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19/06/2018 09h:57 CET | Actualisé 08/11/2018 19h:50 CET

Bac 2018 : tricheurs débutants contre fieffés tricheurs

Si le FNET (Front National des Élèves Tricheurs) sème la terreur dans les rangs du gouvernement, c’est qu'il a l’appui de larges secteurs de la population qui se reconnaissent en elle et en son combat

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Le bac approche et la guerre est à nos portes. Du 20 au 25 juin, l’accès aux réseaux sociaux sera bloqué, et le gouvernement n’hésitera sans doute pas à couper l’Internet si les Facebook addicted, toujours à côté de leur sujet, n’arrêtent pas leurs irresponsables jérémiades. La guerre ne sera pas seulement électronique : “18.000 policiers de différents grades” seront mobilisés afin de sécuriser les centres d’examen, les centres de collecte, les centres de correction... Lesquels centres, sans ces milliers d’anges gardiens “de différents grades”, seront le théâtre d’une énième démonstration du Front national des élèves tricheurs, par abréviation “FNET”.

Car le FNET devient d’une telle insolence. Ses combattants ne tirent plus fugitivement au “herz”, arme traditionnelle de portée médiocre, avant de se replier, presque honteux. Non, ils ont amélioré leur arsenal et ont aujourd’hui, de surcroît, des bataillons de guerre cybernétique aguerris par plusieurs années d’affrontements avec les forces gouvernementales. Et comme en 2017, ils entendent cette année encore nous montrer de  quel bois ils se chauffent, de quelle ingéniosité beaucoup de jeunes Algériens sont capables pour obtenir le bac sans ouvrir un cahier - sinon pour le copier tout entier sur un bout de papier d’un centimètre carré. L’année dernière, gigantesque surprise nationale, le FNET a même eu quelques porte-parole qui, à visage découvert et un sourire de défi aux lèvres, ont déclaré à la télévision, les uns “El Hamdou lilah, nous avons pu tricher !”, les autres “Inchallah demain, les autres sujets seront ‘’sortis’’ et nous pourrons encore tricher !”.

Si le FNET sème la terreur dans les rangs du gouvernement, c’est qu’il a l’appui de larges secteurs de la population qui se reconnaissent en lui et en son combat ; c’est que partout, dans toutes les couches sociales, il dispose de réseaux de soutien opérationnels. Par haine du régime et par empathie pour leurs propres rejetons, des enseignants payés pour surveiller les examens écrivent les réponses sur le tableau pour leurs élèves perdus devant leurs sujets comme devant d’indéchiffrables hiéroglyphes. Des parents d’élèves s’accommodent des notes qu’ils voient sur les bulletins de leur progéniture et qu’ils savent bien obtenues grâce à d’impeccables petites amulettes. Ces parents critiquent sévèrement tout professeur qui - “sans raison et alors que tout le monde copie” - a sacqué leur enfant, le privant de son droit naturel inaliénable, le passage en année supérieure. Et, bien entendu, une fois que ces élèves, devenus grands, auront fini leurs études universitaires grâce à l’intercession de Sainte-Fraude de la Triche, leurs géniteurs s’écrieront, toujours aussi scandalisés : “Mon fils-ma fille est ingénieur (e), médecin, docteur, mais, figurez-vous, il-elle ne trouve pas de travail ! Ah, ce pays qui méprise sa jeunesse !”

Le mal est donc profond, et on ne vainc pas le FNET comme on vainc l’AIS, le GIA ou le FIDA. Mais restons-en au baccalauréat : que faire pour prévenir de nouvelles affaires de fraude généralisée ? Convaincre Madame Houda Feraoun de fermer jusqu’aux réseaux mobiles et fixes et de revenir, le temps d’un examen, aux pigeons voyageurs ? Obliger les lycéens à passer les épreuves dans le plus simple appareil et à écrire leurs réponses avec des stylos fournis par le secrétariat personnel de Madame Nouria Benghebrit ? Armer les agents de police de mitrailleuses, voire de lance-roquettes, en prévision d’émeutes citoyennes pour le “droit de tricher” ?

Ces solutions répressives sont toutes coûteuses, outre qu’elles ternissent l’image de marque de l’Algérie dans le concert des nations. Que faire ? Il y a peut-être des solutions moins coûteuses et plus honorables. Que les responsables actuels procèdent à un examen de conscience : comment ont-ils eu leurs BEM, bac, licence ou ingéniorat, magistère ou doctorat ? Et qu’à l’issue de cette introspection, ceux d’entre eux qui se sauront coupables de fraude caractérisée, qui ont presque perdu la vue très jeunes à force de confectionner des “hrouz” microscopiques, cèdent la place à plus compétent.

Ce jour-là, les élèves réfléchiront peut-être autrement au problème, et au lieu de créer des pages Facebook dédiées aux fraudeurs, ils préféreront plus simplement réviser leurs cours. Ce jour-là, une fois asséchées les sources du terrorisme FNET , les élèves cesseront peut-être de croire qu’un copieur en herbe, parce qu’il est soi-disant “mahgour ya kho en son propre pays”, vaut mieux, moralement parlant, qu’un fieffé copieur au pouvoir.

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