais aussi des devoirs auprès des citoyens”, déclare au HuffPost Maroc le président du groupe des députés du PAM, Mohamed Chrourou. 

Comprendre et définir les responsabilités de chacun, c’est à cela que devra aussi répondre cette demande. “Nous voulons aussi évaluer les revendications des pilotes et en jauger les arguments”, ajoute Mohamed Chrourou. Et de souligner que la demande de cette réunion trouve sa légitimité, par ailleurs, dans le manque de données dont disposent les députés.

“Nous avons toujours soulevé le problème d’absence de communication du gouvernement sur pas mal d’affaires et celle-là en fait partie. Cela laisse des idées fausses circuler. Nous avons besoin de connaitre l’avis du gouvernement et de disposer d’informations officielles”, affirme le président des députés du PAM à la Chambre des représentants. Demande envoyée, pas encore de réaction. Les députés devront prendre leur mal en patience, car la réunion risquerait elle aussi d’être “annulée”.