MAROC
22/07/2019 13h:57 CET

Benkirane en colère contre El Othmani pour le vote du projet de loi sur l'enseignement

"Vous n'avez plus rien à faire au gouvernement!".

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ENSEIGNEMENT - Visage grave, Abdelilah Benkirane veut afficher sa colère et sa déception. Dans une nouvelle vidéo qu’il a partagée sur les réseaux sociaux, ce week-end, l’ancien patron du PJD, parti qui dirige le gouvernement depuis 2011, se dit “choqué” par la position du “secrétariat général” de ce dernier, Saâdeddine El Othmani. “Que nous remportions ou non les prochaines élections, cela ne représente aucun intérêt, pour moi (...) Rester dans ce parti ne m’honore plus”. 

Une leçon de moralité, cette nouvelle sortie de Benkirane l’est comme les précédentes, à la différence que cette fois-ci, elle se focalise entièrement sur la prise de position du PJD dans le vote du projet de loi-cadre relatif au système de l’éducation, de l’enseignement, de la formation et de la recherche scientifique. Ce texte avait été voté, mardi 16 juillet, par la commission parlementaire de l’enseignement, de la culture et de la communication. Il a été approuvé à la majorité de 25 membres de cette commission, tandis que 2 ont voté contre et 3 ont opté pour l’abstention. 

Ce lundi, après la séance hebdomadaire des questions orales de la Chambre des représentants, le vote de ce texte sera soumis à l’ensemble des députés. Benkirane dit espérer que le PJD se rattrape à l’occasion car, pour lui, approuver ce projet de loi-cadre relève d’une “grave erreur” et d’une “trahison des principes du parti”. “Je ne peux pas garder le silence, c’est une violation de la référence islamique du parti que d’abandonner la langue arabe au profit du français”, s’emporte l’ancien chef du gouvernement s’adressant à son successeur. A ce dernier, il recommande de quitter le gouvernement dans lequel il n’a “plus rien à faire”. “Votre légitimité vient de prendre fin”, indique-t-il.  

Estimant que le fait que son parti émette des réserves sur les deux articles 2 et 31 de ce texte stipulant une alternance entre arabe et français n’est pas suffisant, Benkirane n’hésite pas à l’accuser de “se soumettre à des pressions” et à manquer de courage: “Le parti n’a pas l’audace de dire qu’il ne veut pas de ce projet de loi (...) L’abstention n’est pas une position, il fallait refuser le vote du texte”. 

Pendant près de 40 minutes, l’ancien chef du gouvernement a dit tout le mal qu’il pensait de l’enseignement des matières en langue française, prenant la défense de l’arabe, “la langue de tous les Marocains”. “La plus grande majorité ne connaît pas le français et n’a pas de quoi payer pour l’apprendre (...). Cette décision est une catastrophe pour l’enseignement public!”. Benkirane ne veut pas d’alternance permettant d’enseigner les matières scientifiques en français. Mais il n’est pas contre, tient-il à le préciser, l’enseignement des langues ou l’adoption de la langue anglaise pour ce type de matière puisqu’elle est “reconnue langue de la science”. 

Il tire sur le PJD mais aussi sur “sa majorité gouvernementale” qu’il est censé présider, affirmant que “depuis que nous avons pris la tête du gouvernement, nous avons fait des concessions, mais pas de cette taille ni de cette nature liée à la langue arabe, notre langue officielle”. Et d’accuser le gouvernement de se soumettre au “lobby français”, citant au passage Noureddine Ayouch qui, pour lui, va à contre-courant de la religion dans tous les sens que cela implique à travers ses initiatives publiques. “Nos adversaires, maintenant, vont se payer notre tête!”, lance-t-il au PJD. Assurant être toujours membre du parti et d’y avoir “une position spéciale”, Benkirane avoue qu’il “pense” désormais le quitter.