MAROC
12/04/2019 17h:48 CET | Actualisé 12/04/2019 18h:48 CET

"Blackout": Nabil Ayouch prépare une série d'anticipation sur l'immigration à Ceuta

Huit épisodes retraçant une nuit dans l'enclave espagnole après une coupure de courant.

VALERIE MACON via Getty Images

CULTURE - Après ses longs métrages “Much Loved” (2015) et “Razzia” (2017), évoquant tour à tour la prostitution et les libertés individuelles, Nabil Ayouch change de format et s’attaque à une autre question d’actualité: l’immigration. Le réalisateur marocain est en pleine préparation de “Blackout”, une série dramatique se déroulant dans un futur proche à Ceuta.

Présentée cette semaine pendant le Festival international de séries de Cannes (Canneseries) en France, lors de la session de pitching du forum “In Development”, la série fait partie des douze projets sélectionnés par les membres du comité de lecture de ce forum dédié au développement et à la promotion de nouvelles productions télévisées internationales, parmi 376 candidatures reçues de 41 pays.

Co-produite par Ali n’ Productions (Maroc) et Les Films du Nouveau Monde (France), “Blackout” recevra, pour sa phase de développement, l’appui financier du fonds d’investissement français La Fabrique des Formats.

La série, écrite par Nabil Ayouch, Maryam Touzani et Rita El Quessar, et produite par Amine Benjelloun, raconte une nuit dans l’enclave espagnole après une panne de courant généralisée.

Découpée en huit épisodes d’une heure chacun, la série mêle les histoires de plusieurs personnages, sur fond de pression migratoire avec le Maroc. La coupure d’électricité permet en effet à des milliers de migrants qui attendaient de l’autre côté de la barrière électrifiée de Ceuta de traverser la frontière. Pour la police espagnole, c’est un acte de sabotage pour renverser la ville.

Parmi les six personnages principaux de la série, Ayouch en a déjà dévoilé quelques uns: Pilar de la Barca, officier général de la Guardia Civil de Ceuta, qui consacre sa vie à son travail, négligeant son mari et sa fille adolescente, mais qui découvre ”son âme, son cœur et sa sensibilité” lorsqu’elle est appelée à défendre la ville, rapporte Variety.

Il y a également Thialé, un ancien enfant-soldat nigérian réputé pour son courage et qui rencontre, une fois à Ceuta, Awa, une Sénégalaise partie retrouver sa petite soeur pour la ramener au Sénégal. Thialé abandonne son rêve de partir en Europe, son destin change, souligne le magazine spécialisé.

2M serait intéressée par la série. “On a envie qu’il y ait une chaîne marocaine dans le tour de table, même si on ne sait pas encore sous quelle forme”, déclare au HuffPost Maroc Nabil Ayouch, qui signe là sa première série. “J’ai toujours voulu réaliser un très long métrage, qui durerait plusieurs heures, mais je n’ai jamais réussi à aller jusqu’au bout de la démarche pour le rendre visible dans les salles de cinéma”, indique le réalisateur. “Cette série, qui se passera en ‘temps réel’, pendant huit heures, sera un peu comme mon premier long, long métrage!”

Pour le réalisateur, “Blackout” est une série “qui a du sens par rapport au monde dans lequel on vit, par rapport aux murs et aux frontières qui se dressent un peu partout, pas seulement à la frontière entre le Maroc et Ceuta”, confie-t-il. “Ces frontières peuvent aussi être mentales, avec toutes ces vagues de populisme qui sont en train de jaillir en Europe et aux Etats-Unis. Cela rejoint pleinement mes préoccupations”.

Le tournage devrait débuter en avril ou juin 2020, pour une sortie fin 2020 ou début 2021. Les scènes seront tournées en partie sur place et en partie en studio. La série sera en arabe, espagnol et français, et les acteurs seront marocains, espagnols, français et subsahariens.