MAROC
04/10/2018 19h:22 CET

Au moins 1500 cueilleuses de fraises auraient profité de la campagne 2017-2018 pour rester en Espagne

L'an dernier, "seulement" 521 femmes y étaient restées illégalement.

ABDELHAK SENNA via Getty Images

FEMMES MIGRANTES - Cet été, le sort des saisonnières cueilleuses de fraise en Espagne a fait la une de l’actualité suite à un scandale d’agressions sexuelles présumées. Venues en Espagne dans le cadre d’une convention entre ce pays et le Maroc, ces saisonnières font aujourd’hui parler d’elles pour avoir, pour certaines d’entre elles, fait le choix de rester en Espagne de manière illégale.

En effet, selon El Pais, 1424 femmes sont restées en Espagne au terme de leur contrat, sur les 15.134 saisonnières parties cette année. Ces chiffres seraient encore plus important, selon EFE. L’agence de presse affirme ainsi que plus de 2.500 femmes seraient restés en Espagne. El Pais précise de son côté que depuis 2012, jamais un tel nombre de saisonnières n’avait choisi de rester en Europe. Le journal précise que l’an dernier, “seulement” 4.500 femmes avaient été envoyées en Espagne. Parmi elles, 521 avaient choisi la voix de la migration illégale. 

Selon une source citée par le journal ibérique, cette hausse serait en partie dû à l’augmentation de la demande en main d’oeuvre en Espagne cette année, nécessitant un recrutement à la hâte et une baisse des exigences des recruteurs.

521 femmes en 2017

Dans les années 2000, le Maroc signe avec l’Espagne une convention afin de mettre en place une migration circulaire “pensée pour répondre aux besoins de main d’oeuvre et réguler les flux de migrations entre le Maroc et l’Union européenne”. Un accord symbolisé par ces femmes, souvent veuves ou divorcées, qui quittent le Maroc pour s’installer quelques mois en Espagne pour cueillir les fraises. 

Dans son enquête “Dames de fraises, doigts de fée”, aux éditions En toutes lettres, la chercheuse Chadia Arab, géographe et chargée de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), mettait déjà en avant la question des femmes qui choisissent de rester illégalement en Espagne: “C’est une minorité par rapport aux femmes qui partent mais le chiffre augmente. Là où la migration circulaire devait lutter contre cette migration clandestine, elle est devenue force de fabrique de cette migration”, expliquait-elle au HuffPost Maroc.

”À partir de 2012-2013, des femmes comprennent qu’elles ne vont pas revenir l’année suivante. Leur quotidien devient alors très difficile car quand on est une femme sans-papiers en Europe, on cumule les oppressions. Certaines se retrouvent dans l’obligation de travailler pour d’autres hommes, se font arnaquer par la vente de faux contrats, encore souvent par des hommes, marocains ou espagnols. Elles travaillent au noir, il y a des complications réelles, mais après coup, au bout de quatre ans, elles arrivent à régulariser leur situation et sont finalement contentes d’être restées.

Du côté du gouvernement espagnol, on nie clairement toute régularisation de ces femmes mais le gouvernement serait en train de plancher sur un projet de visa à entrées multiples qui rassurerait ces femmes et leur permettrait de participer à d’autres campagnes dans le futur, explique El Pais.

Des accusations d’agressions sexuelles

La campagne de cet été a été perturbée par des accusations d’agressions sexuelles dont auraient été victimes des ouvrières marocaines, dans les fermes agricoles à Huelva. Interrogé au sujet des agressions sexuelles rapportées, le ministère avait démenti ces accusations et soutenu, le 19 mai dernier, “qu’aucune violation à l’égard des ouvrières marocaines travaillant dans les exploitations agricoles de fruits rouges espagnoles n’a été enregistrée”. En juin les Espagnols et Marocains ont finalement décidé de mettre à la disposition de ces ouvrières saisonnières des médiatrices marocaines maîtrisant la langue espagnole. Leur mission sera d’assurer le suivi auprès de ces ouvrières agricoles sur le lieu de leur travail. Et pour que celles-ci puissent contacter les médiatrices, en cas de besoin, un numéro vert leur sera fourni.