28/05/2018 17h:04 CET | Actualisé 28/05/2018 17h:04 CET

Boycott: pourquoi le poisson est actuellement si cher

De quoi tordre le cou à certaines "fake news".

AGF via Getty Images

CONSOMMATION - Depuis près d’une semaine, une campagne de boycott similaire à celle qui touche des marques de grande consommation (Centrale Danone, Eaux minérales d’Oulmès, stations-service Afriquia) secoue les marchés de poissons. En cause, la hausse insensée des prix affichés pendant Ramadan. 

Ce phénomène récurrent à chaque début du mois sacré a visiblement excédé les consommateurs qui n’ont pas hésité à étendre le boycott pour exprimer leur ras-le-bol. Pourtant, et contrairement aux autres produits, ce n’est pas une société qui fixe les prix du poisson. De leur pêche en mer à la disponibilité sur les étals des détaillants, les produits halieutiques passent par plusieurs intervenants. 

À peine 14% du poisson exporté

Plus promptes à réagir cette fois-ci, les autorités ont tout fait pour se dédouaner. Affirmant maîtriser leur circuit, l’Agence Nationale des Ports (ANP) et le ministère de l’Agriculture pointent du doigt le second maillon de la chaîne. Même chose pour les propriétaires de bateaux de pêche, qui affirment que les prix sur les marchés de gros du poisson et dans les ports de pêche n’ont connu aucune augmentation significative au cours des derniers mois.

Seulement voilà, la réalité sur les marchés est toute autre avec des prix qui défient toute logique. Ce qui a alimenté pas mal de théories sur les réseaux sociaux, parfois farfelues, pour expliquer cette cherté. La plus tenace stipule que si le prix du poisson est aussi cher, c’est parce que le Maroc exporte la majorité de ses ressources et ne destine qu’une maigre part à la consommation locale. “Une aberration totale”, tranche Mohamed Oumouloud, président de la Fédération des chambres des pêches maritimes, contacté par le HuffPost Maroc.

“L’offre est abondante. Rien qu’en 2017, plus de 1,3 million de tonnes de poissons ont été commercialisées en première vente sur le marché local contre à peine 220.000 tonnes de produits exportés”, nous explique-t-il. Il arrive même dans certains cas que la production nationale soit si importante que la demande interne n’arrive pas à l’absorber. C’est le cas de la sardine qui connaît un pic de production entre juillet et décembre, pouvant même dépasser le million de tonnes.

L’approvisionnement du marché en sardine en hausse de 41% en prévision du ramadan

“Comme il est impossible de tout destiner au marché local, la part non distribuée est affectée à la conserve et à l’export”, précise un armateur-mareyeur contacté par le HuffPost Maroc. Sans compter que certaines autres espèces prisées par les Marocains, et que les consommateurs jugent chères, ne sont pas du tout exportées (à l’instar de la crevette).

Pourquoi alors cette flambée des prix? Selon la Fédération, c’est du côté des intermédiaires “peu scrupuleux” du commerce du poisson qu’il faut chercher. “Ces intermédiaires s’adonnent à des pratiques malhonnêtes, en monopolisant les marchandises et en profitant des occasions où la demande est élevée pour augmenter le prix aux dépens des consommateurs et des armateurs des bateaux de pêche”, s’emporte Mohamed Oumouloud.

La sardine de Safi vendue à 8 dirhams le kilo sur le marché de gros

Car si le poisson est moins consommé en été, poursuit le président de la fédération, le mois de Ramadan connaît un surplus exceptionnel de demande. Une situation qui a été anticipée par le département de la pêche au sein du ministère de l’Agriculture. Selon un opérateur interrogé par le HuffPost Maroc, le marché de gros de Casablanca aurait ainsi reçu, la semaine du 15 au 21 mai, plus de 2.000 tonnes de sardines, soit 41% de plus que ce qui a été approvisionné la semaine d’avant. Pourtant, au lieu de baisser, le prix a augmenté de 3% en moyenne.

Les prix ne répondant donc plus aux mécanismes du marché, les opérateurs demandent une intervention pour remédier à cette situation. “C’est aux autorités locales et aux municipalités de contrôler les prix du marché avant que la marchandise ne soit sur l’étalage”, déclare Mohamed Oumouloud. Le président préconise des visites effectuées par des agents de contrôles qui, à l’instar de leurs homologues de l’ONSSA, devront constater sur place les différentes infractions.

Il faudra également assurer la traçabilité des produits, ce qui permettra au consommateur de juger des tarifs appliqués. Selon sa provenance, le poisson peut en effet être plus ou moins cher. “La sardine la plus prisée, et donc la plus chère, est celle de Safi. Petite, elle peut également provenir des ports de Casablanca et El Jadida et est fournie aux mareyeurs à 160 dirhams la caisse de 25 kilogrammes”, déclare un armateur-mareyeur. Sur le marché de gros, cette même sardine est vendue à 8 dirhams le kilogramme.