ALGÉRIE
14/04/2015 13h:45 CET | Actualisé 15/04/2015 10h:05 CET

Vente de boissons alcoolisées : Sellal désavoue Benyounes, victoire des "islamistes et de l'informel"

Le Premier Ministre, Abdelmalek Sellal, a instruit le ministre du commerce, Amara Benyounes, de rétablir l'autorisation préalable à la vente en gros des boissons alcoolisées instituée par son prédecesseur islamiste, Hachemi Djaaboub.

L’information a été confirmée par plusieurs sources au Huffington Post Algérie : le gouvernement a décidé de reculer et de désavouer le ministre du commerce qui essuie le reproche d’avoir "agi sans consulter". En réalité, le ministre du commerce, dans le cadre d’un toilettage des textes réglementaires en vigueur, n’a fait que supprimer une disposition à la légalité contestée.

Le ministre du commerce avait en effet fait savoir, le 19 février dernier, au Centre national du registre de commerce (CNRC), que l'autorisation préalable imposée par l'instruction n°88 du 30 janvier 2006 de son prédécesseur, Hachemi Djaaboub (MSP), n'était plus de mise pour "l'exercice de l'activité du commerce de gros des boissons alcoolisées".

Légalement incontestable, politiquement délicate

La décision de Benyounes de mettre fin à une prohibition de fait qui favorise, selon un cadre du commerce, l'activité informelle dans ce domaine n’est pas contestable au plan légal. Mais elle était politiquement risquée dans un pays où la religiosité est prégnante.

Ce retour à la "légalité" décidé par le ministre du commerce a provoqué une levée de bouclier des islamistes et de l'establishment religieux traditionnel dont les discours dénonciateurs, parfois violents, ont été relayés avec force par les télévisions privées.

Le ministre des affaires religieuses, Mohamed Aissa, avait pris ses distances à l'égard de son collègue au gouvernement et a fait savoir à des journaux qu'il avait "blâmé" le ministre du commerce Benyounes pour sa décision.

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Benyounes dont le seul appui visible au ministre est venu d'Ali Hamani, président de l’Association des Producteurs Algériens de Boissons (APAB) qui a estimé "illégale" l'autorisation préalable instituée par Hachemi Djaaboub est clairement désavoué. Fervent soutien du quatrième mandat, Benyounes, chef du Mouvement Populaire Algérien (MPA) fait partie d'un attelage bouteflikien hétéroclite où il est censé représenter un courant "moderniste".

Sa volonté de revenir à la "légalité" en supprimant l'instruction de Djaaboub est, du point de vue juridique, inattaquable. Elle ne supprime pas l'agrément pour la vente et l'importation de boissons alcoolisées mais elle rétablit la règle en matière du commerce du gros.

La solitude de Benyounès

Elle était censée assainir un domaine investi par l’informel du fait de l’institution d’une "prohibition" de fait. Amara Benyounes défendait encore récemment sa décision. "L’ancienne instruction exigeait de chaque grossiste un agrément, alors que cela relève du décret ou de la loi" a-t-il déclaré.

La mobilisation des islamistes et des religieux conservateurs qui se sont lancés dans une campagne amplifiée et entretenue par les télévisions privés est montée crescendo. Les mosquées se sont mises de la partie et des manifestations de rues ont commencé à être organisées.

La tonalité de la campagne s'est même durcie avec des propos violents comme ceux de l'imam cathodique d'Ennahar-Tv Chemssedine qui a sans forme de procès accusé Benyounes de "mener la guerre à Dieu".

Dans les faits, la levée annoncée de l'instruction Djaaboub n'a pas provoqué un rush des demandes d'enregistrement pour l'activité de commerce de gros de boissons au niveau registre de commerce, juste quelques demandes au niveau de la wilaya de Bejaïa.

Amara Benyounes qui a en général la dent dure contre l'opposition s'est retrouvé bien seul. Il subit désormais un vrai désaveu de la part du Premier Ministre - agissant probablement de concert avec la présidence - qui a décidé de revenir à l'instruction "illégale" de Hachemi Djaaboub, imposant une autorisation préalable.

C'est, indique un cadre, une "reddition sans combat du gouvernement face aux islamistes et à l'informel qui occupe le créneau de la revente des boissons alcoolisées".

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