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07/05/2018 17h:13 CET | Actualisé 07/05/2018 17h:13 CET

Mondial 2026: Chantage à la Trump

"Il faut se méfier d’un président qui a érigé 'l’Amérique d’abord' en slogan populiste étriqué".

Lucas Jackson / Reuters

Ses proches collaborateurs, aussi bien parmi les fidèles que parmi les déçus démissionnaires, l’ont décrit tour à tour comme “ignare”, “impulsif”, “fou”, “inculte”... Donald Trump a eu droit à tous les qualificatifs et tous les sobriquets. Côté sondage, rien qu’en Europe, 9 européens sur dix ont une mauvaise opinion du président américain. Les livres de Michael Wolff, “Le bruit et la fureur”, et de James Comey, “Mensonges et vérités: Une loyauté à toute épreuve”, ont tout deux bien égratigné cet homme sans qualités.

Il est de coutume que les présidents américains respectent leurs engagements vis-à-vis de leurs alliés traditionnels. Or, hormis Israël, Trump n’a eu aucune gêne à bousculer, voire transgresser les sacro-saintes alliances. Il en va ainsi avec le Maroc, un allié de la première heure. À la suite de l’élan manifesté par de nombreux pays, notamment en Europe, en Afrique, dans le monde arabe et en Asie, pour l’organisation de la Coupe du monde de football 2026, Trump a pris la mouche en distillant son venin dans un Tweet ravageur: “Les États-Unis ont mis sur pied une FORTE candidature avec le Canada le Mexique pour accueillir la Coupe du Monde 2026. Ce serait une honte si les pays que nous avons toujours soutenus faisaient campagne contre la candidature américaine. Pourquoi devrions-nous continuer à soutenir ces pays lorsqu’ils ne nous soutiennent pas (y compris aux Nations Unies)?”.

Trump use sans détours, du chantage etde la menace pour dissuader les pays dépendants du soutien et de l’aide américaine. Après la défection de l’Afrique du Sud, il faudra s’attendre peut être au retrait d’autres pays qui se trouvent dans la zone d’influence américaine, comme l’Egypte, l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Golfe. Côté Europe, le Maroc peut compter sur quelques soutiens indéfectibles tel celui de la France. L’attitude de la FIFA reste la grande inconnue. Saura-t-elle et pourra-t-elle affronter Trump en jouant la carte de l’indépendance, de la démocratie et de la justice? La réponse nous saura fournie le 13 juin prochain.

Cependant, le Maroc a-t-il les moyens et la force d’aller jusqu’au bout de la confrontation avec un président buté et qui pense la politique en termes vulgaires et virils (humilier l’adversaire, lui casser la gueule, etc.). Devant la charge d’un tel catcheur, le Maroc ne finira t-il pas par abdiquer pour soutenir la candidature américaine? Trump connaît parfaitement les points faibles du Maroc: le dossier du Sahara et le besoin du Maroc du parapluie militaire américain. Il faut donc se méfier d’un président qui a érigé “l’Amérique d’abord” en slogan populiste étriqué. Il est bien capable de jouer un mauvais tour au Maroc. Capable de tromper la confiance d’un “ami”. Et ceci est valable aussi pour le dossier du Sahara.