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26/05/2018 04h:06 CET | Actualisé 26/05/2018 04h:06 CET

Boualem Sansal : Concession soit…

ullstein bild via Getty Images

Pr Abdelali Merdaci,

J’ai lu avec une immense attention votre texte promis à la date de l’allégeance de la révolte progressiste à la neutralité morale.Texte qui descend en flammes Boualem Sansal. Le neutre, c’est aussi l’évacuation de la passion révolutionnaire de tout acte existentiel. A force de vouloir ménager tout le monde, la neutralité contraint toutes les parties à se débarrasser de leur culturalité.  

La date, n’est-ce pas la fin des illusions bourgeoises devant la témérité conservatoire, laquelle témérité sert les formes finales de la syntaxe magique ? Le soleil est si puissant pour prier l’humain de le défendre contre l’arrivée de l’obscurité qui se perd dans sa postérité immédiate. La blancheur est la valeur culte du monothéisme-libéralisme. Défendre Boualem Sansal ! C’est le crépuscule qui vacille devant le grondement d’un soleil qui a joui de toutes les faveurs du capitalisme réduit à une dialectique-maison.

Les logiciels de la promesse

Ecrire, n’est-ce pas mettre un grain de sable dans la machine bio-temporelle des foules ? N’est-ce pas dire que ce à quoi l’on est confronté n’est pas l’œuvre de la contingence et que la factualité est si oppressive qu’elle se fabrique une logique visible ? La morale tient bon quand l’éthique devient l’affaire des managers politiques. Manager politique : quelle horreur subit l’humain quand il avance joyeusement vers le déshonneur ? Provoquer des séismes dans les consciences majeures, celles qui savent politiser non pas les masses, mais ce qui échappe au programme existentiel : l’écriture romanesque fait bien.

Être labellisé libéral n’est pas si laid et si offensant quand des territoires entiers restent sous le contrôle de communautés qui n’entendent les échos de la dialectique que par le filtre des passions festives. La fin molle des idéologies, auraient dit ceux qui ont commenté l’œuvre humaine par le spectre de l’idéologie. Cela n’est-il pas un privilège tant le libéralisme ne cesse d’étendre son pouvoir.

Le fait de réduire les pensables à l’idéologie. Se défasse le respect des altérités apolitiques : l’œuvre que nous devons accomplir contre l’hégémonie des libéraux qui s’emparent des appareils d’Etat pour dévitaliser les corporations militantes de tout élan révolutionnaire. Cet élan a été repris par Boualem Sansal, qui a marqué par son arrivée dans l’espace public les rapports de l’écrivain à la politique : la rébellion n’est pas forcément de la dissidence droitière. Sommes-nous devant un régime socialiste pour parler de dissidence ? Un syncrétisme idéologique (nous rencontrons cette notion dans un texte de Ali El Kenz consacré au nationalisme algérien) par lequel la révolution algérienne a réussi à fédérer autour d’elle.

Les limites libératrices

Ecrire, n’est-ce pas aussi l’activation de l’ouvrage artistique par lequel la science cède à la pragmatique des faits donnés comme relevant de la marginalité créatrice ? C’est contre l’hégémonie des appareils d’Etat que le matérialiste doit militer. Certes, Boualem Sansal fait des virées dans l’espace droitier, mais de par ses écrits et ses positions, dénonce l’union des conservateurs et des libéraux, pour forcer l’Histoire à prouver sa logique dialectique : un non n’est pas aux antipodes du oui quand la réflexion droitière, d’essence manichéenne, exprime son désir de s’instituer comme raison libertaire. Cette raison devrait laisser les je se départir de leur posture historique.

Quelle est l’affaire politique que le sujet doit régler pour ne pas tomber dans les rhétoriques des idéologies réactionnaires. Le politique peut-il être accordé aux commissaires qui régentent la vie intime ? Sainte-Beuve n’a-t-il pas subi le procès des théoriciens de la littérature pour avoir donné au il une liberté qui n’est dénoncée que par les adeptes des textualités solitaires ? Textualités déracinées.

Critiquer une œuvre donnerait de la dignité au chercheur. Ce que l’on fait dans l’espace intellectuel est un prolongement de ce que l’université nous interdit. L’université a ses gardiens…moraux. Les vigiles. Plutôt chercheur que militant, l’universitaire ne compte pas dé-libérer dans les espaces où la confusion politique et conceptuelle sert la déesse des sens qu’est la syntaxe. Les mots témoignent d’une approche que nous avons déclenchée envers la réalité issue des espaces libéraux.

Digne celui qui se déleste de l’exigence dite scientifique pour se mettre dans l’habit d’un sujet dont le prédicat est obstrué par les qualifications qui n’ont pas de fonction autre que celle de donner de la vitalité à la parole publique.

M. Merdaci écrit contre les illusions relayées par les adeptes des schèmes établis par certains théoriciens dont les travaux sont en phase de devenir les détenteurs des dogmes universitaires. L’on a beau vouloir être dans l’éthique et dans la discipline, l’on vire vers des espaces impropres. Il écrit aussi contre les sacrificateurs du politique sur l’autel de la neutralité scientifique : les rituels incriminent la névrose pour normaliser les réfractaires. Emettre un avis n’est pas subordonné à l’invective. Le savoir n’est pas le fruit des foules. Les masses ont payé un lourd tribut pour arracher l’humain à la dictature de l’acte de précarisation sociale. Les masses ne sont-elles pas le ferment de la civilisation ? Elles sont le sujet d’un objet subtilisé à la grammaire par les plumes libérales.

Conclusion

A quelle œuvre l’intellectuel peut-il se livrer quand la vitalité discursive cesse d’être le produit d’une dialectique que la sublimation rend féconde par la mise à l’écart du moralisme manichéen agissant directement sur l’appréhension des faits ? Les puissants devraient être dénoncés par ceux qui ont la faculté de faire la synthèse des existences humaines.

M. Merdaci, échappant à la logique idéologique imposée par les dominants, semble vouloir nous recommander d’aller à la recherche d’un tracé qui mettrait fin au climat glacial qui règne en Algérie. Ses tribunes, comme les romans et les tribunes de Boualem Sansal, contribuent, comme des électrochocs, à réanimer l’espace intellectuel déstructuré par diverses expériences (traumatisantes) vécues par la collectivité.