TUNISIE
27/05/2019 15h:44 CET

Bochra Bel Haj Hmida: "Je quitterai la politique à la fin de mon mandat"

"Nous avons tous un travail à faire, c’est de comment transformer la société en une force positive qui puisse impacter les politiques du gouvernement et de l’État à l’avenir”

La députée Bochra Bel Haj Hmida a annoncé, lundi, qu’elle allait quitter le monde politique à la fin de son mandat après les élections d’octobre prochain.

“J’ai décidé de quitter la politique à la fin de mon mandat, pour reprendre ma liberté, pour pouvoir tout dire, pour pouvoir dire aux Tunisiens qu’il faut se réveiller” a-t-elle affirmé sur les ondes de la radio Shems Fm.

“Nous avons tous un travail à faire, c’est de comment transformer la société en une force positive qui puisse impacter les politiques du gouvernement et de l’État à l’avenir” a-t-elle indiqué ajoutant qu’il “existe un risque que la prochaine fois, il n’y ai pas de gouvernement”.

Revenant sur l’affaire du café de Radès, la députée a souhaité ne pas prendre position “tant qu’elle ne connait pas tous les tenants et aboutissants de cette histoire”, notant que cependant, depuis la révolution, la violence a explosé en Tunisie.

Interrogée sur le laisser-faire volontaire de la police face aux multiples exactions commises contre les non jeûneurs, Bochra Bel Haj Hmida affirme qu’ “il ne fait aucun doute qu’il y a des agents de police qui n’ont pas encore compris ce qui s’est passé dans le pays, et pas seulement contre les non jeûneurs, cela concerne un grand nombre d’affaires touchant aux libertés individuelles. C’est aussi le cas au niveau des juges” dit-elle.

“En tant que membres de la Colibe, nous sommes allé voir le ministre de l’Intérieur de l’époque Lotfi Brahem, on lui a demandé de nous remettre une copie de la circulaire de 1981 (...) nous ne l’avons jamais reçue. Donc nous nous interrogeons aujourd’hui” sur l’existence d’une telle circulaire.

Selon elle, les affaires concernant les libertés individuelles “ne sont pas en train d’être traitées prioritairement dans les débats publics (...) il y a de nombreuses libertés individuelles qui sont bafouées”, notant qu’il y a dans ce cadre deux problèmes majeurs: “Aujourd’hui nous n’avons pas de lois qui garantissent ces libertés et l’État ne communique pas clairement sur ces libertés”.

“J’aurai souhaité voir le ministre de l’Intérieur, dès le début du mois de ramadan, venir rassurer les Tunisiens sur leurs libertés individuelles (...) cela aurait pu avoir un impact sur la société et même sur certains agents de police” a indiqué la députée appelant une nouvelle fois au débat: “Nous avons érigé de grands principes comme la liberté de conscience et de croyance, il serait temps d’en débattre”.

Cependant, nuance-t-elle, aujourd’hui le peuple n’est pas suffisamment conscient de ses libertés et doit faire beaucoup plus pour aider le gouvernement à ouvrir un tel débat: “Je vois qu’il y a un petit nombre de personnes dans la société qui portent ces questions de libertés individuelles. Je n’ai vu aucun parti politique en faire sa bataille” a-t-elle déploré.

“Il faut qu’il y ait une dynamique entre la société, l’État et les partis politiques, or nous sommes dans une situation tendue. Je ne trouve pas d’excuses au gouvernement mais j’explique, parce qu’on a tendance à tout demander au gouvernement mais nous ne faisons rien en tant que citoyens”

″Où est l’Assemblée des représentants du peuple face aux exactions commises contre les libertés individuelles?! (...) S’il y avait une réelle volonté, nous aurions déjà adopté une loi” a poursuivi Bochra Bel Haj Hmida affirmant avoir présenté une loi pour garantir ces libertés, qui s’est perdue dans les dédales de l’Assemblée.

“Ce qui me dérange c’est que tout le monde fuit ses responsabilités et on voudrait que le gouvernement fasse tout le travail. Non, il faut que chaque pouvoir fasse son travail, idem pour les citoyens et les institutions” a-t-elle rappelé notant que cela fait “5 ans que la Constitution a été adoptée, où en est-on de sa mise en application par l’ARP? Où sont les propositions de loi?”

″À part le parti Al Massar, depuis la révolution aucun parti politique ne s’est clairement positionné pour défendre les libertés individuelles (...) Pire encore, il y a aujourd’hui des partis ou des organisations qui appellent à ce que ces libertés n’existent plus” faisant notamment référence aux appels à un retour vers l’ancien régime ou encore la proposition de mettre un policier dans chaque bus afin de minimiser les crimes.

L’égalité dans l’héritage, pas pour aujourd’hui

Concernant le projet de loi sur l’égalité dans l’héritage, Bochra Bel Haj Hmida affirme que celui-ci “n’a pas été enterré et ne le sera pas avant la fin de la prochaine mandature”.

“Il y a eu un retard injustifié, inacceptable pour moi. Il devrait être prioritaire dans les discussions à l’ARP, ce qui n’est pas le cas” a-t-elle regretté fustigeant le manque de soutien de certains députés. “Il y a des députés qui crient lors de la plénière, qui font le show mais qui ne font pas le travail de fourmi nécessaire en commissions ou au sein des commissions régionales (...) Quand tu as besoin d’eux en commission sur des questions sociales ou importantes, ils ne sont plus là!” fustige-t-elle craignant que ce projet ne soit récupéré politiquement à des fins électorales.

“J’ai peur aujourd’hui qu’Ennahdha ne l’utilise à des fins électorales (...) Cela les arrangerait même qu’il passe maintenant en plénière pour s’en débarrasser, l’enterrer. D’abord, ils gagneraient électoralement en rassurant leurs bases en réaffirmant qu’ils sont contre. Deuxièmement ils diraient aux électeurs: ‘vous les avez vu ces progressistes? Ils vous ont menti’, et enfin ils se débarrasseraient de ce projet de loi” dit-elle, expliquant qu’en l’état actuel des choses, le projet de loi ne passerait pas.

“Pour moi, il ne faut pas qu’il passe en plénière aujourd’hui, il faut que le débat dessus se poursuive au niveau de la société (...) J’espère qu’il passera lors du prochain mandat de l’ARP” a-t-elle conclu.

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