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18/09/2018 11h:16 CET | Actualisé 18/09/2018 11h:16 CET

Bon sang, pourquoi sommes-nous si paresseux?

Toutes les enquêtes statistiques menées jusqu’à présent attestent haut et fort que nos fonctionnaires sont paresseux.

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De la nonchalance de notre administration publique tout le monde en parle depuis longtemps, même bien avant la fameuse révolution du 14 janvier 2011. Obtenir un extrait de naissance, une quelconque attestation ou un certificat relèverait parfois du parcours du combattant. Guichets vides, comportements désinvoltes, personnel inhospitalier s’il n’est pas condescendant, lenteur procédural, tracasseries à n’en plus finir, etc. À tel enseigne que quand un citoyen lambda se présente à une administration pour un service quelconque, il a cette impression qu’il est venu quémander une faveur plutôt que réclamer un service.

Toutes les enquêtes statistiques menées jusqu’à présent attestent haut et fort que nos fonctionnaires sont paresseux. Il en ressort même qu’un employé ne dépasse pas en moyenne 8 minutes de travail par jour. Faites le compte et vous déduirez que sur une année de 365 jours on ne trimerait que pendant 105 jours. Ces statistiques sur notre déficit flagrant d’assiduité et de présentéisme au travail nous feront rougir si on se comparerait aux chinois, japonais, coréens, singapouriens, etc. Pour ces peuples le travail est sacré. D’ailleurs leur dévouement à leur entreprise est chevillé au corps et à l’âme. À titre d’exemple, les japonais arrivent à travailler plus de 50 heures par semaine et ne se reposent que 9 jours en moyenne. Rien d’étonnant cependant de les voir passer une nuit entière dans l’exigüité de leurs bureaux à bosser comme des fourmis.

Mais comme à quelque chose malheur est bon, nos fonctionnaires, s’ils ne sont pas bosseurs, n’auront pas au moins à souffrir ni du burn-out, l’épuisement professionnel, ni du Karochi, la mort subite par le surtravail. Ils auront plutôt de l’embonpoint pour avoir enchainé à longueur d’année des congés de repos et de longues maladies.

Qu’est ce qui fait que les tunisiens n’aiment pas trop bosser? Est-ce par manque de motivation, ou alors par manque d’intérêt? Ou les deux à la fois.

Juger leur comportement sans tenir compte des conditions de travail dans lesquelles ils évoluent amènerait à fortiori à des conclusions biaisées. Pour pouvoir réellement comprendre toutes les tares dont ils souffrent, il faut regarder du côté du climat social et de l’environnement au sein de leurs lieux de travail. L’absence de communication, le sentiment d’injustice, les tensions et les conflits à répétition dans les rapports avec leurs supérieurs hiérarchiques débouchent nécessairement à des écarts de comportement, tels l’absentéisme, le bâclage, le laisser-aller, le laxisme et leur corolaire les tracasseries et les lenteurs. Lesquels écarts trahissent le plus souvent un sentiment de vengeance muet envers les supérieurs, leur arbitraire, leur abus de pouvoir et leur comportement inique.

Et pour cause, l’administration tunisienne ne fonctionne pas sur le principe de la méritocratie. Et ce n’est un secret pour personne. Les postes et les responsabilités ne sont pas confiés aux individus en fonction de leur compétence, aptitude ou effort, mais plutôt en fonction de leur origine sociale ou de leurs relations individuelles. À défaut de répondre à ces deux paramètres, l’obséquiosité devient alors de mise. Pour pouvoir espérer à une quelconque promotion, vous devez passer maître dans l’art de courber l’échine et de caresser vos supérieurs dans le sens du poil. Quant à la compétence dont on peut se prévaloir, elle est tout juste bonne à jeter aux orties. De toute façon, la terre ne s’arrêtera pas de tourner.

Dans le cas contraire, si vous êtes démuni et sans soutien, et si d’aventure il vous arrive de travailler par simple acquis de conscience, c’est votre tombe que vous creuserez par vos propres mains. Vous trimerez alors votre carrière durant, sans espérer à quoi que ce soit. Pire encore, si un jour vous trébuchez, c’est le ciel qui vous tombera sur la tête. En somme, vous finirez à ressembler à ces esclaves d’Egypte qui ont érigé les pyramides sous les coups de fouets de leurs maîtres et sans contrepartie aucune.

Alors pour échapper à ce traquenard, la seule solution qu’on s’est ingénié à trouver, c’est celle de feindre l’incompétence et de raser les murs. Le but: sortir du cadre et se faire oublier.

Force est de constater que fort heureusement les exceptions existent, mais généralement c’est sur ce modèle que nos administrations fonctionnent.  

Enfin, pour être aussi performant que les coréens, aussi méticuleux que les japonais, aussi consciencieux que les singapouriens et aussi bosseurs que les chinois, il faut tout simplement changer les règles du jeu au sein de notre sacro-sainte administration. Seule la méritocratie doit être érigée en tant que système de motivation pour convaincre les employés toutes catégories confondues à donner le meilleur d’eux-mêmes, et ce dans un nouveau contexte professionnel où le fait du prince ne soit plus érigé en mode de gouvernance.

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