MAROC
23/04/2018 16h:46 CET

Avortement clandestin au Maroc: Le gouvernement conscient mais pas assez, selon le Dr Chafik Chraïbi

Sa lettre adressée au chef du gouvernement représentait un dernier recours.

NurPhoto via Getty Images

LOI - “Il y a du positif et plus ou moins du négatif”. Le président de l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC), Chafik Chraïbi, commente ainsi au HuffPost Maroc la réponse à sa lettre envoyée, il y a trois mois, au chef du gouvernement, Saad Eddine El Othmani, pour relancer la question de la lutte contre l’avortement clandestin. Ce lundi matin, le gynécologue obstétricien a été surpris de trouver sur son bureau un courrier signé El Othmani. “C’est une longue réponse de deux pages à ma lettre”, se réjouit le militant qui avait presque commencé à perdre espoir. Sa lettre adressée au chef du gouvernement en date du 10 janvier 2018 représentait, pour lui, un dernier recours contre “le classement sans suite” de la résolution du problème de l’avortement clandestin.   

Aujourd’hui, la réponse du chef du gouvernement l’apaise, mais n’assouvit pas sa soif d’une action urgente et efficace. “Le gouvernement dit tenir compte de la santé physique et psychique de la femme, ainsi que de l’aspect social et des retombées sur la femme et la famille. C’est ce que nous avions toujours revendiqué, en effet. Mais le problème, c’est que le gouvernement intègre ces recommandations au projet de loi n°10-16 amendant le code pénal en sa totalité”, explique le Dr Chafik Chraïbi, pour qui le long processus que devrait prendre ce projet de loi avant de passer au stade de la mise en oeuvre condamne inéluctablement le fléau à s’amplifier.

“Ce projet de loi est soumis à la Chambre des représentants depuis le 24 juin 2016, comme le précise la réponse du chef du gouvernement”, indique le président de l’AMLAC, rappelant que l’avortement clandestin continue de faucher des vies tous les jours, de tuer des enfants et d’en jeter d’autres dans les rues et d’accentuer les conséquences des grossesses non désirées. “Depuis trois ans, nous n’avons pas avancé ne serait-ce que d’un seul pas”, regrette-t-il. Et d’estimer nécessaire que la question de l’avortement clandestin soit traitée en priorité nationale, séparément de l’arsenal pénal. “On ne peut pas s’offrir le luxe d’attendre, nous devons aller vers le bout du tunnel”, soutient-il.

Militant, il le restera. Le Dr Chafik Chraïbi s’est lancé dans un combat acharné contre l’avortement clandestin et les grossesses non désirées pour tirer la sonnette d’alarme sur un fléau qui gangrène. Un combat qui lui a coûté son poste de responsabilité à la maternité des Orangers (CHU de Rabat) où il était chef de service. Sa seule peur, aujourd’hui, est qu’après tant d’années de combat, l’avortement reste encore dans la case des tabous.

Que dit la réponse de Saad-Eddine El Othmani

Un débat national et des consultations à grande échelle. Le chef du gouvernement a rappelé, dans sa réponse à la lettre du Dr Chafik Chraïbi, les instructions royales du 16 mars 2015 ayant mobilisé le ministre de la Justice et des Libertés, le ministre des Affaires islamiques et des Habous, ainsi que le président du Conseil consultatif des droits de l’Homme (CNDH) autour de la question. En parallèle, des consultations ont été également lancées auprès de différents acteurs concernés. Un mois plus tard, les recommandations ont été dressées, puis intégrées au projet de loi n°10-16 amendant et complétant le code pénal. 

Sur cette base, l’avortement ne peut être toléré s’il n’est pas justifié par “des cas de force majeure”, c’est-à-dire, “souffrances” et  “impacts physique, psychique et social négatifs sur la femme, la famille, le fœtus, ainsi que l’ensemble de la société”.

Quatre cas sont cités, en référence, dans la réponse de Saad-Eddine El Othmani:

-Lorsque la grossesse représente un danger pour la vie de la mère ou sa santé

-Lorsque la grossesse est générée par un viol ou un inceste

-Lorsque la mère est atteinte d’une maladie liée à un déséquilibre mental

-Lorsque le fœtus est atteint des maladies génétiques graves ou de malformations génétiques graves ne pouvant être traitées au moment où elles sont diagnostiquées.

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