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22/07/2019 16h:31 CET | Actualisé 22/07/2019 16h:31 CET

Au sommet de l’État, la légitimité affronte le pouvoir

La bipolarité s’est emparée de la scène politique. Deux équipes se dessinent. Une guerre entre légitimité et pouvoir.

FETHI BELAID via Getty Images

Le président de la République, Béji Caid Essebsi, a refusé de signer la loi électorale. Et tout d’un coup, la bipolarité s’est emparée de la scène politique.

Deux équipes se dessinent. Une guerre entre légitimité et pouvoir.

Les légitimes

Béji Caid Essebsi jouit d’une popularité grandissante depuis le “Jeudi noir” où il a été hospitalisé suivi de son retour, deux jours plus tard, aux manettes de Carthage. Le rapport de force s’est inversé en faveur du Président de la République et il semblait, pour la première fois depuis 2015, capable de lutter contre la force exécutive incarnée par Youssef Chahed et le pouvoir parlementaire dominé par Ennahda.

Béji avait donc un choix: référendum ou renvoi devant le parlement.
Mais c’était sans compter sur les différents contours possibles pour éviter un nouveau blocage technique (référendum) ou parlementaire: La Cour Constitutionnelle n’étant pas mis en place, BCE a pu s’écarter de ses prérogatives pour une finalité qui ressemble à celle mobilisée par Chahed et
co. pour tenter d’interdire Karoui et Terras: sauf que la différence, c’est que cette finalité a pour but de défendre la démocratie et la légitimité populaire tandis que celle utilisée par Tahya Tounes et Ennahda se fixait comme objectif final, d’écarter la concurrence.

Néanmoins, BCE peut invoquer plusieurs raisons et notamment le fait que la procédure n’ait pas été respecté: envoi par l’exécutif de l’amendement au JORT avant la signature du président, réception par la présidence uniquement du texte de l’amendement et non l’entièreté de la nouvelle loi électorale, signature du décret convoquant les électeurs depuis le 5 juillet 2019 et impossibilité dans les délais actuels d’imposer à l’ISIE un nouveau régime électoral...

Mais au delà des arguments juridico-politiques, Béji Caid Essebsi, Nabil Karoui et Olfa Terras ont de leur coté la légitimité populaire. 62,5% des Tunisiens sont contre l’amendement électorale selon le sondage SIGMA du 11 juillet 2019.

Le pouvoir

Le groupe parlementaire le plus puissant et le parti politique du chef du gouvernement: Ennahda et Tahya Tounes. Leur point commun? Youssef Chahed dégringole dans les sondages et Ennahda subit une crise interne comme elle n’a jamais connu auparavant.

L’enjeu pour eux, de cette nouvelle loi électorale, est de conserver le pouvoir qui leur échappe au profit de nouvelles figures populaires (à savoir, Nabil Karoui, Olfa Terras ou encore Abir Moussi).

En outre, la question de la légitimité reste vague les concernant. Un amendement de la loi électorale d’exclusion, à vocation rétroactive, votée en pleine année d’élections reste difficile à vendre, quelque soit ce que disent les institutions parlementaires. (Institutions sur lesquelles Ghannouchi et Chahed ont largement la mainmise).

L’argument mobilisé de ce coté est l’inconstitutionnalité du refus de signature de BCE, une sorte de politique de la chaise vide.

Par ailleurs, n’est-ce pas extrêmement paradoxale de se plier à la constitution quand ça nous arrange, en l’occurrence la promulgation, et de ne pas la respecter quand cela nous arrange pas, à savoir l’amendement de la loi électorale en tant que tel? (Rappelons que 77 avocats, 22 associations et 16 partis se sont mobilisées contre cette dernière).

La campagne électorale est bien en place, et l’opposition s’est trouvée un protecteur en la personne du président de la République. Le message est simple: les abus ne passeront pas.

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