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23/10/2019 15h:06 CET | Actualisé 23/10/2019 15h:46 CET

BLOG - Bouregaa: Le Commandant transmet le flambeau de novembre

DR
Bouregaa

Rude journée pour la justice. Un octogénaire a passé quatre mois en prison et il n’est pas pressé de la quitter. Il a choisi de faire de son épreuve une nouvelle bataille de plus dans un registre glorieux ouvert plus de soixante ans auparavant, quand il avait rejoint les rangs de l’armée de libération nationale (ALN) et était devenu un symbole de la lutte contre le colonialisme. Ce combat qu’il poursuivra en homme libre après l’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs séjours en prison. Cette prison qu’il a transformée en champ pour une bataille qui pourrait être encore plus importante.


Le moudjahid Lakhdar Bouregaa a refusé de réponse aux questions du juge d’instruction. Il ne s’est pas contenté ainsi de refuser de reconnaître les accusations portées contre lui, il met dans l’embarras l’ensemble du pouvoir judiciaire en insistant sur le caractère politique de sa détention. Son silence a été suffisant pour gâcher tout le plan relatif à la campagne d’arrestations qui a touché des dizaines de personnes.


L’arrestation de Lakhdar Bouregaa avait été expliquée comme étant une réponse sévère de la part de l’institution militaire à ses déclarations au sujet de l’armée des frontières. Le fait que le ministère de la Défense se soit constitué partie dans l’affaire, ainsi que l’indique l’accusation d’atteinte au moral de l’armée, semble le confirmer. Mais les autres déclarations de Bouregaa à propos des intentions du pouvoir d’imposer son candidat sont venues donner une dimension politique à son arrestation.


Quel que soit le motif réel de l’emprisonnement d’un éminent moudjahid âgé de près de 87 ans, d’autres personnes l’ont rejoint à la prison d’El Harrach et dans d’autres prisons. Deux hypothèses ont été avancées à propos de cette vague d’arrestations. La première dit que l’objectif est de faire peur aux manifestants et les dissuader de sortir dans la rue. L’autre hypothèse évoque une volonté de neutraliser les éléments considérés comme actifs et de décapiter la révolution pacifique avant d’accélérer sa liquidation.


Dans les deux cas, les détenus pouvaient être une carte de marchandage entre les mains du pouvoir pour que leur libération soit présenté comme un geste d’apaisement dans le cadre de mesures destinées à donner de la crédibilité aux élections. D’autant que cette question continue d’être avancée par l’opposition (partis et personnalités) comme une condition nécessaire aux élections.

La carte des détenus neutralisée

Au moment où Bouregaa est entré dans le bureau du juge d’instruction près le tribunal de Bir Mourad Raïs, la carte des détenus était encore passible d’utilisation politique. Mais elle a été grillée quand le grand détenu a fait tonner ses phrases face au juge disant son refus de répondre aux questions, son refus de reconnaître le gouvernement et exigeant la libération de tous les détenus, le tout au nom du refus de trahir le hirak.


Bouregaa a ainsi choisi de faire de la prison une arme face au pouvoir, lequel n’obtiendra rien de ce fait en contrepartie de la libération des détenus. A l’inverse, les pertes générées par le choix des arrestations sont désormais évidentes.


Le refus de Bouregaa de répondre aux questions du juge est conforme à l’engagement pris auparavant devant ses avocats de refuser sa mise en liberté tant que tous les autres détenus ne sont pas libérés. Son plan était de prendre l’initiative de couper la route à ses geôliers et de leur enlever la carte de sa libération par un procès. Pour sortir de cette impasse, le tribunal va être contraint de prononcer une décision politique, ce qui confirmerait l’argument de l’absence d’indépendance de la justice invoquée par Bouregaa devant le juge. Une cuisante défaite pour le pouvoir qui perd une bataille aux significations symboliques cruciales.

Président d’honneur

La révolution pacifique a ainsi son président d’honneur. Il tient sa légitimité des sacrifices qu’il fait dans cette révolution dont il n’a pas essayé de prendre les devants dans les médias, ni à la chevaucher au nom de son lumineux passé révolutionnaire. Il a, au contraire, choisi d’être un soldat parmi les rangs d’une nouvelle génération qui mène une révolution pacifique avec des outils nouveaux pour construire une Algérie nouvelle. Telle est la véritable transmission du flambeau entre la génération de la révolution et celle de l’indépendance. Une transmission qui se fait à la veille du Premier Novembre dans les cellules de prisons et les prétoires des tribunaux et non dans les luxueux bureaux dont les clés sont entre les mains des symboles d’un régime sans légitimité.


Que Bouregaa soit lors du 37e vendredi dans sa cellule ou manifestant dans la rue, les jeunes de la révolution pacifiques marcheront, guidés par les lumières de novembre.

Traduit par le HuffPost Algérie - Article original