MAROC
24/02/2019 10h:05 CET | Actualisé 24/02/2019 10h:06 CET

Au Venezuela, l'aide humanitaire rebrousse chemin aux frontières, des heurts

Des heurts ont éclaté, au Brésil comme en Colombie, après l'annonce par Juan Guaido de l'arrivée d'un premier camion d'aide par la frontière brésilienne.

Le HuffPost

VENEZUELA - La liesse a été de courte durée. Des heurts ont éclaté ce samedi 23 février à la frontière brésilienne du Venezuela, où les partisans de l’opposant Juan Guaido s’étaient mobilisés pour permettre le passage d’une aide humanitaire que refuse le président Nicolas Maduro, qui dénonce une tentative déguisée d’intervention américaine.

Au moins deux personnes, dont un garçon de 14 ans, ont été tuées par balle dans des heurts, et 31 autres ont été blessées. Une ONG locale, Foro Pena, a accusé l’armée vénézuélienne, postée à cette frontière que Nicolas Maduro veut maintenir fermée, d’avoir ouvert le feu sur la foule mobilisée pour exiger le passage des convois humanitaires. Une femme avait déjà été tuée au même endroit vendredi.

Juan Guaido a finalement demandé à ses volontaires, mobilisés pour faire passer l’aide humanitaire au Venezuela, de battre en retraite. Une décision qui a fait l’effet d’une douche froide pour les quelque 500 Vénézuéliens qui avaient afflué dès les premières heures du matin entre les postes de douane des deux pays.

Guaido avait annoncé l’entrée d’un premier camion

Juan Guaido, 35 ans, reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays, avait fixé la journée de samedi comme date-butoir pour la livraison de cette aide stockée principalement en Colombie et au Brésil. Il a lancé l’épreuve de force à la mi-journée en annonçant lui-même sur Twitter l’entrée au Venezuela d’un premier convoi via la frontière brésilienne.

“Attention Venezuela: nous annonçons officiellement QU’EST ENTRÉ le premier chargement d’aide humanitaire depuis notre frontière avec le Brésil. C’est un grand succès, Venezuela!” a-t-il écrit.

Tôt samedi, deux camions transportant quelque huit tonnes d’aide humanitaire avaient quitté une base aérienne de Boa Vista (nord du Brésil) vers Pacaraima à la frontière avec le Venezuela à 215 km de là. Mais ces deux camions, envoyés par le Brésil, ont rebroussé chemin après avoir attendu plusieurs heures face aux militaires vénézuéliens qui bloquaient la frontière. Cette décision de battre en retraite a fait l’effet d’une douche froide pour les quelque 500 Vénézuéliens qui avaient afflué dès les premières heures du matin entre les postes de douane des deux pays.

Ci-dessous, cette journaliste de El Pais, se tenant juste devant les deux camions brésiliens, explique qu’ils attendent devant l’unique poste-frontière avec le Venezuela depuis plusieurs heures. Face à elle, un cordon de militaires bloque le passage.

Les deux véhicules étaient côte à côte, leur remorque tournée vers les militaires, pour que ceux-ci puissent constater qu’ils ne transportent que de l’aide humanitaire.

BRUNO KELLY / REUTERS

“Guaido nous a donné l’ordre de préserver les produits. Nous voulons passer de manière pacifique”, a expliqué par mégaphone un responsable des opérations. “Notre bien le plus précieux, c’est notre vie, nous ne voulons pas nous faire massacrer”.

Deux camions incendiés “par la police”

La situation était également tendue à la frontière entre la Colombie et le Venezuela. De nombreuses violences ont éclaté à cette frontière, en particulier quand quatre camions, sur lesquels étaient juchés des dizaines de volontaires, ont tenté de forcer le passage, soutenus par la foule qui exigeait le libre passage des convois humanitaires.

Les soldats et les policiers vénézuéliens ont fait usage de lacrymogènes et de balles en caoutchouc pour disperser les manifestants. Les secours comptabilisaient samedi soir au moins 42 blessés, des Vénézuéliens qui voulaient rentrer dans leur pays avec de l’aide humanitaire par le pont Simon Bolivar, à San Antonio Táchira. Quatorze d’entre eux ont dû ”être transférés” pour recevoir des soins médicaux, a déclaré à l’AFP un employé de la Défense civil, sous couvert d’anonymat.

