MAROC
26/08/2018 18h:54 CET

Aux États-Unis, on a essayé d’acheter une arme au supermarché du coin

L'objectif: vérifier s’il est vraiment si facile que cela de se procurer un fusil ou un pistolet automatique.

ARMES À FEU - Santa Fe, Parkland, Columbine, Sandy Hook, Virginia Tech... Les États-Unis ne comptent plus les fusillades mortelles en milieu scolaire. Dans la plupart des cas, les assassins, des jeunes de moins de trente ans, parfois même des adolescents, empruntent leurs armes à un parent ou un ami, qui les possédait légalement. La dernière tuerie majeure a eu lieu au Texas, dans le lycée de Santa Fe. Dix morts, abattus par un élève. Dans cet État, aucun permis n’est nécessaire pour les fusils et les carabines. Et ceux-ci sont toujours en vente libre, jusque dans des grandes surfaces, comme dans de nombreux États.

Alors qu’un million de personnes sont descendues dans les rues le 24 mars dernier pour exiger plus de contrôle des armes à feu lors de la “Marche pour nos vies”, le débat pour un renforcement de la législation s’embourbe. Le HuffPost a donc voulu savoir s’il était toujours aussi facile de se procurer un fusil automatique ou un pistolet, en se rendant chez Walmart, le numéro 1 mondial des supermarchés.

Depuis le 28 février 2018, deux semaines après la tuerie de Parkland (17 victimes), l’entreprise a annoncé qu’elle ne vendrait plus d’armes ni de munitions aux moins de 21 ans. Un geste qui ne l’empêche évidemment pas de continuer à disposer de rayons où s’empilent les fusils à lunettes, pistolets automatiques et autres boîtes de balles dans grand nombre de ses magasins.

HORTENSE DE MONTALIVET / LE HUFFPOST
Le rayon armes à feu d'un Walmart de Glendale (Arizona)

Notre reportage démarre en Californie.

Non loin des bureaux du HuffPost à Los Angeles, nous arpentons un premier Walmart pour tenter de vérifier l’application de ces nouvelles résolutions. Nous nous retrouvons minuscules dans le dédale des rayons surdimensionnés de l’enseigne de Torrance, au sud de la ville.

L’expédition tourne court. “Nous ne vendons plus aucune arme”, nous renseigne bientôt une vendeuse en uniforme bleu et jaune. Depuis 2003, et après des centaines d’infractions aux strictes lois californiennes, du fait même de ses employés, l’entreprise a effectivement arrêté de vendre la moindre arme à feu dans ses magasins. Depuis quinze ans, dans le “Golden State”, vous ne trouvez plus que des fusils et pistolets à air comprimé. Vestiges d’un temps révolu, seuls munitions et viseurs habitent encore les vitrines.

Si des armureries proposent encore aux Californiens d’acheter leurs armes à feu, la législation locale est de toute façon l’une des plus restrictives du pays. En magasin et pour 25$, vous serez soumis à un test écrit. Il vous faudra répondre correctement aux trois-quarts des trente questions pour obtenir un permis. Ce dernier devra ensuite être renouvelé tous les cinq ans. Et pour finir, vous devrez maîtriser l’utilisation de votre nouvelle acquisition: la démonstration de l’usage de l’arme en toute sécurité vous sera demandée face à un employé du ministère de la Justice.

PAUL GUYONNET / LE HUFFPOST
Des pistolets à air comprimé, dans un rayon de Walmart.

Mais tous les États américains ne sont pas aussi fermes quand il s’agit de “gun control”. Passée la frontière californienne, nous conduisons jusqu’à Glendale. Bienvenue dans une immense zone commerciale éventrée par les autoroutes et les voies rapides, dans la banlieue de Phoenix, la capitale de l’Arizona. Premier arrêt: le Walmart de la Northern Avenue.

L’État a beau être plus permissif que son voisin, entre le rayon pêche et celui des barbecues, nulle arme à feu en vitrine. Et pour cause, un vendeur nous arrête rapidement: “Nous sommes situés trop près d’une école pour être autorisés à vendre des armes. Pour vous donner une idée de la politique maison, on n’a même pas le droit de vendre d’alcool”. En effet, pas une bouteille à l’horizon sur les 10.000m2 de la grande surface. Il nous renvoie vers une autre enseigne, à quelques kilomètres de là.

À la sortie du parking en direction du Walmart de la 95ème Avenue, nous croisons effectivement la Glendale High School, son terrain de football américain et ses hordes de lycéens. Une quinzaine de minutes plus tard, se dressent à nouveau les hangars immenses de l’enseigne bicolore. À l’entrée, la même disposition du même étalage de marchandises se déroule pour la troisième fois devant nos yeux.

Cette fois-ci, entre les cannes à pêche et les glacières de pique-nique, une dizaine de fusils trônent, sous clé, à la verticale dans une vitrine transparente et isolée du reste des allées et rayons en libre-service par un comptoir. Un brin suspicieuse, une employée en veste sans manche nous aborde: “Je peux vous aider?” L’évocation de notre métier de journaliste et notre accent français achèvent d’installer sa méfiance.

HORTENSE DE MONTALIVET / LE HUFFPOST
Le comptoir et la vitrine des armes à feu du Walmart de la 95e Avenue, à Glendale, Arizona.

Pour la troisième et dernière fois, nous ne ressortirons pas d’un Walmart avec un fusil de chasse sous le bras. Et pour cause: “Nous ne pouvons pas vendre d’arme aux étrangers.” La vendeuse nous explique ensuite qu’en Arizona, où règne une législation plus flexible qu’ailleurs aux États-Unis, il faut présenter un certificat de domiciliation dans l’État, avoir plus de 21 ans et satisfaire aux vérifications du FBI. Avant l’achat, la police fédérale américaine lance effectivement une brève enquête sur le client et ses antécédents.

Ici, les règles en vigueur chez Walmart sont donc plus rigoureuses qu’au niveau local dans le “Sunset State”. Ce dernier place la limite d’âge pour posséder une arme à 18 ans, ne délivre pas de permis d’État, ne liste pas les propriétaires et interdit même aux administrations de vérifier les antécédents d’acheteurs potentiels.

Au fil des tueries, Walmart, le leader américain de la grande distribution s’est ainsi distingué des armureries classiques par le durcissement progressif sa politique de vente d’armes à feu.

 

Ce reportage a été initialement publié sur Le HuffPost.