ALGÉRIE
04/10/2019 06h:51 CET

Bouchra Mokhtari est au 12e FIBDA: "l'humour de Zozo est algérien"

Fayçal Métaoui
Bouchra mokhtari

Bouchera Mokhtari ou Zozo est à l’honneur au 12e Festival international de bande dessinée d’Alger (FIBDA) qui se déroule jusqu’au 5 octobre 2019. Une exposition-vente lui est consacrée dans un chapiteau au milieu du village du festival à l’Esplanade Riad El Feth, à Alger. Elle est la créatrice du personnage de Zozo, sorte de Titeuf au féminin, révélé en 2012.

Comment la petite Zozo est-elle née?

J’avais crée beaucoup de personnages dont Zozo. Un jour, j’ai décidé de participer à un concours. Je me suis dit qu’une BD humoristique, j’aurai des chances. En 2012, j’ai eu le prix “Coup de coeur” au FIBDA. Depuis, je n’ai pas cessé de développer des histoires autour du personnage.

Qui est donc Zozo?

Une petite fille algérienne. A travers elle, je raconte mon quotidien et celui des algériens aussi. J’aime bien Titeuf (personnage crée par le suisse Zep ou Philippe Chappuis), Mafalda (créée par l’argentin Quino ou Joaquin Salvador Lavado) ou encore Maruko (du japonais Momoko Sakura). Je me suis un peu inspirée pour créer Zozo, un personnage typique algérien. Mon premier album est paru en 2016, “Les aventures de Zozo la bourrique” (Dalimen, Alger). J’ai pris le temps pour le réaliser après avoir gagné le prix “Coup de coeur”. Je réalisais les dessins en crayons de couleur. Je ne connaissais pas encore le choix du papier et le matériel à choisir. A l’époque, je n’avais pas les moyens. Je venais à peine d’avoir mon Bac à 18 ans. J’ai patienté avant d’acheter une tablette graphique et donner plus de couleur. En comparant entre le premier et le troisième album, vous verrez l’évolution du travail.

Votre deuxième album, “Zozo, tu es punie !”, est sorti en 2018...

Oui. J’ai eu le prix du meilleur album jeunesse lors du concours international du FIBDA. Cet album est plus travaillé avec une meilleure qualité. Le troisième “La vie c’est pas facile” est sorti en 2019. La forme de l’album est différente, cela s’explique par le fait que je sois occupée par d’autres tâches ailleurs et par la demande pressante des lecteurs qui voulaient une suite. J’ai donc choisi de faire un petit album avec un humour simplifié, moins de blagues par rapport au premier.

Qu’est-ce qui marque le monde de Zozo ?

Son caractère ! Mais aussi, le fait qu’elle aime découvrir, creuser. Il y a aussi le fait que Zozo soit algérienne. Son humour est algérien.

Justement, comment se définit l’humour algérien ?

Difficile de le définir. On rigole souvent sur notre propre expérience et parfois sur nos propres malheurs. D’où le titre de mon dernier album, “La vie c’est pas facile”. On évoque les problème de la vie de tous les jours tout en gardant le sourire.

Zozo est souvent étonnée, taciturne...Pourquoi?

C’est une gamine. L’enfant est toujours étonné, curieux, fait plein de bêtises. Zozo doit sûrement contenir une petite partie de moi. Avec un enfant, on peut faire passer beaucoup de choses. Avec un adulte, c’est plus compliqué. Un enfant dit la vérité. Et tout le monde l’accepte.

Et votre nom se confond avec Zozo désormais !

Parce que les gens ont commencé à me connaître grâce à la BD de Zozo. Désormais, je m’appelle Bouchra Zozo. Zozo est une partie de ma réussite également.

“La vie c’est pas facile” est votre nouvel album (paru aux éditions Dalimen à Alger). Il se distingue par sa publication en langue arabe alors que vos deux précédents albums étaient en français.

C’est vrai. Sur les réseaux sociaux, j’ai commencé dernièrement à écrire en arabe dialectal algérien et j’ai vu que l’écho était bon.. J’ai lancé alors un sondage sur le projet d’éditer un album en dardja, l’idée a plu à ceux qui me suivent. Donc, j’ai décidé d’éditer mon troisième album en arabe dialectal algérien. Il y a déjà un humour présent dans les mots en daridja qu’on ne peut pas traduire. C’est une manière aussi de donner plus de caractère aux personnages. C’est une première expérience, ça marche bien. Il y aura une version en français. Mon but est de montrer notre culture à l’étranger, notre mode de vie, notre humour.

En plus des albums, vous proposez à la vente ici au FIBDA des carnets, des tapis de souris, des plaquettes, des objets d’artisanats illustrés. Un choix ? Une nécessité?

Je viens de lancer un petit projet surtout que j’ai constaté que le personnage de Zozo est apprécié par le jeune public. Les gens m’ont demandé de faire des petits carnets ou des figurines pour avoir un petit souvenir aux côtés de l’album. A Oran, où je vis, j’arrive à vendre tous mes articles, ça marche très bien. Ici, à Alger, cette exposition de mes produits est la première du genre. J’expose aussi des tableaux. Je prépare une exposition et un livre. Au FIBDA, mes produits se vendent bien, jusqu’à maintenant.

Est-il facile de se faire éditer en Algérie ?

Je pense que quand votre projet est intéressant, ça peut marcher. Cela dit, la BD ne fait pas gagner de l’argent à son auteur, il faut faire autre chose à côté. C’est pour cela que je produit, en plus des albums, des carnets, des tableaux et autres choses. J’arrive à vendre mes tableaux à chaque exposition. Je fais aussi de l’illustration pour des projets à l’étranger.

Où se recrute votre public?

En fait, j’ai commencé dans les réseaux sociaux. J’ai posté mes dessins et j’ai eu des retours positifs. Petit à petit, mon monde s’est agrandi. Le FIBDA est un espace pour rencontrer les lecteurs...

Vous êtes honorées cette année au FIBDA, avec un espace rien que pour vous, trois ans seulement après la sortie de votre premier album. Comment réagissez vous à cette consécration ?

Je suis très satisfaite. Cela veut dire qu’on croit à mon travail. Les gens ont remarqué mes efforts et donnent de la valeur à mon art. J’avance grâce à mon public. A moment donné, je voulais arrêter. Ce n’est pas facile. C’est pour cela que j’ai choisi ce titre au troisième album (la vie c’est pas facile). Les gens m’encouragent beaucoup sur les réseaux sociaux...

Quel regard portez vous sur la BD qui se fait actuellement en Algérie ?

On n’achète pas beaucoup les albums de BD en Algérie, mais, pour ma part, j’arrive à bien vendre. Contrairement à ce que j’ai vu lors de festivals à l’étranger, les jeunes ne sont pas attirés par l’achat des albums. Les prix sont un peu élevés à mes yeux.

Un album à 1000 dinars, c’est un peu cher, mais c’est également le prix de la qualité. Le pouvoir d’achat en Algérie est toujours faible. Cela dit, lorsqu’on achète un album BD, on le garde toute la vie. Un livre, c’est précieux. On doit lui donner de la valeur.