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10/05/2018 15h:50 CET | Actualisé 10/05/2018 15h:50 CET

Comment on fait?

"Je me demande toujours quelle est la meilleure attitude et action à avoir afin de faire évoluer les choses à une vitesse plus digne de notre humanité."

charnsitr via Getty Images

En 1981, Michel Sardou, chanteur populaire s’il en est en France, sortait le tube “Femmes des années 80”, dont je vous cite les deux premiers couplets:

“Dans un voyage en absurdie 
Que je fais lorsque je m’ennuie, 
J’ai imaginé sans complexe 
Qu’un matin je changeais de sexe
Que je vivais l’étrange drame
D’être une femme. 

Femme des années 80, 
Mais femme jusqu’au bout des seins, 
Ayant réussi l’amalgame 
De l’autorité et du charme”.

Lorsqu’il a co-écrit cette chanson, elle se voulait une parodie du féminisme de ces années qui, au-delà de la libération sexuelle des années 70, s’était durci au point de vouloir effacer toute connotation liée au sexe afin que les femmes soient considérées comme des hommes à part entière, ou presque. Heureusement pour la féminité et nos rapports avec les hommes, cette option est désormais quasi abandonnée nous permettant ainsi de garder une part de féminité sans que cela n’altère nos revendications quant à l’égalité des droits.

Mais depuis, il en a coulé de l’eau sous les ponts. Petit à petit, la société de consommation nous a imposé une vision de la femme objet qui doit prendre soin d’elle et pratiquement virer à la putain lorsqu’elle apparaît dans les clips aux connotations les plus machistes possibles. Le problème est que cela fonctionne. La grande majorité des femmes rêvent de ressembler à ces bimbos acidulées qui roule du c**, ou dans un tout autre genre, à la princesse qui se tient deux pas derrière n’importe quelle tête couronnée. Une fois de plus, tout est fait pour remettre la femme à la place souhaitée par les hommes c’est-à-dire bien en dessous de la leur. 

Et tout est bon pour faire passer la pilule. La publicité, les contingences économiques et même les religions, tout est fait pour nous maintenir dans cette situation légèrement en retrait, pour ne pas dire carrément inférieure aux hommes. Vouloir lutter contre cela et l’on vous tague de chieuse, de garçon manqué (tient pour une fois le terme garçon est associé à une insulte), de féministe enragée (en rêvant que vous rejoignez les Femen afin de mâter votre poitrine en hochant la tête d’un air désapprobateur face à cette indécence, tout en laissant couler un petit filet de bave au coin de la bouche…). Bref, quelle que soit l’attitude que nous pourrions prendre, entre la demande polie, la revendication dans la rue, les quelques lignes d’indignation sur les réseaux sociaux, rien, mais rien ne serait fait comme il faut. 

Oh, nous avons bien quelques alliés du côté du sexe fort qui, sous couvert de l’égalité des êtres humains, nous soutiennent dans nos démarches mais ils sont trop peu nombreux, et nous sommes trop faibles visiblement, pour nous imposer, pour imposer cette vérité toute naturelle. Qu’est ce qui pourrait nous ramener à la raison? L’éducation, la lecture et l’esprit critique? Trop long à mettre en place, pas assez accessible à tous, pas nécessairement à la portée de tout le monde. La loi? Pouvons-nous compter sur des politiques qui sous prétexte de se faire (ré)élire ne veulent pas bousculer les habitudes et les croyances de leurs électeurs, même si celles-ci sont un frein à notre humanité?Un travail de longue haleine afin de convaincre un à un tous les 7 milliards d’êtres que compte cette planète? Trop long! Faudra-t-il qu’un jour un mouvement révolutionnaire que l’on qualifiera bien sûr de terroriste, commence à faucher les représentants les plus visibles du machisme en guise d’avertissement pour tous les hommes qui voudraient régner sur les femmes? Mon aversion pour toute forme de violence m’interdit d’y songer, même si je me demande parfois si one ne va malheureusement pas finir par en arriver là. Car même si je condamne l’apologie à la violence, il y a des jours comme ça, où l’on rêve que le facteur qui nous livre de mauvaises nouvelles tombe dans les escaliers...

Plus sérieusement, et au risque de passer pour celle qui voit le verre à moitié vide, lorsque je vois le chemin qu’il reste à parcourir pour obtenir enfin l’égalité des droits, pour que les femmes cessent d’être les victimes physiques, psychologiques et économiques de ce monde, je me demande toujours quelle est la meilleure attitude et action à avoir afin de faire évoluer les choses à une vitesse plus digne de notre humanité. Car plus vite nous changerons, moins il y aura de victimes anonymes et silencieuses, et mieux je dormirais.

Des suggestions? #SafiBaraka

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