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13/03/2019 17h:24 CET | Actualisé 14/03/2019 17h:09 CET

Bouteflika n’a-t-il jamais eu l’Intention de briguer un 5e mandat ?

Reuters

Dans le déferlement historique des évènements que traverse l’Algérie, il devient difficile de scruter toutes l’actualité. Cependant, dans l’engrenage de cette Algérie de l’après 22 février, il me semble important de revenir un moment sur la lettre attribuée à Abdelaziz Bouteflika le 11 mars pour annoncer son plan de sortie de crise.  

Dans son message à la nation, le président annonce : ”ll n’y aura pas de cinquième mandat et il n’en a jamais été question pour moi”. Abdelaziz Bouteflika poursuit en expliquant que son état de santé et son âge avancé ne lui permettent pas de mener un cinquième mandat, et que sa dernière mission se résumera à contribuer à “l’assise des fondations d’une nouvelle République”.

D’un autre côté nous avons deux autres lettres présidentielles où ce dernier annonce clairement sa candidature aux élections. Dans sa lettre du 10 février 2019, il dit: ”...C’est dans un esprit de continuité dans l’accomplissement d’un devoir ultime, que j’annonce aujourd’hui ma candidature à l’élection présidentielle du mois d’avril prochain”. Suivant cette lettre, une déclaration du patrimoine de Bouteflika est publiée et le clan présidentiel désigne Abdelmalek Sellal comme directeur de campagne, suivi de Abdelghani Zaalane qui nous dit-on, a reçu une procuration du chef de l’État pour déposer sa candidature le 03 mars dernier.

Comment expliquer cette contradiction flagrante? Le mouvement populaire spectaculaire qui a commencé le 22 février dernier, a clairement influencé le rapport de forces en poussant le clan présidentiel à faire marchearrière. Mais pourquoi déclarer que Abdelaziz Bouteflka “n’a jamais eu l’intention de se présenter pour un cinquième mandat ?”. Est-ce que le ‘Bouteflika’ qui s’est adressé aux Algériens le 11 mars est le même qui a annoncé sa candidature le 10 février dernier ?

Nous sommes devant une situation hasardeuse de fragmentation des institutions mais aussi du pouvoir. Dans le meilleur des cas, cette affaire est un cas grave de mensonge d’État. Un énième mensonge qui insulte l’intelligence du peuple algérien. Un mensonge qui met pour une énième fois l’État et ses institutions à genoux pour privilégier des intérêts claniques et personnels de courts-termes. Un mensonge grossier pour détourner un soulèvement ambitieux et déterminé. Un soulèvement qui fait peur.

Dans le pire des cas, nous sommes en face d’une situation d’usurpation d’identité, usurpation de la fonction présidentielle avec faux et usage de faux, et ce de la part de hauts fonctionnaires de l’État. On sait depuis bien longtemps que le régime est composé de différentes factions qui luttent pour ses propres intérêts. Cependant, la lettre du 11 mars relève de manière ostentatoire une division avancée au sein du dit clan de Bouteflika.

Nous vivons aujourd’hui est un coup d’État. Un renversement du pouvoir ou son accaparation de façon illégale. Des inconnus semblent avoir les manettes du pays et utilisent le cachet présidentiel pour signer des communiqués officiels au nom d’un absent, un homme qui n’existe plus et que personne ne peut voir. Une situation de vacance du pouvoir évidente et de récupération douteuse de l’institution présidentielle

Les hauts cadres de l’État doivent immédiatement quitter ce bateau s’ils ne veulent pas se retrouver responsables de son naufrage imminent. L’institution militaire doit exécuter sa mission constitutionnelle : protéger la nation Algérienne et son peuple et non le clan Bouteflika et ses clients. Il est crucial de stopper cette folie qui risque de mener l’Algérie vers la violence et l’ingérence étrangère.

Les Algériens ont montré ses dernières semaines beaucoup de conscience politique et de patriotisme. Ils sont aujourd’hui plus que jamais déterminés à reprendre ce merveilleux pays qui leur a été confisqué pendant trop longtemps. La mobilisation doit continuer. La lutte vaincra. Que vive l’Algérie libre et démocratique.