ALGÉRIE
02/08/2019 10h:34 CET

Au Soudan, jeunes et sportifs espèrent la révolution du ballon rond

ASHRAF SHAZLY via Getty Images

Ils n’ont ni crampons, ni terrains, et il n’y a personne pour repérer leur éventuel talent mais les jeunes footballeurs du Soudan espèrent que les changements en cours dans leur pays entraînent aussi la révolution du ballon rond, pour un jour remporter des trophées.

“Il me faut des chaussures, de l’équipement et un vrai entraînement mais il n’y a rien de tout ça”, lance à l’AFP Emad Salim, 17 ans, qui joue pieds nus sur un terrain vague de Khartoum.

Et surtout, poursuit ce fils d’agriculteur, “il n’y a personne pour me motiver à devenir le meilleur joueur du Soudan ou même de l’Afrique”.

Chaque soir au Soudan, l’ensemble des terrains vagues de la capitale se transforment en surfaces de jeu improvisées pour des adolescents que la poussière et la chaleur n’arrêtent pas.

Avec des lignes imaginaires et des buts sans filets, ils jouent malgré tout aussi souvent qu’ils le peuvent, comme Emad, qui vit sur l’île de Tuti, au confluent du Nil Bleu et du Nil Blanc en plein coeur de Khartoum.

- Dernière victoire en 1970 -

“J’espère que la révolution va tout changer”, dit-il, évoquant le mouvement de contestation déclenché le 19 décembre 2018 par le triplement du prix du pain décidé par le gouvernement.

Le sport, passion nationale, a été ignoré et relégué des priorités publiques pendant les trente années de règne du président Omar el-Béchir.

Après sa destitution le 11 avril, les Soudanais espèrent voir se créer des championnats de foot pour les jeunes qui, jusqu’ici, devaient se contenter de matches amicaux sans enjeux entre clubs de quartier.

Surtout, ils rêvent de vraies installations, pour oublier les stades décrépis et les terrains vagues où des blessures ont coupé court à des carrières avant même qu’elles ne décollent.

Partout dans le monde, reconnaît Al-Fatih Bani, numéro deux de la Fédération soudanaise, “le football est une industrie”. Mais dans son pays, explique-t-il à l’AFP, “on y joue à l’instinct”, de façon “spontanée, sans organisation, ni formation, ni administration”.

Depuis l’immeuble en forme de ballon blanc qui abrite la Fédération, M. Bani assure que le Soudan souhaite réellement organiser des tournois pour les jeunes. L’année prochaine, promet-il.

De telles compétitions pourraient radicalement changer la donne pour un pays amoureux du foot mais qui peine à y percer.

Le Soudan n’a jamais été qualifié pour une Coupe du monde et un seul de ses clubs, Al-Merreikh, a gagné un trophée africain en 1989.

Le dernier grand succès international du pays remonte à 1970, quand son équipe nationale a remporté la Coupe d’Afrique des nations (CAN).

Depuis, elle n’a jamais dépassé les phases de poule, avant d’arriver miraculeusement en quart de finale en 2012.

Ironie du sort, la toute première CAN de l’histoire a été organisée en 1957... au Soudan.

- Sans académies, pas d’ambition -

Alors, faute de héros nationaux, dans les rues de Khartoum ou des autres villes du pays, les aficionados du ballon rond portent des maillots de grands clubs européens et s’enflamment pour leurs matches retransmis à la télévision.

Pour Monzer Hassan, qui entraîne une équipe de jeunes, le problème n’est pas l’absence de talent mais celle d’infrastructures de formation.

“Il y a plein de joueurs doués qui n’ont pas l’opportunité de progresser car il n’y a aucune académie de football où peaufiner leur technique”, assure à l’AFP le coach âgé de 21 ans.

De ce fait, dit-il, “leur plus grande ambition s’arrête à jouer à Al-Hilal ou Al-Merreikh”, grands champions nationaux. “Aucun ne rêve d’Europe.”

Nul Soudanais n’a jamais rejoint un grand club européen. En revanche, assure M. Bani, le Soudan attire des joueurs étrangers. En majorité venus d’Afrique de l’Ouest, ils renforcent des effectifs soudanais qui pâtissent de l’absence de formation depuis des générations.

Car, accuse Mohammed Haroun, du conseil d’administration du club Al-Hilal, “le régime islamique d’Omar el-Béchir a toujours vu le sport comme une activité sans intérêt qui n’a pas besoin d’être soutenue et ne mérite aucun investissement”.

“Le sport a énormément souffert sous Béchir”, poursuit M. Bani.

Mais, veut-il croire, “la révolution va donner un nouvel élan et pousser le foot soudanais vers l’avant”.