MAROC
10/07/2018 18h:26 CET

Avec l'expo-photo "40" de Leila Alaoui, le festival Al Haouz fait découvrir aux habitants du Douar Azrou les visages de l'art au Maroc

La photographe aurait fêté ses 36 ans ce 10 juillet.

Festival Al Haouz

EXPOSITION - Des visages saisis au vol par Leila Alaoui se sont mêlés au paysage montagnard d’Imlil. Depuis le démarrage de la cinquième édition du festival d’Al Haouz, qui se déroule en ce moment jusqu’au 10 juillet dans différents villages de la région, quarante portraits occupent la place publique de ce village du Haut Atlas.

Installés au milieu des noyers, les portraits sont l’oeuvre de Leila Alaoui, la photographe franco-marocaine disparue lors des attentats de Ouagadougou en 2016. En ce mardi 10 juillet, elle aurait fêté ses 36 ans.

“L’idée était de fondre les photos dans le paysage et de créer une scénographie au milieu des montagnes. Nous essayons toujours d’adapter l’exposition en fonction de l’espace public”, explique Claire Legoff, coordinatrice au festival Al Haouz. 

Festival Al Haouz

Dans cette exposition intitulée simplement “40”, Leila a capturé les portraits de figures emblématiques de la scène artistique marocaine, qu’ils soient peintres, sculpteurs, photographes, réalisateurs ou même créateurs de mode.

“Braquer l’objectif sur la pulsation sans précèdent qui secoue l’expérience artistique au Maroc à travers des portraits, telle est la démarche”, écrit Leila Belabbes dans le livre de l’exposition”40″ sorti en 2009 qui contient également toute la série de portraits.

“Assurément non exhaustive, la succession s’est faite naturellement, au gré des rencontres. A travers le pays, et parfois même au-delà, New York, Paris, via le web. Notre désir était de déposer, par l’image comme par les mots, les sensations, les troubles et les émois suscités par ces rencontres. Autant d’empreintes de cette odyssée singulière, à partager”, peut-on lire dans le même extrait.

Leila Alaoui
Karim Alaoui (à gauche) et Lamia Naji (à droite) photographiés par Leila Alaoui.

L’histoire derrière la photo

Parmi cette sélection d’artistes, les habitants du douar reconnaîtront peut-être le président du festival Al Haouz, Mohamed Mourabiti, le président de la Fondation nationale des musées, Mehdi Qotbi, l’artiste et écrivain Mahi Binebine, l’artiste-peintre Fouad Bellamine, l’artiste-plasticien et vidéaste Mounir Fatmi, le réalisateur et acteur Faouzi Bensaïdi, le réalisateur Nabil Ayouch, la créatrice de bijou Amina Agueznay et ou encore la photographe Yto Barrada. 

“Elle m’avait beaucoup beaucoup amusée lors du shooting”, se rappelle Mahi Binebine qui considère Leila comme “sa petite soeur”. “Elle montait sur des chaises, des tables, se contorsionnait de partout, elle avait l’air très sérieuse alors qu’elle n’était encore qu’un bébé de 25 ans. Et finalement quand j’ai vu le résultat final, j’ai compris que ce n’était pas qu’un simple portrait. Leila avait su capturer l’âme de chaque artiste”, raconte au HuffPost Maroc l’artiste qui a déjà été plusieurs fois commissaire d’expositions signées Leila Alaoui.

“C’est une artiste que je respecte beaucoup, même si elle ne revendiquait même pas son côté photographe artistique. Pour elle, son travail était surtout un combat notamment pour faire comprendre aux autres que les migrants étaient d’abord des humains et non des chiffres”, explique Binebine.

Leila Alaoui
L'artiste Mohamed El Baz photographié par Leila Alaoui.

Autre artiste qui a posé pour l’objectif de Leila Alaoui, le styliste marocain Amine Bendriouich. Le fondateur de la marque AB-CB avait rencontré la photographe alors qu’elle était stagiaire au festival du film de Marrakech.

“Elle m’avait parlé de son projet mais elle était occupée, j’étais occupé, on se ratait et on ne trouvait jamais un moment qui nous convienne à tous les deux  pour faire le shooting. Et c’est finalement arrivé le jour où c’était le plus improbable pour que ça se réalise, quand je l’ai croisée par hasard à Casablanca”, raconte au HuffPost Maroc Amine Bendriouich. 

Festival Al Haouz

“Nous sommes ensuite montés, elle a pris les photos mais je n’arrêtais pas de rigoler parce que je ne comprenais pas pourquoi elle voulait m’inclure dans sa série de portraits d’artistes de renom, et elle m’avait dit: ‘si tu ne connais pas ton importance maintenant, tu le sauras après’”, raconte le styliste qui avait décrit Leila comme “une abeille de l’amour” dans un poème écrit l’année de sa disparition.

En tournée

L’exposition avait déjà été présentée en 2017, dans le cadre de la 4e édition du festival, dans un autre village de la région, douar Azour. Les photos était alors accrochées à des totems et formaient un cercle au milieu de l’espace.

Les habitants des autres douars devraient accueillir à leur tour cette exposition qui reviendra à chaque édition du festival.  “Nous voulons ouvrir aux habitants une porte vers cet univers qu’ils ne connaissent pas forcément, tout en créant l’effet de surprise”, souligne Claire Legoff.

Selon la coordinatrice, l’exposition a eu beaucoup de succès et a su interpeler les habitants, qui ont posé leurs questions aux représentants associatifs sur place pour discuter de cette série de photos.