MAROC
14/11/2018 16h:38 CET

Benacer Boulaajoul: "La sécurité routière nécessite des actes, pas uniquement des intentions"

Marrakech accueille cette semaine le premier forum africain sur la sécurité routière.

CNPAC

FORUM - Du 12 au 15 novembre, le palais des congrès de Marrakech accueille une réflexion africaine sur la sécurité routière, devenue un enjeu majeur pour le continent. Le Comité national de prévention des accidents de la circulation (CNPAC), rattaché au ministère de l’Equipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau, en assure l’organisation aux côtés du Programme des politiques de transport en Afrique (SSATP). Le HuffPost Maroc est allé à la rencontre de l’un de ses organisateurs, Benacer Boulaajoul, secrétaire permanent du CNPAC et président de la Prévention routière internationale, pour comprendre les motivations du Maroc en matière de sécurité routière. 

HuffPost Maroc: Comment est née l’initiative de ce forum?

Benacer Boulaajoul: Ce forum est né sur une proposition marocaine, lors de la réunion d’évaluation de mi-parcours de la décennie d’action sur la sécurité routière de l’ONU, qui a eu lieu à Brasilia en 2015. L’idée a été fortement appréciée par la plupart des pays africains, et soutenue par les organisations internationales en charge de la sécurité routière au niveau mondial comme l’Organisation mondiale de la santé, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, le Forum international du transport et surtout, l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies pour la sécurité routière, Jean Todt, qui est également président de la Fédération internationale de l’automobile.

Que représente ce forum pour le Maroc?

Quand on a un appui de ce niveau, il y a de quoi être fier. Je suis fier de mon pays, fier de servir ce continent. De bâtir une image importante et de capitaliser le travail qui a été effectué par le roi qui a visité la plupart des pays d’Afrique. Le fait d’avoir 75 pays au niveau mondial, dont 46 pays africains, présents à ce forum en fait un évènement vraiment très important.

Des mesures concrètes seront-elles prises à l’issue de ce forum ou constitue-t-il seulement une base de réflexion?

Aujourd’hui, la sécurité routière nécessite des actes, pas uniquement des intentions. Lors de ce forum, nous allons finaliser la Déclaration de Marrakech d’ici ce 15 novembre, qui insistera sur un certain nombre de travaux. Le projet phare, c’est l’Observatoire africain de la sécurité routière. Nous sommes fiers que Marrakech connaisse la création de cet observatoire qui sera extrêmement important pour l’avenir.

A quoi va servir cet Observatoire africain de la sécurité routière?

Il va servir à homogénéiser les concepts et définitions qui concernent les variables qu’on utilise au niveau de la sécurité routière, mais aussi et surtout, à améliorer les systèmes de collectes et de traitement des données en Afrique. Sans données fiables, on ne peut pas faire de stratégie, bâtir des plans d’action, mettre en place des politiques de sécurité routière. Cet Observatoire va également permettre aux pays africains d’être comparés sur un pied d’égalité et sur des critères standardisés au niveau international. 

Revenons plus spécifiquement sur le Maroc: quel est le budget alloué au plan d’action national 2017-2026 visant à réduire le nombre de morts sur les routes marocaines?

C’est un budget annuel qui représente beaucoup d’investissements. Je vous donne un exemple. Cette année, le ministère a lancé un appel d’offres qui est en cours pour acquérir 552 unités de radars fixes pour le contrôle de la vitesse. Nous, le CNPAC, avons investi près de 30 millions de dirhams pour l’acquisition d’environ 280 radars portables, qui seront mis à la disposition des corps de contrôle, la gendarmerie royale et la police nationale. Aujourd’hui, la sécurité routière est un véritable chantier lancé au niveau national et toutes les structures concernées, qu’elles soient institutionnelles, professionnelles ou de la société civile, sont fortement engagées par tous les moyens. Chaque direction, chaque acteur a son propre budget d’investissement en matière de sécurité routière. Le CNPAC prévoit un budget d’environ 80 millions de dirhams par an dans l’investissement pour la sécurité routière.

Vers quoi se portent vos principaux investissements?

Nous investissons, par exemple, dans la création de gardes-corps au niveau des écoles afin de protéger les enfants, dans les centres d’éducation routière à travers le royaume ou dans l’équipement des corps de contrôle.

3500 personnes sont mortes en 2017 sur les routes marocaines. Comment voyez-vous l’avenir en matière de sécurité routière?

La marge de progrès et de manœuvre est encore énorme mais les statistiques que nous avons aujourd’hui prouvent que nous sommes sur la bonne voie en matière de sécurité. L’année dernière, nous avons réduit de 2% le nombre de victimes sur nos routes. Pour les dix premiers mois de cette année, nous sommes à -3,45%. Il faut aussi souligner que nous avons sauvé plus de 700 vies comparativement à l’année 2011, qui a été l’année la plus difficile au niveau des accidents de la route.

Que faut-il pour que cela continue?

Je pense qu’on a besoin de cette mobilisation de l’ensemble des acteurs et notamment au niveau des entreprises, des professionnels de n’importe quel secteur, puisque la mobilité est intimement liée aux métiers des entreprises. L’essentiel du trafic aujourd’hui est utilisé pour des raisons professionnelles. On a d’ailleurs la volonté d’intégrer la sécurité routière au niveau du management des entreprises. Mais on compte également sur la sensibilisation et le contrôle, bien sûr, puisque s’il y a des lois, il faut les faire respecter.

Ces derniers mois, plusieurs cas de jets de pierre sur les autoroutes, blessant ou tuant des automobilistes, ont fait la Une des médias. Avez-vous prévu de mettre en place une mesure pour lutter contre ce fléau?

Les jets de pierre sont un acte criminel, une agression. Ils relèvent du pénal, ce sont donc les tribunaux qui s’en chargent. Mais je pense qu’on doit travailler sur le civisme des citoyens. C’est dommage dans un beau pays comme le Maroc, avec de belles infrastructures, aux normes, de voir ce genre d’acte malveillants. Je pense que les corps de contrôle font leur travail correctement. Et ce qui est sûr, c’est que les coupables qui seront arrêtés seront sévèrement sanctionnés. En attendant, ce qu’il faut savoir, c’est qu’aujourd’hui la quasi totalité du réseau autoroutier est controlé par des caméras. Ils se feront attraper d’une manière ou d’une autre.