TUNISIE
25/02/2019 15h:36 CET

Le plaidoyer de Béji Caid Essebsi pour l'égalité dans l'héritage au Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU

Du haut de la tribune du CDH, le chef de l'État a souligné les avancées de la Tunisie en matière de droits de l'homme.

 

Lors de son allocution à la tribune du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, le président de la République, Béji Caid Essebsi, a appelé les pays du monde arabo-musulman à favoriser l’égalité des genres, notamment l’égalité dans l’héritage, un des fondamentaux de la démocratie, estime-t-il.

Tenant son discours en arabe, afin dit-il, de “souligner que la notion de droits de l’homme n’est pas un privilège aux pays de l’occident”, le chef de l’État a mis l’accent sur le rôle de la femme dans la société tunisienne et l’avancée de la Tunisie par rapport au reste du monde arabe dans ce domaine.

“La Tunisie est un pays africain, musulman et méditerranéen. Il a le privilège dans son gouvernement actuel d’avoir un ministre pour les droits de l’homme, qui est également Prix Nobel de la paix de l’année 2015” souligne-t-il.

S’adressant aux peuples arabes et musulmans, Béji Caid Essebsi insiste sur l’importance du respect droits de l’homme, le considérant comme “une obligation pour tous.”

“L’Islam est une religion qui favorise les droits de l’homme, et dans notre pays, nous avons une expérience particulière, qui est celle de l’égalité homme-femme dans les droits successoraux, alors que pour beaucoup, il semblerait que la loi islamique ne le permette pas. Et bien moi, je vais vous démontrer que la loi islamique permet justement cette égalité entre l’homme et la femme dans les droits successoraux”, déclare-t-il, soulignant fièrement sa proposition de l’égalité dans l’héritage formulée lors de la fête de la Femme en août 2017, et traduite ensuite dans un projet de loi qui sera bientôt discuté à l’ARP. 

“C’est l’occasion de renouveler l’engagement indéfectible de la Tunisie aux principes et valeurs universels des droits de l’homme et de réaffirmer notre soutien à tous les efforts et initiatives visant à les améliorer pour une cause juste, celle de renforcer la paix et la sécurité dans le monde”.

Le consensus, un symbole de la démocratie tunisienne

Le chef de l’État a également axé son discours sur les avancées de la Tunisie en matière de droits de l’homme et de lutte contre la discrimination. Il affirme que les droits de l’homme ont été une des priorités des différents gouvernements depuis 2011. “Nous croyons en l’importance de l’établissement de l’État de droit et des institutions et du maintien de la cohésion sociale”.

Il avance par ailleurs la Tunisie comme un exemple de démocratie privilégiant le dialogue. Ainsi, il souligne les consensus adoptés après élections de 2014, en référence à l’alliance des partis vainqueurs, Nidaa Tounes et Ennahdha.

“Ceci a contribué à faire progresser notre voie démocratique, à renforcer notre unité nationale et à renforcer le respect de la Tunisie et de son expérience démocratique. La reconnaissance de la scène internationale s’était notamment traduite par le Prix Nobel de la paix obtenu par le Quartet du dialogue national en 2015” souligne le président.

Il revient également sur l’élaboration de la constitution en 2014, une constitution dit-il, qui respecte les normes internationales et affirme l’engagement des Tunisiens à respecter les valeurs universelles les plus strictes, et à mettre en avant les droits de l’homme et le respect de la liberté, de la justice et de l’égalité.

“La Tunisie est un État civil fondé sur la citoyenneté, la volonté du peuple et la suprématie de la loi” ajoute-t-il.

La femme, vecteur principal de la démocratie

La représentativité de la femme a aussi été au coeur de son discours. En effet, Béji Caid Essebsi n’a pas manqué d’avancer le rôle crucial de la femme dans la vie politique et économique de la Tunisie. “Cette présence significative des femmes reflète les progrès réalisés”  explique-t-il, appelant tous les pays du monde arabo-musulman à promouvoir la condition de la femme et favoriser un climat qui lui permettrait de libérer son potentiel.

“L’égalité des sexes est une condition de la démocratie. Il n’y a pas de démocratie sans égalité ni de développement réel sans éliminer la discrimination de genre” affirme Béji Caid Essebsi.

À ce sujet, il revient sur les réformes avant-gardistes de la Tunisie, notamment l’abolition de l’esclavage.

“La Tunisie a aboli l’esclavage depuis 1846, bien avant de nombreux pays européens. Après l’indépendance, de grandes réformes socio-économiques ont vu le jour, en particulier à l’égard des femmes, qui sont devenues un garant du succès, de la stabilité et de l’équilibre social”.

C’est le moment pour que tous les pays arabo-musulmans accordent les mêmes droits à la femmeBéji Caid Essebsi

“Aujourd’hui, 69% des détenteurs de diplômes supérieurs et surtout de doctorats sont des femmes. 60% des médecins sont des femmes, 42% des juges. C’est vous dire que les femmes tunisiennes ont le droit aujourd’hui d’exiger l’égalité avec les hommes dans tous les domaines et surtout dans le domaine de l’héritage. (...) J’espère que le gouvernement appuiera ma proposition et j’espère aussi que l’Assemblée nationale approuvera ce texte de loi. En tout cas j’y veillerai” explique Béji Caid Essebsi.

Toujours sur l’égalité dans l’héritage, le président de la République a exprimé son souhait de voir la “nouvelle loi” impacter tous les pays arabo-musulmans, afin de montrer dit-il, qu’il n’y a pas de démocratie sans une présence de la femme égale à celle de l’homme.

“J’ai 60 ans d’exercice de la politique et je suis sûr que c’est le moment pour que tous les pays arabes et musulmans accordent les mêmes droits à la femme dans ce domaine là” ajoute-t-il concernant l’égalité dans l’héritage.

“Nous voulons que cette initiative soit la deuxième révolution sociale de la nouvelle Tunisie afin de parvenir à la dignité, à l’égalité et à la justice” souligne le chef de l’État.

Pour lui, outre le fait que l’inégalité dans l’héritage soit inconstitutionnelle du fait qu’elle contredit le premier article de la constitution et qu’il s’agit d’un État civil fondé sur la citoyenneté, la volonté du peuple et le droit, elle est également contraire à l’Islam qui distingue la femme et lui attribue un statut spécial qui lui garanti ses droits et sa dignité.

“Malgré cela, et dans le respect de toutes les opinions, dans le projet de loi que nous avons présenté à l’Assemblée du peuple, nous avons permis à tout un chacun de dicter sa conscience et sa foi de léguer son patrimoine aux personnes qu’il souhaite” précise-t-il.

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