LES BLOGS
14/07/2019 12h:13 CET | Actualisé 14/07/2019 12h:20 CET

Bordj, au cœur des enjeux politiques : récupération et division

Saadia Gacem

Bordj Bou Arreridj 12 juillet 2019.
Après une demi-heure de doute, de désespoir, mon frère, mon beau-frère et moi dans une ville totalement vide sous un soleil de plomb, rencontrons enfin la manif. Joie ! Ce fut l’une des plus déterminée, politisée que j’ai vécu à BBA. Mais il y a beaucoup moins de monde et les fameux gilets orange ont déserté le terrain. 


Que s’est-il passé ? 


Apparemment, ils auraient été chassés ou partis d’eux-mêmes après des conflits, bagarres, car ici l’on commençait à douter de leur indépendance, de leur source de financement et les messages portés par les Tifo qui ne représentaient plus les Braïdjis et Bordjiennes, objets de conflits les vendredis. Des messages qui, à ce que l’on dit, leur parvenaient sur clé USB. Des tifo pro-Gaid clairement. 


La dernière marche à laquelle j’avais assisté, le 13e vendredi (17 mai), il y avait déjà division, des tensions. Dans la rue on criait “Gaid dégage” “doula madania machi 3askaria” et les mecs du tifo, dans leur palais privatisé, scandaient “Djich cha3b khawa khawa”. Ce 13e vendredi, les gilets orange occupaient kasr cha3b avec les flics, leur première apparition dans les marches, en bas du bâtiment, les protégeant ? Personne d’autre que les gilets orange n’avaient le droit d’approcher ce palais du peuple qu’ils ont privatisé au bout de quelques vendredis. Eux-mêmes ont été récupérés. Par qui ? Des pro-système, pro-Gaid. La famille Benhamadi qui règne dans Bordj ? 
Pour moi le tournant des gilets orange a eu lieu avec ce fameux tifo avec le portrait de Taleb Ibrahimi. 


Mon frère me dit, quant à lui, qu’ils l’étaient depuis le début, télécommandés, “les gilets orange ont débarqué de nulle part dès la 2e manif avec tout ce matos et argent...” Pour lui c’est déjà chelou, ça pue.
Mon beau-frère, lui, me dit que c’est depuis cette affaire de vache payée par la famille Benhamadi (ftor fi ramadhan) que la confiance s’est rompue entre les gilets orange, Ouled Eljebess, et les autres. 

Je crois qu’on a tous les trois raison. Même s’il y a eu des engagements sincères au début, aujourd’hui leur récupération est totale. 


Et puis Bordj divisée avec cette histoire de drapeau et enfin l’armée, ne reste que les déterminé.e.s, les indivisibles. Peu nombreux mais déterminé.e.s. Les chants et slogans politiques sont de retour et à la fin de la manif nous avons appris par l’un des manifestants qu’un jeune a été arrêté, un groupe de 4 manifestants a décidé d’aller vérifier l’info au commissariat.


Il n’y a plus de fanfare. Plus de tifo. Plus de kasr cha3b. Mais reste une manif. 
Sueur, canicule, fatigue et migraine mais soulagée. Mazelna. Mazalette l’bordj.