TUNISIE
28/08/2019 19h:46 CET

Boris Johnson veut suspendre le Parlement britannique, mais peut-il être stoppé?

À Londres, la rédaction du "HuffPost" anglais revient sur cette mesure exceptionnelle de "BoJo", vue par certains comme un moyen d'empêcher les députés de s'opposer à un Brexit "dur".

Pool via Getty Images
BIARRITZ, FRANCE - AUGUST 26: Britain's Prime Minister Boris Johnson attends a working lunch during the G7 summit on August 26, 2019 in Biarritz, France. The French southwestern seaside resort of Biarritz is hosting the 45th G7 summit from August 24 to 26. High on the agenda will be the climate emergency, the US-China trade war, Britain's departure from the EU, and emergency talks on the Amazon wildfire crisis. (Photo by Dylan Martinez - Pool/Getty Images)

BREXIT - Nouveau rebondissement dans la vie politique britannique. Boris Johnson a annoncé mardi 27 août au soir, à la stupeur générale, qu’il allait demander à la reine de suspendre les travaux du Parlement britannique. Requête acceptée sans surprise dès le lendemain par Élisabeth II.

Une manœuvre qualifiée de “scandale constitutionnel” par l’emblématique John Bercow. L’emblématique président de la Chambre des communes, qui s’est déjà illustré en s’opposant à Theresa May quand elle était Première ministre, craint de voir les députés bâillonnés sur l’éventualité d’un Brexit dur. L’option qui tient visiblement la corde.

Le calendrier choisi par le Premier ministre britannique rendrait effectivement improbable la possibilité pour les parlementaires de l’opposition d’empêcher une sortie sans accord de l’Union européenne. “BoJo” a ainsi demandé à la reine de suspendre la Chambre, après les débats du 9 septembre et ce jusqu’au 14 octobre. La session parlementaire reprendrait alors avec le traditionnel discours d’Élisabeth II à quelques jours seulement de la date buttoir du Brexit. 

Et s’il a beau se défendre de vouloir réduire ses opposants au silence, le désarroi est encore monté d’un cran outre-Manche. L’opposition parle d’une seule voix pour dénoncer “un scandale, une menace [à notre] démocratie” et la livre sterling a chuté de 0,6% face à l’euro et au dollar à la suite de cette nouvelle. Alors Boris Johnson peut-il être stoppé? Quelles sont les marges de manœuvres des députés? Ce nouvel épisode plonge une nouvelle fois la vie politique et le pays dans l’incertitude. 

Pour vous permettre d’y voir plus clair, l’édition britannique du HuffPost répond ci-dessous aux questions que tout le monde se pose quant à la situation politique très tendue au Royaume-Uni. 

  • Pourquoi Boris Johnson a-t-il dû passer par la reine pour suspendre le Parlement?  

Le Royaume-Uni est une démocratie parlementaire avec un monarque non élu -la reine Élisabeth II- chef d’État par intérim (par opposition à un président élu). La reine n’a toutefois aucun pouvoir réel et doit suivre les conseils du Premier ministre britannique qu’elle rencontre régulièrement. Pour suspendre le Parlement, Johnson doit ainsi rendre visite à la reine et lui conseiller d’appliquer la mesure. 

  • Pourquoi le Premier ministre a-t-il suspendu le Parlement? 

Boris Johnson a rapidement déclaré qu’il souhaitait définir un nouveau programme de politique intérieure après avoir succédé à Theresa May à la tête du gouvernement. Il s’agit ainsi pour lui de repartir dans une nouvelle ère.

Son plan prévoit ainsi la suspension de la Chambre à partir de la semaine du 9 septembre, et jusqu’au au 14 octobre. À cette date, la reine prononcera son discours annuel, une allocution au Parlement rédigée par le gouvernement et présentant son ordre du jour. “BoJo” a déjà déclaré que sa feuille de route serait un “programme législatif national audacieux et ambitieux.” 

  • Alors pourquoi les députés sont-ils en colère? 

Ils ne croient pas ce que Johnson affirme et pensent que le véritable but de la manœuvre est d’éviter un examen minutieux par le Parlement de ses projets concernant le Brexit. Le Royaume-Uni doit effectivement quitter l’Union européenne à la fin du mois d’octobre et, dans l’état actuel des choses, aucun accord n’a été conclu. 

Selon la propre analyse du gouvernement, un Brexit sans accord avec l’UE sur les termes de la sortie pourrait provoquer des émeutes, des pénuries de denrées alimentaires et de médicaments, le rétablissement d’une frontière physique en Irlande du Nord et un chaos généralisé dans les ports britanniques. 

Or, Boris Johnson a refusé de demander une prolongation du délai fixé et n’exclut pas de quitter l’Union européenne sans accord si les tentatives de renégociation avec Bruxelles échouent. Il a cependant insisté sur le fait qu’il souhaitait un accord, tout en exigeant des dirigeants européens qu’ils suppriment le backstop de la frontière nord-irlandaise (le grand point de blocage entre les deux partis).

Les députés estiment pour leur part que le risque d’une sortie sans accord est trop grand et souhaitaient adopter une loi obligeant Boris Johnson à demander une nouvelle extension du délai. 

  • La reine aurait-elle pu refuser de suspendre le Parlement? 

Il était extrêmement improbable que la reine refuse, car elle suit traditionnellement l’avis du gouvernement. Si sa décision divergeait, elle aurait déclenché une crise constitutionnelle majeure puisque la monarque se serait arrogée un pouvoir politique. 

  • Les députés peuvent-ils arrêter Boris Johnson?

Les députés ont un certain nombre d’options pour empêcher la suspension de la Chambre. Mais ils vont devoir agir vite.

Les parlementaires peuvent ainsi déposer une motion de censure contre le Premier ministre britannique dès la rentrée et l’ouverture des débats mardi 3 septembre. Si Boris Johnson est reversé, les députés pourraient alors former un autre gouvernement et choisir un nouveau Premier ministre. Qui, lui, ne demanderait pas de suspension du Parlement.  

Jeremy Corbyn a déclaré, en tant que chef du parti travailliste -la plus importante formation de l’opposition- qu’il tenterait alors d’obtenir un vote de confiance. Délicat puisque plusieurs conservateurs rebelles ont déclaré qu’ils ne le soutiendraient pas. Dès lors, les figures unificatrices telles que Harriet Harman du parti travailliste ou Ken Clarke, député conservateur, pourraient devenir des voies de recours pour se sortir d’un bourbier annoncé. 

  • Et pour la suite?

À l’heure où nous écrivons ces lignes, les députés ne sont pas censés retourner au Parlement avant le mardi 3 septembre. Mais alors que la situation semble plus incertaine que jamais, Boris Johnson pourrait faire face à une pression croissante pour demander au président de la Chambre John Bercow de rappeler les élus à une date rapprochée. 

Une option peu probable, mais qui n’est pas à exclure tant sa stratégie provoque des remous jusque dans les rangs de son propre parti. Les risques pour Johnson de provoquer des élections législatives anticipées sont également plus élevés, les frondeurs conservateurs étant désormais sur le point de soutenir les efforts pour l’empêcher d’imposer un Brexit sans accord. 

Comme souvent depuis deux ans, il est donc bien difficile de prédire les événements des prochains jours, forcement cruciaux. 

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