MAROC
17/05/2019 17h:31 CET

Avant son assassinat, le journaliste saoudien Jamal Khashoggi aurait appelé Taoufik Bouachrine à la prudence

La défense du journaliste marocain enjoint l'ONU à demander l'accès à son téléphone portable, confisqué par les autorités marocaines.

GETTY IMAGES/AICPRESS

JUSTICE - Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné en octobre 2018 au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, aurait eu une série d’échanges téléphoniques avant sa mort avec le journaliste marocain Taoufik Bouachrine. Il aurait notamment appelé l’ex patron de Akhbar Al Yaoum à la prudence alors que ce dernier écrivait, entre 2017 et 2018, des articles à charge contre le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman.

Dans un communiqué de presse envoyé ce vendredi 17 mai par l’avocat international Rodney Dixon QC, conseil de Taoufik Bouachrine (condamné en novembre dernier à douze ans de prison pour viol et traite d’êtres humains), la défense du journaliste marocain enjoint la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, de demander aux autorités marocaines l’accès au téléphone portable de Bouachrine.

“Dans un échange de messages, Jamal Khashoggi avait appelé Taoufik Bouachrine à la plus grande prudence après ses articles sur Mohammed Ben Salman; lui-même se savait menacé mais se pensait en sécurité aux États-Unis”, écrit la défense. “Les messages contenus dans le téléphone contribueraient à l’enquête menée par Agnès Callamard pour caractériser les menaces à l’encontre des deux journalistes.”

Confisqué lors de son arrestation dans ses bureaux de Casablanca en février 2018, le téléphone de Taoufik Bouachrine contiendrait une série de messages échangés avec son confrère saoudien exilé aux États-Unis, où il écrivait des tribunes critiques envers le régime saoudien pour le Washington Post.

“Il l’avertissait qu’il était en danger d’être assassiné, même à Rabat”

“Taoufik Bouachrine affirme que son téléphone contient des messages de Jamal Khashoggi qui l’alertait du danger qui pesait sur le journaliste marocain en raison de ses articles critiques envers le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman. Tout en l’exhortant à ne pas se rendre en Arabie saoudite, il l’avertissait qu’il était en danger d’être assassiné, même à Rabat”, affirme la défense de l’éditorialiste marocain.

“Par ailleurs, même si Jamal Khashoggi affirmait se sentir en sécurité aux Etats-Unis, d’autres messages décrivent le degré d’appréciation de Jamal Khashoggi sur les dangers qui pesaient sur lui à l’époque. Les tribunaux marocains sont en possession du téléphone contenant ces messages”, poursuit la même source.

Selon Rodney Dixon QC, l’enquête menée par l’ONU sur le meurtre de Jamal Khashoggi “pourrait avoir de grandes répercussions pour tous les journalistes qui dénoncent les abus et les violations des droits de l’homme. Nous espérons que la Rapporteur Spécial demandera aux autorités marocaines de lui permettre d’inspecter le téléphone de M. Bouachrine de manière sécurisée afin de rechercher les éléments les plus probants.”

Le procès en appel de Taoufik Bouachrine s’est ouvert le 9 avril. Il avait été condamné en novembre 2018 à douze ans de prison pour une affaire d’agressions sexuelles et d’abus de pouvoir envers huit plaignantes, à la suite d’un procès que sa défense juge “inique et rocambolesque, entaché de graves irrégularités”.

Jamal Khashoggi a été assassiné par un commando de forces spéciales saoudiennes le 2 octobre 2018 au sein du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, en Turquie. Des multiples zones d’ombre subsistent sur cette affaire qui a connu un écho médiatique international.