TUNISIE
20/04/2018 17h:40 CET | Actualisé 20/04/2018 17h:42 CET

Bière… pour toi j’irai au bout du monde! Portrait d'Anis Habib, brasseur tunisien

Une entreprise argentine, une bière anglaise, un timbre tunisien, carthaginois même, et un talent qui ne se cache plus, celui de Anis Habib. Portrait.

Anis Habib

Portrait d’Anis, mais aussi de Anistout. La bière au nom de ce Tunisien, parti vivre son rêve à l’autre bout du monde… en Argentine!

Brassage de bière mais aussi de cultures, ‘Anistout’ est “une Extra Foreign Stout bien anglaise avec les ingrédients principaux de la ‘Marka Hlowa’ ″, décrit Anis Habib au HuffPost Tunisie

Maître brasseur, c’est le métier dont il rêvait depuis qu’il était adolescent.

 

Ingénieur en Bioprocess, Anis suit aussi plusieurs formations en Qualité en Tunisie, puis fait un bref passage par deux universités parisiennes.

Il entame ensuite sa carrière, entre l’Industrie des Médias et l’Industrie Pharmaceutique, mais cela n’assouvira guère ni son ambition ni sa passion! Il rêve d’être brasseur… et il le deviendra!

Il tente alors sa chance auprès de la brasserie leader en Tunisie et met ainsi un pied dans l’étrier. Son aventure dans le monde de la bière peut dès lors commencer. Ses talents peuvent enfin “s’extirper des limites de ma cuisine”, dit-il. 

“J’ai reçu, au sein de cette entreprise, une formation technique solide, une culture de la qualité prononcée et un sens aigu de la rigueur. Elle fut, pour moi, une école, la meilleure. J’y ai trouvé une passion, une famille, une culture” raconte Anis.

Seul bémol, Anis rêve plus grand! Sa créativité débordante et sa passion inébranlable pour la brasserie ne trouvent pas de voie en Tunisie. Il ne peut cacher sa déception. 

 

“J’ai pu comprendre que l’ambition et l’esprit d’initiative, corpus de toutes les réussites économiques, n’ont pas leur place dans une société tunisienne en perpétuel déclin. Mon discours peut paraître défaitiste et négatif. Mais je suis sûr que bon nombre de lecteurs de mon âge comprennent bien chaque mot que j’emploie”, s’exprime Anis. 

“La jeunesse tunisienne n’a qu’un rêve… Celui de se barrer! Se barrer pour de meilleurs salaires, pour plus de considération, pour de meilleures perspectives d’avenir et pour plus de choix de bière” sourit-il. “La bière est un excellent marqueur de ce problème. L’absence de diversité dans ce marché et sa stagnation malgré une demande croissante de renouveau et d’ouverture sur le monde en dit long sur toute la situation socio-économique du pays”. 

Anis Habib décide de continuer l’aventure seul et d’ouvrir sa propre société.

Anis Habib

 

Pendant un an, il multiplie les tentatives pour avoir une autorisation de production d’une brasserie artisanale “mais le gouffre administratif tunisien, pavé de corruption, d’accointances idéologiques et de traitements partisans, a anéanti tous mes rêves et m’a poussé à quitter mon pays pour poursuivre mes rêves dans des pays dignes d’accueillir mes ambitions”, regrette-t-il.

Mais il ne le regrettera pas pour longtemps.  

“L’Argentine et l’entreprise Belsh m’ont offert cette chance” raconte-t-il. “En trois mois, je me suis vu confier les rênes de la production de toute l’usine”. 

Sérieux, rigueur, créativité et efficacité sont ses mots d’ordre. C’est ainsi qu’il est arrivé à séduire la marque argentine, qui n’a pas hésité à lui offrir le privilège de sortir une bière en son nom.

“Mon sentiment est partagé entre la joie, la déception, la colère et l’amertume. Je suis fier d’être le premier maître brasseur tunisien d’une renommée internationale. Cependant, j’aurais aimé que cela puisse profiter à mon propre pays. J’aurais aimé que notre pays puisse profiter de l’explosion internationale du secteur de la bière artisanale et que les Tunisiens puissent profiter de la démocratie dans leurs pintes”. 

Anis Habib

 

Revenons-en à Anistout. Pruneaux, raisins et noix, le stout de Anis s’inspire de la culture berbère, mais il parle aussi d’une bière métisse: “Une Extra Foreign Stout bien anglaise avec les ingrédients principaux de la “Marka Hlowa”, le dessert traditionnel typiquement nord -africain”, décrit-il ; qui de plus pourrait être présentée au prochain concours de bières artisanales à Buenos Aires.

Mais ce n’est pas fini. Anistout a encore de quoi surprendre. “J’ai demandé une modification du logo de la marque pour coiffer le légendaire Manneken-pis d’un casque carthaginois. La mention “Dux Bellorum”, seigneur de guerre, est une dédicace de ma part à notre héros national Hannibal Barca (sourire). 

Anis Habib

 

La bière artisanale, un marché en plein boom

“Pour ce qui est de la bière artisanale, la révolution ne fait que commencer. Le monde entier se régale de l’avalanche d’innovation qui en découle. Les styles varient de plus en plus et la qualité qui en résulte fait de la bière un produit aussi prestigieux que les grands crus! Sauf dans nos pays…” estime Anis avant d’ajouter.

“J’espère, qu’un jour, la Tunisie comprendra que sa plus grande richesse naturelle est sa matière grise, et que le peuple tunisien apprenne enfin à apprécier les différences au sein-même de ses propres composantes, parce que ce sont ces dernières qui font sa singularité” a-t-il conclu.

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