MAROC
09/03/2015 10h:34 CET

Avortement : Le professeur Chraibi mobilise la société civile pour la révision de l'article 453

AFP

SANTÉ - D’abord démis de ses fonctions de Chef de service de la maternité des Orangers au lendemain de la diffusion d'un reportage polémique sur France 2, le Professeur Chraibi pourrait reprendre ses activités. Mais sa priorité reste la lutte contre l’avortement clandestin. Entretien.

HuffPost Maroc: Vous avez été autorisé à reprendre vos fonctions au sein de la maternité des orangers, après avoir été démis en janvier. Tout est rentré dans l'ordre finalement...

Professeur Chraibi: Il m’a effectivement été proposé de de reprendre mes fonctions, mais rien n’a été confirmé. Il faudrait refaire toute la procédure. La commission scientifique m’a effectivement contacté mais elle n’a qu’un avis consultatif et non décisionnel, il faudrait que je sois à nouveau nommé par la ministre de la Santé.

Mais ce sujet n’est pas votre priorité pour le moment?

Ce qui est crucial pour moi, c'est le débat national sur la proposition d’amendement de la loi en matière d’avortement qui se tiendra le 16 mars de 14h à 15h à la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc. Il faudrait que la loi 453 soit précise et concise, qu’on ne tourne pas autour du sujet.

Que souhaiteriez vous modifier exactement au sujet de l’article 453?

Ce que l’on voudrait, c’est que l’article 453, qui donne le droit à l’avortement dans le cas où la vie de la mère ou de l’enfant sont en danger, prenne en considération 3 volets: le bien-être physique, mental et social. Il faudrait que l’article prenne en considération, ces trois composantes, c’est pour cela que lors du débat du 16 mars, seront présents l’OMS, un psychiatre qui nous parlera du retentissement mental sur une grossesse non désirée, un sociologue pour nous parler du retentissement social pour la mère et l’enfant, ainsi que des politiques.

Quelle sera la nouveauté que vous voudriez ajouter à l’article 453?

Nous allons dans le même article parler d’un comité d’éthique. Il devrait y en avoir dans tous les chefs lieux des établissements de santé publique pour encadrer la loi: chaque cas devra être discuté entre deux gynécologues, un psychiatre, un psychologue et une assistante sociale.

Pensez-vous que la mobilisation sur les réseaux sociaux est pour quelque chose dans le fait que vous ayez été autorisé à reprendre vos fonctions?

Oui indiscutablement, la société a dit son mot, nous vivons une certaine démocratie. Les réseaux sociaux sont très importants, comme quand l’article 475 a été radié c’est venu de la société civile que je remercie infiniment.

Avez-vous été finalement reçu par le ministre de la Santé comme vous le souhaitiez et est-ce à ce moment-là que vous avez crevé l'abcès?

Non pas du tout, je suis en contact avec lui par courrier, mais nous ne nous sommes pas rencontrés.

Avez vous manifesté ce 8 mars, à l'occasion de la journée de la femme?

Oui nous avons manifesté, nous avons eu la première grande mobilisation hier avec l’AMLAC (L'Association de lutte contre l'avortement clandestin), sur les banderoles et les casquettes nous avons écrit 453. C'était un clin d’oeil à la loi 475, pour que tout le monde pense à l’amendement de cette loi 453.

Si tout cela était à refaire?

Je le referai, encore et encore, jusqu’à ce que ça cesse. C’est très éprouvant mais je le ferai, cela me fait du mal, je n’ai rien à tirer de tout ça, mais je tiens à rendre service à une population qui a souffert énormément de cette problématique. Je ne veux plus voir une citoyenne mourir d’avortement, mourir de complications, de suicide, mourir de crime d’honneur. Je ne veux plus voir d’enfant nu et jeté dans la rue, ou d’enfant tué à la naissance. Je ne veux plus voir ça, c’est une grosse injustice. Je ne suis pas dans le privé et aspire à ce que l’on puisse pratiquer l’avortement dans une structure publique. Oui je le referais.

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