MAROC
15/10/2018 20h:54 CET | Actualisé 16/10/2018 15h:03 CET

Bassima Hakkaoui accuse les manifestants malvoyants d'avoir tenté de casser la porte de son bureau

Les malvoyants démentent et rapportent pour leur part des actes de violence perpétrés par les forces de l'ordre.

HuffPost Maroc

SOCIÉTÉ - Vingtième jour de manifestation. Alors que les protestations retentissent encore devant le ministère de la Famille, de la solidarité, de l’égalité et du développement social, la ministre Bassima Hakkaoui a rapporté, ce lundi 15 octobre lors de la séance hebdomadaire de questions orales, des actes de violence de la part du groupe de malvoyants diplômés chômeurs qui manifestent depuis le 26 septembre sur le toit du ministère.

“Les manifestants sur le toit sont descendus hier [14 octobre] au 4e étage où se trouve le bureau de la ministre et ont essayé de casser la porte du bureau”, rapporte Bassima Hakkaoui devant la chambre des représentants à Rabat.

Une accusation que dément catégoriquement Abou Soufiane, porte-parole de la coordination nationale des diplômés chômeurs malvoyants, et manifestant sur le toit du ministère. “Les manifestants n’ont jamais quitté le toit”, assure-t-il au HuffPost Maroc

Ceux qui manifestent dans la rue rapportent pour leur part des actes de violence perpétrées par les forces de l’ordre. Alors que la marche des malvoyants organisée le 13 octobre à Rabat s’est déroulée sans incident, sous la supervision des forces de police et des forces auxiliaires qui ont accompagné les manifestants, du ministère de la Famille jusqu’au parlement, les manifestants restés devant le ministère n’auraient pas reçu le même traitement ce jour-là. 

“Ils ont profité du fait que la plupart des manifestants étaient partis pour participer à la marche pour enlever nos affaires qui étaient devant le ministère. Ils ont chassé ceux qui étaient restés et ont mis des barrières pour nous empêcher de camper devant le bâtiment”, raconte au HuffPost Maroc Soumia, titulaire d’un diplôme d’état d’éducatrice de jeunes enfants.

La coordination des non-voyants diplômés au chômage dénonce le recours à la violence de la part des forces de l’ordre à l’encontre de ceux qui auraient refusé d’obtempérer en essayant notamment de les empêcher d’enlever leurs affaires. “Ils ont également enlevé toutes les banderoles, affiches et photos des deux malvoyants morts dans les manifestations qu’on avait collées sur les murs du ministère”, ajoute Fatima Zahra, malvoyante titulaire d’un diplôme en kinésithérapie.

Cinq blessés aurait été transportés à l’hôpital, vers 16h, “après avoir reçu des coups sur la tête et sur les jambes”, selon la coordination qui signale également l’arrestation pendant quelques heures d’une femme malvoyante qui filmait les scènes de violence.

Malgré l’intervention de la police, les malvoyants ont pu manifester de nouveau devant le ministère la Famille, ce lundi 15 octobre depuis 11h (comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessous filmée par le HuffPost Maroc).Une quarantaine de policiers et forces auxiliaires ont été déployés dans la zone et forment un cercle autour des manifestants assis devant le ministère.

Les manifestants sur le toit, quant à eux, continuent de résister en dépit des pluies orageuses qui ont frappé la capitale ces derniers jours. “Nous avons trouvé une bâche en plastique sous laquelle nous nous abritons”, explique au HuffPost Maroc Yassine Abou Soufiane. “Nous essayons de nous débrouiller pour nous faire livrer de la nourriture, notamment en lançant des corbeilles attachées à une corde aux manifestants en-bas”, ajoute le porte-parole.

La coordination se dit “ouverte au dialogue” mais refuse, pour l’instant la solution proposée par la ministre qui avait annoncé, début octobre, l’ouverture fin 2018 d’un concours de recrutement des malvoyants.