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05/03/2019 11h:33 CET | Actualisé 05/03/2019 11h:33 CET

Bit Syouda: Ce pavillon LGBTQ+ de la prison de Mornaguia

Qu’est-ce que “Bit Syouda” et comment ça se passe pour les minorités sexuelles en prison? Explications.

Facebook/Prison de la Mornaguia

Suite à la rumeur annonçant la mort suspecte de Frifta, une codétenue à la prison pour hommes de Mornaguia, plusieurs membres de la société civile s’insurgent contre l’administration pénitentiaire, murée dans son silence. Pourtant, dans cette prison, les personnes transgenres, n’ayant toujours pas pu changer leur état civil, sont détenues et placées dans une cellule spéciale appelée “Bit Syouda”. Qu’est-ce que “Bit Syouda” et comment ça se passe pour les minorités sexuelles en prison? Explications.

Cette histoire ne date pas d’hier. En 2016, Héla, une femme transgenre a été mise en garde à vue puis incarcérée dans la prison de la Mornaguia, pour la durée de 21 jours. En septembre dernier, elle y retournera, cette fois pour seulement 4 jours. Son tort? Son apparence physique. Héla est une femme transgenre ayant subi une augmentation mammaire mais détenant toujours une carte d’identité indiquant que c’est un homme.

Ayant contacté l’un de ses avocat, maitre Mounir Baatour, il nous livre un témoignage accablant: “la notion de transgenre n’est pas reconnue par le règlement intérieur de la prison de Mornaguia, ni par les normes régissant l’administration pénitentiaire. Les femmes transgenres faisant l’objet de poursuites, sont détenues dans des prisons pour hommes, en concordance avec leur état civil”.

En effet, cette identité sexuelle n’est pas reconnue par le droit tunisien. Pourtant, une interprétation extensive du code du statut personnel a permis, auparavant, de changer l’état civil de trois personnes transgenres Female to Male (de femme à homme) et de leur permettre ainsi de faire coïncider leurs papiers d’identité avec leur apparence physique et leur sexe psychologique. Néanmoins, la justice s’obstine à refuser de reconnaitre aux femmes transgenres Male to Female (d’homme à femme) un état civil en adéquation avec leur identité de genre.

Selon maitre Baatour, “c’est la misogynie de la justice dans toute sa splendeur. Lorsqu’une personne née biologiquement femme subit une opération chirurgicale pour avoir l’apparence d’un homme, et demande le changement de son état civil, l’Etat considère qu’elle s’élève à un rang supérieur et accepte la demande. C’est plus compliqué dans le sens contraire, puisque plusieurs magistrats estiment qu’une personne née homme et souhaitant finaliser sa transition par un document officiel, cède un privilège…”. Un privilège. Celui d’appartenir au sexe fort.

Une fois incarcérée, une personne transgenre sera placée dans une cellule réservée aux minorités sexuelles dans la prison de Mornaguia, Nommée ironiquement “bit Syouda”/ “la chambre des lions”. On y trouve des personnes trangenres, homosexuelles et bisexuelles…

Pour l’avocat, Bit Syouda est un monde à part. Les détenu.e.s n’ayant pas reçu de visites et n’ayant pas les moyens pour faire des achats au sein de la prison, se prostituent, en échange d’un couffin rempli de nourriture à partager ou de cigarettes. Pour les balades à l’air libre, les codétenu.e.s de “Bit Syouda” disposent d’un patio spécial où se dégourdir les jambes et ne sont pas mélangé.e.s avec le reste de la prison.

Frifta, la prisonnière trangenre, dont on dit qu’elle a été retrouvée morte étouffée, aurait été incarcérée à la prison de Mornaguia, il y a plus de deux mois. Son cadavre aurait été découvert à Bit Syouda, il y a deux semaines. Dix jours plus tard, un détenu, venant d’être libéré à l’issue de sa peine, aurait informé la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme de sa mort.

En attendant une déclaration à la presse de la part de l’administration pénitentiaire, de la League des Droits de l’Homme ou de la délégation de l’Organisation Mondiale Contre la Torture en Tunisie, on reste dans un silence assourdissant des autorités quant à la véracité des faits allégués et aux circonstances de la mort de Frifta.

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