MAROC
08/05/2018 13h:18 CET | Actualisé 09/05/2018 09h:41 CET

Boycott: Les associations des droits des consommateurs montent au créneau

Selon elles, le consommateur a franchi un grand pas vers la prise de conscience de ses droits.

ABDELHAK SENNA

BOYCOTT - Les réactions fusent de toute part depuis le lancement du mouvement de boycott de certains produits nationaux, il y a deux semaines. C’est au tour des associations de défense des droits des consommateurs de monter au créneau et d’apporter leur soutien aux consommateurs marocains face à une campagne de boycott qui gagne en ampleur. 

La Fédération nationale des associations du consommateur (FNAC) et Uniconso ont tardé à se prononcer. Un retard voulu, précisent une lettre ouverte et un communiqué, pour “cerner la situation” et s’assurer que cette campagne de boycott est une “manifestation spontanée” qui sert principalement les intérêts du consommateur et non d’autres intérêts occultes de “partisans masqués”.

“Ce mouvement est parti de personnes inconnues. Nous ne voulions pas nous laisser entraîner dans l’engrenage d’une quelconque propagande, on ne sait pas qui est derrière. Nous avons pris du temps pour clarifier et écouter le consommateur avant de réagir même si notre position sur ce boycott était claire depuis le début”, assure au HuffPost Maroc, Madih Ouadi, président d’Uniconso. 

Placer le gouvernement face à ses responsabilités

Dans sa lettre ouverte publiée ce 8 mai, la FNAC interpelle le chef du gouvernement et l’ensemble des ministères pour réclamer essentiellement l’application de la loi 31-08 censée protéger les droits du consommateur marocain. “Tout porte à croire que cette loi a été promulguée soit pour agrémenter un discours politique officiel, ou séduire des partenaires étrangers, ou améliorer un quelconque classement du Maroc au niveau international, ou simplement pour bénéficier d’un don, d’un programme ou d’un statut avancé?”, suppose la FNAC, qui dénonce une situation inquiétante du droit des consommateurs aujourd’hui. Ces derniers ne bénéficieraient d’“aucune autre alternative” face aux “augmentations de prix abusives appliquées au bon gré d’une entreprises ou d’un groupe”. 

Outre l’application de la loi 31-08, la FNAC urge l’exécutif de renforcer les mécanismes de contrôle sur le terrain en dotant les organes habilités des moyens humains et matériels nécessaires, d’appuyer le mouvement consumériste et d’apporter un appui institutionnel avec notamment “la réanimation du Conseil de la concurrence en état de mort clinique depuis 2013”. 

Un Conseil de la concurrence inactif qui interpelle également le président d’Uniconso. “Je me demande pourquoi la CGEM n’a pas soulevé la question de la mise en place ou de l’activation du Conseil de la concurrence? C’est absurde. On ne peut pas concevoir les professionnels sans qu’ils soient protégés par les procédures et la loi de la concurrence. Cela peut laisser prétendre qu’il y a certains lobbies cachés derrière tout ça” nous confie-t-il. 

“Le consommateur marocain ne demande pas grand chose”

Les deux mouvements associatifs s’accordent à dire que le consommateur a franchi un grand pas vers la prise de conscience de ses droits. “Une très grande majorité des consommateurs boycottent car ils sentent qu’ils sont arrivés à une situation de non-retour: celle de la cherté de la vie”, poursuit Madih Ouadi. “L’Etat fait la sourde oreille et ne veut pas entendre parler de ce boycott. Une tranche de la population manifeste un droit que le gouvernement ignore, c’est très grave et inadmissible. Pourtant, le consommateur marocain ne demande pas beaucoup de choses à part plus de sécurité dans les textes qui régissent ses droits”.

Dans un communiqué également publié le 8 mai, Uniconso espère des institutions et des administrations de l’Etat une prise au sérieux des associations de protection des consommateurs suite à ce mouvement et appelle à “construire un dialogue constructif et concret” pour accélérer la mise en oeuvre d’un modèle économique réduisant les inégalités sociales.

Ledit communiqué va plus loin et indique que le boycott serait, in fine, le fruit “d’un terreau social fertile en inégalités” et du choix du gouvernement qui adopterait “un ‘libéralisme sauvage’ qui maintient la loi du plus fort et ne garantit pas l’égalité des chances, la justice et la paix sociale”. 

Si les associations dressent dans l’ensemble un bilan pessimiste du consumérisme au Maroc et dépeignent l’amertume des consommateurs, Uniconso salue pour sa part  le droit d’application du droit d’ester, annoncé au bulletin officiel le 7 mai, après une décision commune entre les ministères de l’Industrie et du Commerce et de la Justice. Il permet aux associations de protection des consommateurs, reconnues d’utilité publique ou non, d’attaquer en justice une marque... mais sous quelques contraintes assez pesantes. Est-ce l’effet boycott ou une simple coïncidence? “Dans les tiroirs du SGG depuis longtemps, ce droit promulgué par la loi 31-08 sera enfin appliqué, sûrement pour faire un peu oublier le problème du boycott. C’est une petite réussite pour les droits consommateurs”, conclut son président.

Ce phénomène de boycott, inédit au Maroc est né d’une vague de fronde sur les réseaux sociaux marocains il y a une dizaine de jours où des internautes mécontents ont multiplié les appels au boycott de certains produits de grande consommation pour réclamer une baisse des prix. Dans leur collimateur se trouvent des entreprises comme la Centrale laitière, les Eaux minérales d’Oulmès ou encore Afriquia, leaders sur leurs marchés respectifs.