TUNISIE
05/08/2019 14h:03 CET

Boris Johnson peut-il (déjà) sauter? Le Premier ministre britannique plus fragilisé que jamais

Après la défaite des Conservateurs lors d'une élection partielle, leur majorité ne tient plus qu'à une voix. Une position dangereuse pour Boris Johnson, qui entend mener le Brexit à terme, accord avec Bruxelles ou pas.

DARREN STAPLES via Getty Images

ROYAUME-UNI - Impossible n’est pas briton. En perdant le 2 août l’élection partielle dans la circonscription de Brecon et Radnorshire, au Pays de Galles, au profit des Libéraux-démocrates, les Conservateurs britanniques menés par Boris Johnson ont vu leur majorité à la Chambre des Communes encore plus fragilisée.

Déjà largement égratignée après les élections générales anticipées déclenchées par Theresa May en 2017, la domination conservatrice ne tient plus qu’à une seule voix. De quoi imaginer, étant donné les divisions qui règnent au sein du Parti conservateur au regard du Brexit, que Boris Johnson perde la majorité?

La menace d’une élection générale anticipée

Pour Frédéric Charillon, professeur de science politique à l’université d’Auvergne, contacté par Le HuffPost, “tout est imaginable aujourd’hui en Grande-Bretagne”. “Le Parti conservateur vit maintenant dans l’obsession d’éviter une élection générale anticipée, qui risquerait de porter au pouvoir le leader travailliste Jeremy Corbyn, ou d’aboutir à une situation ingouvernable, ajoute-t-il. Dans tous les cas de figure, après déjà le chaos du Brexit, le Parti conservateur prendrait une responsabilité historique encore plus forte dans la déliquescence des institutions du pays. On peut donc imaginer que la discipline de la majorité sera forte. Mais comme elle est fragile et dépend d’autres acteurs, toute manœuvre devient possible”.

Si la ferveur de Boris Johnson à livrer enfin le Brexit, avec ou sans accord, lui a attiré certaines sympathies, elle a aussi exacerbé les antagonismes au sein de sa propre formation. Près d’une dizaine de députés conservateurs sont particulièrement sceptiques face à une sortie de l’Union européenne sans accord, et pourraient ne pas voter la confiance au nouveau Premier ministre. Philip Hammond, ministre des Finances du précédent gouvernement conservateur et personnalité influente, a déjà prévenu qu’il ferait tout pour bloquer un “no deal”.

Pas moins de 17 députés de la majorité ont d’ailleurs voté un amendement qui empêche le gouvernement d’acter le Brexit sans l’accord des Communes. 

Boris Johnson et son gouvernement très conservateur entendent notamment renégocier l’accord de retrait négocié par Theresa May -ce que l’Union européenne exclut. En cas d’impasse, il ne demandera pas de nouveau report et le Royaume-Uni quitterait de fait l’UE le 31 octobre, accord ou pas.

Une crise sans précédent pour le Royaume-Uni

Pour autant, si Boris Johnson devait effectivement perdre un vote de confiance, la crise ne serait pas une simple crise politique, estime Frédéric Charillon: “Si Johnson tombe, il sera évidemment le Premier ministre le plus éphémère de l’époque moderne. Le Brexit a déjà dévoré deux Premiers ministres conservateurs (David Cameron et Theresa May), il peut en dévorer un troisième. Mais si vite, cela confinerait à une crise encore plus grave. On voit mal comment le Parti conservateur pourrait s’en remettre”.

D’autant que face à des élections générales anticipées, le parti qui a donné au Royaume-Uni des dirigeants comme Winston Churchill ou Margaret Thatcher ne tient pas vraiment la corde. “Le parti est discrédité pour avoir déclenché le Brexit sans avoir réussi à en contrôler le cours ensuite, ses leaders sont accusés de légèreté et d’opportunisme, et même d’avoir bradé les intérêts du pays. Parfois même de trahison. On voit mal comment les Conservateurs, dans ces conditions, gagneraient une élection”, analyse Frédéric Charillon. 

Mais qui alors pour reprendre la main? La question reste en suspens tant le paysage politique britannique semble explosé. Le Labour dirigé par Jeremy Corbyn a été empêtré dans des affaires d’antisémitisme et son leader est très loin de faire consensus. Quand aux Lib-Dems, ils peuvent devenir un pivot et un allié important, mais pas au point d’avoir la majorité, estime le spécialiste. Un problème que rencontrerait également le parti du Brexit de Nigel Farage. Parti le plus plébiscité lors des dernières élections européennes, nul doute qu’il obtiendrait un nombre confortable de sièges aux Communes, mais sans pouvoir se passer d’alliés également. “En réalité, les partis responsables ont intérêt à reporter une élection, le temps que les choses se calment”, conclut Frédéric Charillon.

Un adage que les Travaillistes ont vraisemblablement décidé de mettre en pratique. Poussé à faire voter une motion de défiance sitôt Boris Johnson entré au 10, Downing Street, Jeremy Corbyn a refusé, promettant un vote à le reprise du travail parlementaire, à l’automne. Si elle venait à récolter deux tiers des voix, cela déclencherait l’organisation d’élections dans les 14 jours. Pour qu’elles se déroulent avant la date fatidique du Brexit fixée au 31 octobre, il faudrait que la motion soit votée dans la première semaine de septembre. 

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