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09/06/2018 03h:52 CET | Actualisé 09/06/2018 03h:54 CET

Aux enfants de mon pays

Pablo Picasso La colombe de la paix

La Horde connaît bien les goûts de la foule; ce qui affole. Ce qui donne l’illusion d’être maître là où les chaînes sont prêtes à pincer; là où les traîtres embusquent et là où le meurtre aiguise sa lame tranchante. Elle lâche ses chiens là où la blessure sourd. Là où la vie entonne sa douce chanson.Il suffit qu’elle lance un rythme -toujours le même depuis toujours, notre histoire est une triste répétition- pour que la poussière monte au ciel non pour toucher les étoiles ou se défaire de la mortification – notre vieille maladie- mais pour entraver les doigts, silencier la joie et détruire nos êtres, nos champs.

Nos vies. Bâillonner la vie. Nos vies. Tuer la vie. Elle provoque des bousculades-embuscades, des cris non de votre joie mais de la leur. Chaque enfant tombé est une note dans leur symphonie, le meurtre. Ce pays ne cesse de mourir assassiné impunément. 

Elle gratte les yeux pour les empêcher de toucher la lumière et peut-être même causer de ... nouveaux morts. Oui. Des cadavres. L’appétit “ogressal” ne sait se sustenter. Les charognards ne vivent que de ça. Ils sont légions. Je connais quelque chose de cette triste histoire.

Moi aussi, j’étais là quand ils avaient ensanglanté le printemps. Quand ils avaient jeté en pâture nos vies à d’étranges créatures. Bouches puant le mépris et l’indignité. Chez nous, on dit lla ddin la mella. Oui, elle n’a pas le sens de l’honneur. C’est l’horreur. Nous étions – sommes toujours- bons pour mourir de préférences assassinés mais pas pour vivre. Après tout, nous ne sommes que chair à nourrir les loups. Nos bourreaux. Des cadavres avaient poussé –pousseront-ils infiniment ?- là où poussent des fleurs et là où la vie chante la vie pour la vie.

Pour célébrer la mort, il y a tout un rituel parce qu’il faut savoir que la Horde pratique la magie noire: élever des statues pour le sens du sacrifice ; bercer par ce mensonge : rentrer dans l’histoire. Notre histoire est surpeuplée par des cadavres, des disparus mais aussi de la vie, une autre vie : la vie de notre idéal, pays fraternel, pays transpirant la vie. Il faut savoir que derrière toute cette morbide alchimie, il y a l’illusion d’une autre histoire. Là où le faux triomphe.

Enfants de mon pays. Si elle parle de la vie, racheter la vie. La vie ne se rachète pas. Elle se vit. Il y a assez de béton dans le paysage, d’innombrables tombes pour l’élever sur les vivants, la voir fleurir en toute simplicité. En toute souveraineté. Statues... Martyrs. Des effigies, des cérémonies, la couleur du deuil et ... l’oubli jusqu’à une nouvelle zedwa. Une nouvelle noce de sang. Rien ne rachète la vie.

Ca m’arrive souvent de penser à ces mères dont les yeux sont creusés à force de débordement ; à force de pleurer des êtres arrachés à la vie. Des êtres morts tués disparus, brûlés... A ces êtres qui pouvaient encore fleurir , jouir de la vie, à vous, enfants de mon pays.. Qui se souvient encore de la Mère de cet enfant écrasé par l’arrogance et la haine? Elle n’a plus rien. Plus de larmes. Plus de paroles. Même sa langue s’est éteinte.

Enfants de mon pays, qui se souvient de ta détresse, de ta peur, de tes rêves, de tes désirs? On t’huile avec de vieilles illusions – la démagogie- pour te brûler; te voir sous terre pour construire sur ton innocence des légendes, des titres, des rivalités et des affaires. Votre vie est ce que vous avez de plus précieux. Ne soyez pas la chair à canon de la dynastie des Ogres. Vivez pleinement votre vie. N’acceptez plus de mourir pour rien. Oui. Rien. Votre sang est à vous seuls.

Votre vie est la seule cause. Personne ne mourra pour vous. La cause n’est pas le paradis. Le paradis c’est votre vie. Nous n’avons qu’une seule vie. Si vos rêves sont menacés, ce ne sont pas des discours qui les tireront de la mâchoire du meurtre. C’est votre seul désir d’être. Il m’a fallu des années, oui de longues années pour comprendre que la mort ne répare pas la vie. Votre langage est étranger à la Horde. Il est innocence. Et la Horde ne sait traduire que par le canon. Votre mort. Notre mort.”