RICARDO MORAES / REUTERS
Une ambulance transportant des blessés vénézuéliens passe près d'un camion d'aide humanitaire, à Pacaraima, au Brésil, à la frontière avec le Venezuela, ce 23 février.

Pour bloquer l’entrée des convois, Caracas a ordonné la fermeture vendredi des trois principaux ponts frontaliers. Un quatrième, celui de Tienditas, est bloqué avec des conteneurs par l’armée depuis début février.

Par ailleurs, selon les services colombiens de l’immigration, “deux camions” d’aide ont été incendiés à la frontière avec la Colombie. Une députée pro-Guaido, Gaby Arellano -qui a évoqué “un camion”- a accusé les forces de l’ordre vénézuéliennes de l’avoir incendié sur ordre du président Maduro. Une accusation formulée par Juan Guaido lui-même.

“Le régime usurpateur utilise les méthodes les plus viles et tente de mettre le feu à ce camion d’aide humanitaire qui se trouve à Ureña. Nos courageux volontaires font une chaîne pour protéger la nourriture et les médicaments. L’avalanche humanitaire est incoercible”

Les autorités colombiennes ont finalement ordonné le retour des autres véhicules, après l’incendie des deux camions et leur cargaison de médicaments.

Un bateau parti de Porto Rico avec de l’aide a par ailleurs rebroussé chemin après avoir “reçu des menaces directes de tir” de marine vénézuélienne, a affirmé le gouverneur de l’île américaine, Ricardo Rosello.

Désertions dans l’armée vénézuélienne

Défiant le leader chaviste, Juan Guaido a bravé vendredi un ordre judiciaire lui interdisant de quitter le territoire national et affirmé que l’armée, pilier du régime chaviste, avait “participé” à cette opération. “L’appel aux forces armées est très clair: bienvenue du bon côté de l’histoire, bienvenus les militaires qui aujourd’hui se mettent du côté de la Constitution”, a-t-il ajouté devant la presse.

Juan Guaido, qui a l’interdiction de quitter le Venezuela, a passé la frontière dans un désaveu clair au régime de Nicolas Maduro. Guaido a fait son apparition dans la ville colombienne de Cucuta pour assister au concert humanitaire.”

Selon les services migratoires colombiens, 60 militaires et policiers vénézuéliens ont déserté samedi et ont rejoint Cucuta. L’un des militaires s’est présenté comme “le major Hugo Parra”, en uniforme de la Force armée nationale bolivarienne. “Je reconnais notre président Juan Guaido et je lutterai avec le peuple vénézuélien à chaque étape”, a déclaré l’officier devant la presse.

“Juan Guaido a reçu les membres des forces armées du Venezuela qui ont déserté ce samedi au milieu de la tension à la frontière colombienne”

Juan Guaido n’a pas précisé quand ni comment il comptait regagner le Venezuela, où il risque d’être arrêté pour avoir violé l’interdiction de sortie décrétée par la justice fidèle au régime.

“Yankee Go Home” 

Les deux leaders vénézuéliens concurrents ont simultanément appelé leurs partisans à descendre dans les rues de Caracas samedi, Guaido pour exiger le libre passage de l’aide, Maduro pour dénoncer ce qu’il considère comme une “tentative d’intervention militaire”. Vêtus de rouge et brandissant des drapeaux aux couleurs nationales - bleu, rouge, jaune - des centaines de partisans de Nicolas Maduro défilent en affirmant que “90% de la population refuse une intervention des États-Unis”. “Maduro, le peuple est avec toi” crie la foule. “Yankee Go Home” exige le tee-shirt d’un jeune homme.

Outre la fermeture des grands ponts avec la Colombie et celle de la frontière terrestre avec le Brésil, Nicolas Maduro a également suspendu les liaisons avec l’île néerlandaise de Curaçao, autre point de stockage de l’aide, tandis qu’ils avait ordonné jeudi la fermeture de la frontière avec le Brésil.

Le rôle des militaires apparaît plus que jamais déterminant. Le président colombien Ivan Duque, qui condamne “la dictature” de Maduro, et son homologue chilien Sebastian Piñera ont appelé les militaires à rejoindre le “juste côté de l’Histoire” en permettant l’entrée de l’aide.

Juan Guaido a annoncé qu’il participerait lundi à Bogota à une réunion du Groupe de Lima sur la crise au Venezuela, qui comprend quatorze pays d’Amérique, majoritairement hostiles à Nicolas Maduro.

Cet article a initialement été publié sur le HuffPost France.