ALGÉRIE
09/04/2019 14h:04 CET | Actualisé 09/04/2019 15h:58 CET

Bensalah chef d’Etat par intérim : la lune de miel entre les manifestants et l’ANP risque d'être rompue

Anadolu Agency via Getty Images

L’armée a une lecture dogmatique de la Constitution. Elle ne veut surtout pas de surprise et tient au formalisme. Elle a, pour le moment, décidé de laisser appliquer l’article 102 de la Constitution. Chose faite depuis ce matin.

Une semaine après la démission de Abdelaziz Bouteflika, les deux chambres du parlement se sont réunis ce mardi 9 avril pour constater la vacance du pouvoir et installer pour un intérim de trois mois Abdelkader Bensalah à la tête de l’Etat.

Si Cette décision est conforme à ce que prévoit la Constitution, elle va à l’encontre de ce que réclament les Algériens, qui continuent à manifester massivement pour réclamer le départ de l’ensemble du système Bouteflika, dont M. Bensalah est l’une des figures. 

Pourtant, lors de la marche de vendredi 5 avril, la première après la démission de Bouteflika, les manifestants ont clairement exprimé leur rejet de l’application stricte de l’article 120 et leur refus de voir les trois “B, continuer à jouer un rôle dans la vie politique du pays.

Le “hirak” ou le soulèvement populaire, demandait leur départ et préconisait la mise en place d’une instance présidentielle collégiale et un gouvernement de consensus. L’appel du pied du patron de l’ANP en direction du peuple et son appel à l’application des arts 102, 7 et 8 a été perçu comme une inclinaison de l’Etat-major en direction des  revendications exprimait par la rue. “La position de l’ANP demeure immuable, dans la mesure où elle s’inscrit constamment dans le cadre de la légalité constitutionnelle et place les intérêts du peuple algérien au-dessus de toute autre considération, en estimant toujours que la solution de crise ne peut être envisagée qu’à travers l’activation des articles 7, 8 et 102″, avait déclaré Gaïd Salah le 30 mars lors d’une réunion qui a regroupé  les commandants de Forces, le commandant de la 1ère région militaire et le secrétaire général du ministère de la Défense nationale. 

L’argument de la légalité constitutionnelle avancée par l’ANP pour justifier sa position tient-il la route ? Non.

La constitution algérienne depuis l’arrivée au pouvoir de Bouteflika a été triturée trois fois (2002, 2008 et 2016) sans que l’institution militaire ne s’y oppose. Elle a ,au contraire, cautionné ces changements et continué à apporter son soutien indéfectible à l’ancien Président.

L’ANP veut, vraisemblablement, continuer à exercer le pouvoir à travers l’élection d’un candidat qu’elle aura au préalable adoubée et choisi.  La campagne médiatique en faveur d’un ancien chef du gouvernement menée par les chaînes Echerouk news, El Bilad et Ennahar, proches du Chef d’Etat-Major, est, peut-être, un premier indice sur ce qui se prépare pour la prochaine Présidentielle si elle venait à se tenir dans les conditions édictées par l’article 104 de la constitution. C’est sans compter sur la population qui exprimera, ce vendredi 12 avril, une nouvelle fois son refus de cautionner la désignation de Bensalah. La lune de miel entre le peuple et l’ANP, risque d’être rompue.