MAROC
03/09/2018 11h:05 CET

Birmanie: deux journalistes de Reuters condamnés pour avoir enquêté sur l'assassinat de Rohingyas

Ils ont écopé de sept ans de prison.

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INTERNATIONAL - Deux journalistes birmans de l’agence de presse britannique Reuters ont été condamnés lundi à sept ans de prison pour avoir “enfreint la loi sur les secrets d’Etat”.

Les deux reporters, Wa Lone, 32 ans, et Kyaw Soe Oo, 28 ans, sont accusés de détention de documents relatifs aux forces de sécurité birmanes.

“Les accusés (...) ont enfreint la loi sur les secrets d’Etat section 3.1.c et sont condamnés à sept ans de prison. Le temps qu’ils ont déjà passé en prison depuis le 12 décembre sera pris en considération”, a indiqué le juge du tribunal de Rangoun, Ye Lwin.

Enquête sur l’assassinat de dix Rohingyas

Au moment de leur arrestation le 12 décembre dernier, Lone et Soe Oo menaient une enquête sur l’assassinat par l’armée birmane de dix Rohingyas, des musulmans apatrides, dans le village de Inn Dinn, dans l’Etat d’Arakan à l’ouest du pays. Un policier qui a témoigné à leur procès a reconnu que le rendez-vous pendant lequel des documents confidentiels devaient être remis aux deux journalistes était un “piège” pour les empêcher de poursuivre leur enquête. L’armée a reconnu après l’arrestation des deux journalistes que le massacre sur lequel ils enquêtaient avait bien eu lieu.

Quelques jours après leur arrestation, l’armée a reconnu que des soldats et des villageois bouddhistes avaient tué de sang-froid des captifs rohingyas le 2 septembre 2017, et sept militaires ont été condamnés à dix ans de prison pour ce massacre.

“Je n’ai pas peur”, a clamé Wa Lone après la lecture du verdict. “Je n’ai rien fait de mal. Je crois en la justice, en la démocratie et en la liberté”, a-t-il ajouté.

Commentant le verdict, le président de Reuters News, Stephen J. Adler, a indiqué que c’est “un triste jour pour la Birmanie, les journalistes Wa Lone et Kyaw Soe Oo et la presse partout dans le monde”.

Suite à l’annonce de leur condamnation, nombre de leurs confrères ont tenté de bloquer la voiture de police qui les transportait:

“Chaos à l’extérieur de la Cour du Myanmar qui a condamné les reporters de Reuters Wa Lone et Kyaw Soe Oo à 7 ans de prison. “Qu’ils parlent aux médias! Qu’ils nous parlent!“ Leurs collègues journalistes pleurent pendant que la police ramène nos amis dans leurs cellules. #FreeWaLoneKyawSoeOo Vidéo par @cape_diamond”

Les ONG protestent

Les organisations de défense de la liberté de la presse, les Nations unies et de nombreux pays occidentaux ont vivement critiqué le verdict, le qualifiant de coup sévère porté à la liberté d’expression et à l’Etat de droit, et ont réclamé l’acquittement des deux journalistes birmans.

Le Secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF) a notamment qualifié cette condamnation de “terrifiante pour l’avenir du pays”:

Sur les réseaux sociaux, de nombreux journalistes ont exprimé leur colère et incompréhension face à cette condamnation:

“La condamnation des journalistes de Reuters Wa Lone & Kyaw Soe Oo à sept ans de prison par le tribunal de Myanmar constitue deux doigts d’honneur du régime envers le monde après l’accusation de génocide formulée ces dernières semaines par la mission de l’ONU. Leur ‘crime’ avait été de découvrir la preuve d’un massacre”.

 

La Birmanie “coupable de massacres”

Une mission d’enquête sous mandat de l’ONU a conclu, la semaine dernière, que l’armée birmane s’était rendue coupable de massacres et de viols collectifs contre les Rohingyas avec une “intention génocidaire” et a demandé que les principaux généraux birmans soient traduits en justice.

“Nous continuons à demander la libération” des deux journalistes, a déclaré le représentant de l’ONU en Birmanie, Knut Ostby, peu après l’énoncé du verdict.

Pour sa part, Reuters a dénoncé les “accusations montées de toutes pièces” contre ses reporters. “Ces deux admirables journalistes ont déjà passé près de neuf mois en prison sur des accusations montées de toutes pièces destinées à les réduire au silence et à intimider la presse”, s’est indignée l’agence dans un communiqué.

“Ces deux journalistes courageux ont réuni des preuves que l’armée avait commis des crimes de masse contre des civils rohingyas, que les autorités birmanes ont tenté de couvrir”, a critiqué, à son tour, l’ONG internationale de défense des droits de l’homme Fortify Rights.