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27/07/2018 18h:32 CET | Actualisé 27/07/2018 18h:34 CET

Bernard Gainnier: "Nous devons créer un marché du numérique plus éthique, transparent et protecteur"

"L’intelligence artificielle est l’un des secteurs sur lequel nous devons miser".

PeopleImages via Getty Images

Les innovations technologiques bouleversent l’économie mondiale. De la dématérialisation des produits au développement fulgurant de l’intelligence artificielle en passant par le Big Data, l’environnement ultra-digitalisé dans lequel nous vivons aujourd’hui évolue à un rythme effréné imposé par la Chine et les États-Unis, deux géants du numérique qui s’adonnent à une guerre commerciale XXL de laquelle ils pourraient ressortir affaiblis. Et si ce duel permettait au reste du monde du tirer son épingle du jeu? Comment se faire une place dans la cour des Grands? Bernard Gainnier, Président de PwC France et Afrique francophone, nous livre son avis sur la question.

PWC

À l’heure où la Chine et les États-Unis se livrent une véritable bataille commerciale centrée sur l’essor des innovations technologiques, le reste du monde est-il voué à devenir une “colonie numérique” de ces deux puissances économiques?

Le numérique a révolutionné nos vies. Les acteurs publics et privés en Chine et aux Etats-Unis l’ont compris il y a fort longtemps. Ils ont pris des décisions stratégiques pertinentes, au bon moment, dans un environnement politico-économique favorable leur permettant d’investir des sommes colossales et de créer des entreprises technologiques très innovantes qui ont ou auront un impact sur tous les secteurs d’activité. Cette réalité, nous devons l’accepter. Et nous devons aussi la challenger.

Mais ne nous trompons pas de combat! Il ne s’agit pas, ici ou ailleurs, de tenter d’imiter maladroitement ce que font déjà Google, Apple, Facebook, Amazon, Baidu, Alibaba, Tencent ou encore Xiaomi. Le numérique transforme tous les secteurs, c’est là où sont les opportunités.

Pour ne pas devenir des “colonies numériques” de ces deux puissances économiques, il faut que nous agissions vite, sans plus attendre, que nous investissions collectivement dans des domaines qui ne sont pas encore complètement exploités par ces deux nations, que nous protégions davantage nos inventions, que nous réglementions nos marchés et que nous formions nos talents aux défis numériques à venir. Le numérique n’est qu’un moyen. L’humain est un moteur. C’est l’usage raisonné et différenciant que nous ferons de la technologie qui nous permettra de nous démarquer de la concurrence.

L’humain doit être au cœur de la transformation numérique. Dans ce sens, former et retenir nos talents sont la clé du succès. Que devons-nous faire pour remplir ces deux objectifs?

La formation de nos talents est un élément majeur dans cette course contre la montre. Nous devons dans un premier temps sensibiliser davantage les populations étudiantes et professionnelles aux enjeux du numérique. Dans un second temps, leur apprendre à comprendre le monde qui nous entoure. Et dans un troisième temps, les inciter à réfléchir à comment réinventer le monde de demain. L’innovation, c’est savoir appréhender le futur. C’est regarder vers l’avant et s’adapter. Les entreprises qui sortiront du lot dans les années à venir seront celles qui auront su utiliser les ressources numériques disponibles et nécessaires à leur développement et qui placeront les hommes au-dessus des machines. L’humain doit maîtriser la technologie. Pas l’inverse. Les robots serviront à automatiser et accélérer l’exécution de tâches plus ou moins simples et répétitives afin que l’Homme puisse se concentrer davantage sur des missions à plus forte valeur ajoutée.

Une fois nos talents formés, nous devons les retenir. Au-delà des salaires attractifs, bonus, primes, bonnes conditions de travail, plans de carrière établis sur le long terme, il est essentiel de valoriser et de protéger leurs inventions. Aujourd’hui, le chemin est encore long mais nous sommes sur la bonne voie. Les idées, l’envie et la détermination sont là… il ne nous reste plus qu’à convaincre et moderniser nos systèmes éducatifs et financer cette mutation numérique.

Téléphonie mobile, appareils connectés, robotique, transports autonomes… les nouvelles technologies sont partout; elles transforment nos sociétés et nos vies quotidiennes. Dans quel secteur prioritaire et combien devons-nous investir pour créer la différence?

Financer des projets de formation, de recherche et d’innovation basés sur l’excellence scientifique et la primauté industrielle représente un coût élevé qu’aucune nation ne pourra assumer seule. Investir collectivement, acteurs publics et privés, dans un domaine du numérique porteur, est la clé du succès.

Pour moi, l’intelligence artificielle est l’un des secteurs sur lequel nous devons miser. Si nous regardons ce qu’il se passe actuellement en Europe, la révolution numérique est déjà arrivée. Andrus Ansip, vice-président de l’exécutif européen, a récemment indiqué que le Vieux Continent devait investir au moins 20 milliards d’euros d’ici à 2020 pour rester compétitif. Une chose est sûre: tout le monde doit jouer le jeu, autant que possible.

Dans cette dynamique positive, la France montre le chemin à suivre: Emmanuel Macron a récemment annoncé que le gouvernement investira 1,5 milliard d’euros d’ici 2022 dans l’intelligence artificielle. C’est un début. Après les budgets, les idées: un plan national est en train de se mettre en place pour modifier en profondeur et moderniser rapidement les centres de formation, de recherche et d’innovation. L’objectif: intégrer l’intelligence artificielle dans quatre secteurs prioritaires que sont la défense, les transports, l’environnement et la santé. Acteurs publics et privés devront agir main dans la main pour faire briller l’innovation française au profit de la société, de l’économie nationale et, par extension, européenne.

À quoi ressemblerait le monde de demain si la bulle du numérique venait à se percer?

Il n’y aura pas de bulle du numérique, car le numérique est devenu notre quotidien.

Pour que nos concitoyens continuent de plébisciter l’usage des nouvelles technologies au quotidien, une relation de confiance réelle et solide entre l’homme et le numérique est indispensable. La technologie doit être fiable, sûre et stable pour rendre les services attendus et créer la confiance. Plus il y aura d’accidents liés à la technologie, plus les utilisateurs se méfieront. Si une grande partie d’entre eux décident d’arrêter d’utiliser des services et objets connectés et/ou intelligents, c’est que nous aurons perdu la bataille de la confiance et de notre avenir. Dans ce sens, les enjeux de cybersécurité et de protection des données personnelles sont deux priorités phares pour les gouvernements, institutions, entreprises, associations et autres acteurs du web qui s’attellent chaque jour à rendre les technologies plus sures.