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09/03/2019 11h:03 CET | Actualisé 09/03/2019 11h:03 CET

Avec Bouteflika, le commandement militaire y va Franco

NurPhoto via Getty Images

Scrutant le va-et-vient d’un entourage accaparé à protéger le président algérien (hospitalisé en Suisse depuis le 24 février 2019) et à perpétuer la version officielle « (…) d’examens médicaux périodiques”, La Tribune de Genève révélait le 06 mars que le malade VİP se trouvait en réalité ”Sous menace vitale permanente” à cause ”(…) de la dégradation de ses réflexes neurologiques” et d’une ”(…) infection pulmonaire grave” due à l’infiltration d’aliments risquant de boucher les voies respiratoires.

İncertain, nécessitant des soins intensifs et une observation de tous les instants, son état de santé rappelle, à quelques détails près, celui qui mena Francisco Franco à une longue agonie. Rongé depuis 1969 par la maladie de Parkinson, le général espagnol subissait aussi en 1975 de constantes hémorragies. La presse encartée parlait à ce moment là de grippe, la même sans doute qui avait empêché l’assigné à la résidence médicalisée de Zeralda de rencontré le 03 décembre 2018 le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman, venu en visite à Alger.

Les communiqués curatifs publiés en octobre 1975 évoquaient de plus ”L’insuffisance coronarienne” du Caudillo ibérique, alors que des attaques cardiaques se multipliaient, aggravant ainsi un corps alité, affecté d’un épanchement gastrique et d’un œdème pulmonaire. C’est au palais du Pardo que le dictateur débutera un lent trépas ponctué d’une péritonite, de plusieurs complications bactériennes et crises cardiaques ou encore de transfusions (les sept litres de sang injectés compensaient ceux sortis de la bouche et du nez).

Au plus mal, il sera transféré, inconscient, le 05 novembre à l’hôpital, là où, pareillement à Bouteflika, on prolongera son existence artificiellement dans le seul but de sauver le régime, un enjeu politique majeur expliquant, malgré les nouvelles interventions chirurgicales du 7 et 14 novembre (extraction d’un rein et des deux-tiers de l’estomac) ou l’hémorragie digestive massive des 17/18 novembre, le maintien en vie d’un homme souffrant d’ulcères, d’insuffisance rénale, d’une thrombophlébite, broncho-pneumonie ou cardiopathie et ne pesant que quarante kilos. Le calvaire finira le 19, lorsque pressés par deux membres de la famille, les médecins débranchaient les appareils prolongeant une altération organique se terminant par choc endotoxinique et la stupeur d’affidés idéologisés ne sachant plus à quel saint se vouer.

Au pouvoir depuis presque quarante ans, le despote décédait le 20 novembre 1975, après que ses organes aient flanché les uns après les autres, le cœur et système rénal demeurant pratiquement factices. Sa décomposition physique renvoie donc à celle minant un Bouteflika inapte à assurer des prérogatives depuis un AVC (2013) causant une perte partielle du langage. L’aphasie s’est maintenant ”(…) dégradée de manière perceptible”, si nettement que François Hollande ne pourrait désormais plus la couvrir du fameux vocable d’alacrité. Récemment interrogé par la chaîne TMC sur le voyage algérois de 2015, l’ex-président français y assertait de nouveau que cette année là, Bouteflika  ”(…) était relativement présent, actif et connaissant les dossiers (…), d’après cette image-là, je ne peux pas dire qu’il n’était pas capable de diriger l’Algérie. Si j’avais un doute là-dessus, je l’aurais exprimé, diplomatiquement en tout cas”.

Évidemment que non, qu’à l’époque, le premier locataire de l’Élysée se devait d’user des courtois éléments de langage préservant les intérêts économiques de l’Hexagone. Actuellement, se sont les apparatchiks du système rentier qui emploient de similaires subterfuges, aidés en cela par des ventriloques interlopes faisant dire le 07 mars 2019 au candidat impotent qu’une ”(…) partie insidieuse, de l’intérieur ou de l’extérieur” est susceptible d’infiltrer et subvertir le mouvement de contestation, de provoquer de la sorte le chaos, voire la “Fitna” (discorde).

Procédant de la sociologie du conflit, ce stratagème de la main étrangère (corollaire de la sempiternelle “Cinquième colonne”) fut l’un des leitmotivs de Hamraoui Habib Chawki, lorsque ministre de la Culture, il traita (en singeant le premier Ministre Belaïd Abdesselam) les intellectuels de gauche de laïco-assimilationnistes, un glissement sémantique les conduisant tout droit à la potence des psychopathes d’Allah. Plutôt que de se repentir de cette funèbre implication, l’ancien ambassadeur en Roumanie jurait le 05 mars dernier que sa ”(…) prière à dieu est de mourir le même jour que Bouteflika”.

Le zélé courtisan ajoutait sans détour que ”Le peuple algérien n’a pas besoin des gens qui ne sont pas fidèles”, appliquait une dévotion identique à celle que voue au Raïs le chef d’État-major Ahmed Gaïd Salah, lequel convient, au nom de l’Armée, que ”Nous sommes résolument engagés à garantir la présidentielle”, à maintenir le cap jusqu’au bout du bout, jusqu’à l’ultime nausée.