MAROC
12/07/2019 18h:32 CET | Actualisé 13/07/2019 11h:25 CET

"Bab Sebta", le court métrage qui "scanne" un territoire pas comme les autres

Le film est en compétition officielle au Festival international de cinéma de Marseille.

Nabila Keltoum

CULTURE - Ils font désormais presque partie du paysage. Tous les jours, des centaines d’habitants du nord du Maroc se rendent à la frontière séparant le Maroc de Ceuta, pour tenter de faire passer leur marchandise. Une frontière où les contrebandiers croisent le chemin des agents de police et douaniers, marocains comme espagnols, ou encore celui des vacanciers, coincés parfois pendant des heures devant cette fameuse porte.

Un microcosme auquel s’est intéressé la réalisatrice franco-marocaine Randa Maroufi, qui lui a consacré un court métrage de 19 minutes intitulé “Bab Sebta”. ““Le film a été écrit et pensé dans le cadre d’une résidence à Tétouan où je voulais effectuer un travail en lien avec la région et le territoire”, explique la réalisatrice au HuffPost Maroc.

Randa Maroufi

“Un constat de ce territoire”

Une zone où Randa Maroufi ne se sent pas du tout comme une étrangère: “Mon père a été douanier jusqu’à la fin des années 90, ma mère est originaire de la région, plusieurs personnes de ma famille travaillent dans l’import-export. Je connaissais donc assez bien ce territoire”.

Un endroit qui “dégage une folie”, pour la réalisatrice qui y constate une “tension”. “Même quand on est en règle, administrativement, il y a une pression qui donne une boule au ventre. Cela m’a donné l’envie, non pas d’analyser, mais de proposer un regard singulier sur ce territoire, mais sans que cela soit d’une manière frontale comme du reportage”.

Pour Maroufi, il ne s’agissait pas de se concentrer sur l’aspect faits-divers de cette zone, mais de montrer des hommes et des femmes qui la fréquentent quotidiennement. “Ce qui m’intéressait le plus, c’est de faire un portrait de ce territoire à travers la figure humaine, donc les gens qui travaillent sur place, sans pour autant être du côté des contrebandiers ni des autorités.”.

Les acteurs du film sont, eux, à la fois des habitants du village où a été tourné le court métrage, mais aussi de vrais “contrebandiers et contrebandières”, exécutant pour la caméra les gestes qu’ils répètent tout le long de l’année. 

Décontextualisation

Si “Bab Sebta” traite de cette frontière entre le Maroc et Ceuta, le court métrage a, lui, été filmé dans un petit village près de Tétouan, Azla, en studio. “C’est un choix”, rétorque la réalisatrice, précisant qu’elle est “très minutieuse”. “J’aime contrôler l’image. Mais ce qui m’intéressait surtout, ici, c’est de dé-contextualiser le film, faire abstraction de l’architecture, et être plus concentrée sur l’humain, le trafic, le geste...”

Une dé-contextualisation qui veut donner aussi une résonance universelle à ce film: “Ce qu’il s’y passe peut se dérouler sur la frontière mexicaine, par exemple, ou ailleurs”. Sauf qu’à Bab Sebta, les hommes et les femmes sont entourés par la mer et les montagnes. “Ils sont un peu écrasés par tout cela alors je voulais les mettre en valeur, en effaçant ces repères”.

Barney Production

Prendre de la hauteur, puis redescendre sur terre

Un court qui démarre par une vision en hauteur de cette reproduction en studio. On voit d’abord les automobilistes coincés, attendant de passer la frontière, puis les contrebandiers et les policiers. 

Le premier plan séquence dure presque 5 minutes et est narré par la voix énigmatique d’une femme, parlant espagnol. “La voix espagnole n’a pas de statut. Je ne voulais pas lui donner une force et un pouvoir, mais qu’elle soit ambiguë, que cela puisse être n’importe qui dans le film”, souligne la réalisatrice.

La caméra descend, ensuite, au sol, avec un second plan séquence presque aussi long que le premier, pour se retrouver face aux personnes. Des voix et des identités se dévoilent alors, celles des contrebandiers et contrebandières, mais aussi des agents d’autorité présents sur place, Marocains et Espagnols. 

Barney Production

“Bab Sebta” est actuellement en compétition officielle au Festival international de cinéma de Marseille, qui se tient jusqu’au 15 juillet. Il sera projeté le 13 juillet en première mondiale au Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée).