MAGHREB
18/04/2014 04h:05 CET

Élection Présidentielle en Algérie: Bouteflika en passe d'être réélu pour un 4e mandat de président en Algérie

AFP
Des partisans d'Abdelaziz Bouteflika commencent à célébrer sa victoire le 17 avril 2014 dans les rues d'Alger dès la fermeture des bureaux de vote

Algérie - Il reste à connaitre les chiffres du gagnant. Mais le régime algérien reconnait le plus fort taux d’abstention "officiel" dans une présidentielle depuis 1995.

Les algériens n’y croient donc plus. Pour eux, le régime est aussi mal en point que "Boutefli4" comme on l'appelle déjà en Algérie, qui a voté en fauteuil roulant.

75% en 1995, 60,25% en 1999, 74,11 en 2004, 59,26% en 2009… tout juste 51,70% en 2014. Pour un taux de participation qui n’était que de 37,04 à 17 heures et malgré la prolongation du vote pour une durée d’une heure, les services du ministère de l’intérieur ont dû chercher des astuces raisonnables pour gonfler les chiffres pour ne pas être en dessous de la barre des 50%.

Le taux de participation "a sans doute été retouché car il mettait clairement le taux de participation sur un trend inférieur à 50% pour la clôture de la journée de vote" note Maghreb Emergent.

L’abstention est devenue structurelle en Algérie où les élections sont considérées comme « courue d’avance » et donc sans enjeu.

Les autorités ont tendance à gonfler le taux de participation pour sauver la face. Pour l’élection du jeudi, très franchement boudée par les algériens, l’exercice a dû être délicat à réaliser.

Avec 51,70% de votants, le taux officiel le plus bas depuis 1995, les autorités espèrent sauver la face d’un scrutin surréaliste sans trop prêter flanc à des accusations de fraude sur le taux de participation.

La presse semblait jeudi matin déjà se résigner à une reconduction de Bouteflika pour un quatrième mandat de cinq ans. Le quotidien El Watan a parlé d'un "scrutin dénué de crédibilité", dénonçant la fraude qui "a toujours régné sur les élections algériennes". Pour Liberté, "les véritables manoeuvres commenceront au lendemain du 17" avril, le scrutin en lui-même étant "dénué d'enjeux réels".

Mais les Algériens qui ont appris à lire systématiquement à la baisse les chiffres officiels ont bien marqué leur désaffection à l’égard d’une élection qui a pris une tournure très particulière avec la volonté d’un président sortant, très amoindri par la maladie, de rempiler pour un quatrième mandat.

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L’abstention, premier parti

Le discours de la "stabilité" et de la "menace" qui pèserait sur l’Algérie du fait des "partisans de l’importation du printemps arabe", martelé de manière incantatoire par les médias audio-visuels, largement alignés sur le pouvoir, n’a pas eu l’effet escompté.

L’abstention est bien le parti majoritaire en Algérie.

Le phénomène observable depuis deux décennies au moins traduit clairement que la majorité des algériens ne se reconnait pas dans l’offre politique et ne croit pas que les élections soient d’une quelconque utilité.

La désaffection populaire à l’égard du scrutin a été forte dans les concentrations urbaines, en Kabylie et au centre. Même dans le pays Chaouia où Benflis l’emporte sur Bouteflika, la tendance à l’abstention est restée dominante.

Bouteflika qui a voté en fauteuil rempile pour un quatrième mandat de manière poussive. Le rejet suscité par sa candidature qui fait penser à "l’autonome du patriarche" de Gabriel Garcia Marquez, décédé le jour-même du vote en Algérie ne s’est pas reporté sur son rival, Ali Benflis.

Dans l’électorat traditionnel du régime, estimé à 25% du corps électoral, la tendance à voter sur le président sortant semble avoir prévalus. A Batna, présumée être acquise, il arrive en tête sans pour autant faire franchement la différence sur Bouteflika.

Ali Benflis où le dilemme du lièvre "principal"

Ali Benflis se retrouve dans le scénario de 2004 où il a joué le rôle du "lièvre principal". Tablant à priori sur les fissures, réelles au sein du régime et sur le choc provoqué par le "quatrième mandat", Ali Benflis a cru que son heure était venue.

Mais il semble clair qu’aux yeux de la majorité des algériens il fait partie, lui aussi, d’une offre politique du régime qui ne suscite aucun enthousiasme.

Dans cette élection, Louisa Hanoune, candidate du Parti des Travailleurs (PT, trotskyste) qui a fait campagne contre Benflis a pris les devants d’une contestation prévisible des résultats en "reconnaissant", sans attendre, la victoire de Bouteflika.

"Le scénario de 2004 s'est répétée, mais je respecte la volonté du peuple," a-t-elle déclaré en se donnant la deuxième place.

Ali Benflis, dans une première déclaration, a dénoncé "une opération de fraude à grande échelle", une "entreprise de détournement du choix populaire" ou rien n’aura été épargné aux algériens, "ni l’intimidation, ni la menace, ni l’insulte, ni le sentiment de peur que l’on a tenté d’instiller en lui par les moyens les plus immoraux".

Mais les marges de manœuvres de Benflis ne sont pas grandes. Une contestation par la rue ne semble pas faire partie de ses options. Ali Benflis s’exprimera ce soir à 16 heures après l’annonce des résultats officiels par le ministre de l’Intérieur des résultats.

Mais la "fraude sur le taux de participation" n’ouvre pas la voie un Boutelika4 serein. La crise au sommet du régime qui s’est manifestée avant l’élection présidentielle a mis à l’ordre du jour, en marge d’une campagne terne, des appels convergents à un "consensus national" pour une transition pour un changement de régime.

Les partisans de Bouteflika qui ont rejeté les appels à la transition ne peuvent se prévaloir d’un mandat fort pour la préservation du statuquo. Les lendemains du vote risquent de ne pas être de tout repos.

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