MAROC
13/11/2018 11h:07 CET

Aung San Suu Kyi déchue de son prix d'Ambassadrice de conscience par Amnesty International

Pour l'ONG, elle ne représente plus un symbole d'espoir, de courage et de défense des droits de l'homme.

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INTERNATIONAL - Décorée en 2009 du prix d’Ambassadeur de la conscience,  plus grande distinction d’Amnesty International, la Birmane Aung San Suu Kyi s’est vue retirer cet honneur pour “trahison honteuse des valeurs qu’elle défendait autrefois”, a annoncé l’ONG dans une lettre ouverte publiée ce mardi

Le secrétaire général d’Amnesty, Kumi Naidoo, a écrit dimanche à Suu Kyi, conseillère et porte-parole de l’État de la Birmanie, pour l’informer de la décision de révoquer le prix. “En tant qu’ambassadrice de conscience d’Amnesty International, nous espérions que vous utiliseriez votre autorité morale pour dénoncer l’injustice partout où vous la verriez, même en Birmanie. Aujourd’hui, nous sommes profondément consternés de constater que vous ne représentez plus un symbole d’espoir, de courage et de défense indéfectible des droits de l’homme”, a-t-il déclaré. “Amnesty International ne peut justifier le maintien de votre statut d’Ambassadeur de la conscience. C’est avec tristesse que nous vous retirons donc cette distinction”. 

Dans cette lettre, Amnesty critique la lauréate du prix Nobel en 1991 pour ne pas avoir utilisé son “autorité politique et morale” pour protéger les droits de l’homme dans le pays, citant son “indifférence apparente” à l’égard des atrocités militaires dans les zones ethniques et “l’intolérance croissante à la liberté d’expression”.

Mi-septembre, la Mission d’établissement des faits de l’ONU sur la Birmanie a présenté devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU un rapport dénonçant un “génocide” des Rohingyas, et appelant à des poursuites devant la justice internationale contre des généraux birmans. Autrefois icône de la communauté internationale des droits de l’homme, Aung San Suu Kyi a été privée de nombreuses récompenses prestigieuses suite aux violences infligées à cette population minoritaire du pays qu’elle n’a jamais condamnées.

L’ONG a également déploré les nombreuses atteintes à la liberté d’expression: “Des défenseurs des droits humains, des militants pacifiques et des journalistes ont été arrêtés et emprisonnés, tandis que d’autres sont menacés, harcelés et intimidés pour leur travail”.

En septembre, deux reporters birmans de l’agence Reuters, accusés d’“atteinte au secret d’Etat” pour avoir enquêté sur un massacre de musulmans rohingyas par l’armée, ont été condamnés à sept ans de prison. Ils ont fait appel.