MAROC
10/05/2018 17h:54 CET

Boycott: Le gouvernement veut poursuivre en justice les propagateurs de "Fake News"

"Mais nous ne sommes pas contre la liberté d’expression".

Chef du gouvernement

BOYCOTT - Finalement, l’exécutif se sera exprimé. Et c’est par la voix de son porte-parole, Mustapha El Khalfi, que le gouvernement aura finalement donné sa position après deux semaines de mutisme. Ainsi, lors du point de presse qui a suivi le conseil de gouvernement de ce jeudi, le ministre en charge d’en répercuter les débats a affirmé que le sujet du boycott a fait l’objet d’un débat “sérieux et responsable” au sein du cénacle et a défendu avec vigueur, sans pour autant les citer, les entreprises ciblées par la campagne de boycott.

Il a également évoqué la possibilité de poursuivre ce qu’il appelle les “propagateurs de fake news”, faisant ainsi entrer la sémantique judiciaire dans le débat sur le boycott, ce que redoutaient un certain nombre d’observateurs. 

Ainsi, selon El Khalfi, le prix du lait se situerait dans une fourchette “raisonnable” de vingt centimes de marge par litre et la filière emploierait près de 460.000 personnes. 120.000 d’entres elles travaillent pour la société concernée par le boycott, à savoir Centrale danone. 

Le porte-parole du gouvernement a, en outre, ajouté qu’une commission présidée par le ministre de l’Intérieur a été formée pour surveiller les prix et la qualité des produits durant le mois de ramadan. Les consommateurs, a-t-il ajouté, peuvent signaler leurs remarques au 5757. 

Sur le boycott en lui-même, El Khalfi a estimé que les consommateurs qui ont suivi le mouvement de boycott se sont basés sur des données erronées, et que “la loi s’appliquerait, ceci entrant dans le domaine de la liberté d’opinion, mais touchant également l’économie du pays”. Il a évoqué l’article 72* de la loi relative à la presse et à l’édition et a affirmé que le gouvernement est prêt à “le réviser” s’il le faut, dans ce cas précis. “Nous n’acceptons pas la diffusion de données erronées, mais nous ne sommes pas contre la liberté d’expression”, a-t-il martelé.

Le porte-parole du gouvernement a affirmé, par ailleurs, qu’il n’est pas exclu que ces “diffuseurs de fake news” soient poursuivis, bien qu’il ait précisé que les boycotteurs soient en dehors du périmètre des poursuites éventuelles. Le dossier prendrait ainsi une tournure judiciaire, une ligne de crête très délicate à emprunter par le gouvernement alors qu’il est extrêmement difficile de pouvoir déterminer les instigateurs du boycott sur les réseaux sociaux.

Concernant les deux autres produits ciblés par le boycott, le gouvernement n’a pas encore son mot à dire. El Khalfi s’est contenté d’annoncer qu’au sujet de l’eau, “le sujet de la TVA n’a pas été débattue au conseil de gouvernement”. Allusion faite à la réaction des Eaux minérales d’Oulmès, qui a précisé dans un communiqué publié hier, s’être acquitté en l’année 2017 de 657.072.912 DH d’impôts et taxes.

Toutefois, a-t-il tenu à préciser, “le boycott a un impact sur l’image du pays à l’international, sur l’économie nationale et sur les agriculteurs”. Pour lui, le boycott du lait sape également les efforts consentis par le Maroc, pendant des années, pour en assurer une auto production suffisante d’un taux de 96% aujourd’hui, tandis “qu’il y a quelques années, nous importions cette denrée”, a-t-il rappelé, mettant en garde contre une faillite des producteurs du lait. 

*Que dit l’article 72 de la loi n° 88-13 relative à la presse et à l’édition

 Est punie d’une amende de 20.000 à 200.000 dirhams quiconque a publié, diffusé ou transmis, de mauvaise foi, une nouvelle fausse, des allégations, des faits inexacts, des pièces fabriquées ou falsifiées attribuées à des tiers, lorsque ses actes auront troublé l’ordre public ou suscité la frayeur parmi la population et ce, quel que soit le moyen utilisé notamment par discours, cris ou menaces proférés dans les lieux ou réunions publics, par des écrits, des imprimés vendus, distribués, mis en vente ou exposés dans les lieux ou réunions publics, par des placards ou affiches exposés aux regards du public, ou par les différents moyens d’information audiovisuelle ou électronique et tout autre moyen utilisant à cet effet un support électronique. Ces mêmes actes sont punis d’une amende de 100.000 à 500.000 dirhams si cette publication, diffusion ou reproduction a un quelconque impact sur la discipline ou le moral des armées.

 (Source: Bulletin officiel du 1er décembre 2016