MAROC
07/05/2018 15h:45 CET

Avortement: Le PPS propose une loi basée sur "une approche santé"

"Le but est de sortir des mentalités qui associent l'avortement à une question de moeurs ou de moralité".

Sean Gallup via Getty Images

PARTIS - Elle défend avec acharnement le texte de loi qu’elle a élaboré. La spécialiste en gynécologie obstétrique Touria Alaoui Skalli a profité de sa casquette de députée au sein du groupe du parti PPS à la Chambre des représentants pour remettre sur la table la question de l’avortement. Elle a soumis au Parlement une proposition de loi qui sera annoncée à la séance plénière de ce lundi. Ensuite, commencera le processus de débat et d’amendement au sein d’une commission parlementaire avant que cette proposition ne puisse aboutir.

En attentant, la députée se dit optimiste. “Je me base fondamentalement sur une approche de santé parce que le problème est lié avant tout à la santé”, déclare-t-elle au HuffPost Maroc. Et d’insister qu’il n’est pas question, ici, “de dire que l’avortement doit être libre, dépendant de la volonté individuelle de la femme, mais de mettre en oeuvre les recommandations émises il y a trois ans par la commission royale”. En référence à cette dernière, ainsi qu’à la réforme du code pénal élargissant les cas où l’avortement pourrait être légal, cette proposition de loi suggère la mise en place d’une loi spécifique sur l’avortement.“Nous souhaitons sortir l’avortement du code pénal, du chapitre des atteintes aux moeurs”, explique Touria Alaoui Skalli, estimant que c’est “ce positionnement actuel du problème qui nous a mis dans une impasse”. 

Pour en sortir, cette proposition de loi porte sur “l’interruption médicalisée de la grossesse”. La députée précise qu’il s’agit d’assurer la sécurité de la femme et de permettre au médecin de répondre aux diagnostics en prénatal de malformations ou anomalies congénitales qui s’avèrent incurables. “Malgré les progrès en diagnostic, les médecins sont enchaînés par une loi qui ne les autorise pas à accepter une demande d’interruption de grossesse. Il ne s’agit pas de la proposer mais de répondre à la demande de parents”, précise-t-elle. La gynécologue obstétricienne parle en connaissance de cause: “Face à une anomalie congénitale, malheureusement, je n’ai pas pu apporter l’aide nécessaire à la mère. Même en l’adressant aux CHU, cette femme n’a subi aucune intervention menant sa grossesse jusqu’au bout donnant naissance à enfant avec malformations majeures”. 

Touria Alaoui Skalli tient ainsi à rappeler que la proposition de loi revendique la mise en oeuvre du droit à la santé reconnu à tout citoyen dans la constitution (article 31). “L’avortement clandestin entraîne des décès maternels et des complications de santé. Pourtant, toutes les catégories sociales, dont les plus vulnérables, c’est-à-dire, la femme et l’enfant, doivent avoir accès à la santé”, tient-elle à souligner

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Cette ancienne présidente de l’Association des gynécologues privés du Maroc (2008-2012) continue auprès de son groupe parlementaire un combat non seulement politique, mais aussi professionnel. “C’est une question qui me tient à cœur et cette proposition de loi est la première que j’ai élaborée”, confie Touria Alaoui Skalli, indiquant que ce travail lui a demandé quelques mois pour définir l’approche et les référentiels, dont le respect de la confidentialité et de l’intégrité de l’individu. La député souhaite ainsi pouvoir convaincre ses confrères et consœurs parlementaires, mais elle sait que ce ne sera pas facile. 

A sa proposition de loi, aucun écho auprès des groupes parlementaires à l’exception du PJD. “Il ne conteste pas le fond, mais rappelle que la réforme du code pénal est en cours”, dit-elle, ajoutant que le hasard de l’agenda parlementaire a voulu que cette réforme soit également programmée pour une discussion au sein de la commission de justice de la première Chambre. “Certains n’ont pas compris l’approche nouvelle que je voudrais donner à cette question de l’interruption médicalisée de la grossesse. C’est une loi de santé que je souhaite ressortir dans cette proposition de loi que je maintiendrai même si le code pénal est modifié parce que le but est de sortir des mentalités qui associent l’avortement à une question de moeurs ou de moralité”, insiste-t-elle.

Pour cette députée, la protection de la famille est le résultat escompté de cette proposition de loi qui se voudrait être un mode d’emploi contre “les dérives de l’avortement clandestin”. Des dérives dénoncées par des médecins dont le président de l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC), Chafik Chraïbi. “Je me suis rendue à toutes les conférences de Chafik Chraïbi, pour représenter mon parti, intervenir sur la question et apporter notre soutien”, affirme la députée qui, par la voie de cette proposition de loi, aspire à conjuguer les efforts du politique et de la société civile pour faire aboutir un combat commun.

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