MAROC
01/06/2018 15h:35 CET

L'entrepreneuriat, la voie rêvée pour la réinsertion sociale des réfugiés au Maroc

Un parcours non dénué d'embûches.

FADEL SENNA via Getty Images

IMMIGRATION - Si de nombreux réfugiés au Maroc ont du mal à subvenir à leurs besoins quotidiens, certains ont pu devenir leurs propres patrons en créant leurs projets dans différents secteurs et villes du royaume.

Plusieurs d’entre eux ont bénéficié du programme d’aide à l’autosuffisance initié par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés au Maroc (UNHCR) et mis en oeuvre par son partenaire l’Association Marocaine d’Appui à la Promotion de la Petite Entreprise (AMAPPE), qui accompagne les réfugiés dans la création d’activité génératrice de revenu, mais aussi dans la réinsertion professionnelle selon leur précédent emploi et leurs compétences.

Si cet appui est fourni par le HCR depuis 2007, ce n’est qu’en 2014 que le programme a pu prendre de l’ampleur grâce à l’adoption de la stratégie nationale d’immigration et d’asile.

Ibtissam Ouazzani/HuffPost Maroc

Fanta, Ivoirienne de 35 ans, est venue au Maroc il y a trois ans pour fuir la guerre qui a éclaté dans son pays natal, en laissant deux de ses cinq enfants en Côte d’Ivoire. Son mari s’était installé au Maroc en 2002 et avait réussi à louer un petit local à Rabat pour vendre des postes de télévision d’occasion.

″Ça ne marchait pas très bien et j’ai donc repris la boutique”, raconte Fanta au HuffPost Maroc. “Le HCR m’ont dirigé vers l’AMAPPE  qui m’ont demandé de choisir la nouvelle marchandise que je voulais vendre. Ils m’ont ensuite accompagnée chez les grossistes et m’ont même aidée à mettre les produits de beauté que j’ai choisis dans la boutique”, poursuit l’Ivoirienne.

Aujourd’hui, Fanta est la seule à subvenir aux besoins de sa famille puisque son mari est toujours à la recherche d’un emploi. “Entre le loyer de la maison et de la boutique, le transport et les enfants, je n’arrive pas joindre les deux bouts. Je peux gagner 200 dirhams par jour comme je peux rentrer bredouille à la maison”, regrette-t-elle en ajoutant qu’elle compte demander le soutien du HCR une nouvelle fois.

HuffPost Maroc

Le projet d’Ahmed connait quant à lui un énorme succès. Après avoir fui la guerre en 2013 avec sa famille, ce Syrien de 34 ans a enchaîné les petits boulots, notamment en tant que serveur dans un café à Rabat. “Quand je suis parti voir le HCR, je leur ai exposé mon idée de restaurant syrien. Le projet leur a plu et ils m’ont aidé à acheter une machine pour la cuisine”, raconte Ahmed au HuffPost Maroc.

Ahmed a dû se faire prêter de l’argent pour finir les travaux du local, pour un coût qui s’est élevé à 400.000 dirhams de dépenses. Aujourd’hui, le restaurant lui rapporte chaque jour en moyenne 10.000 dirhams de revenu brut, ce qui lui a permis de rembourser toutes ses dettes. Cet été, le jeune entrepreneur compte même ouvrir un nouveau restaurant syrien dans la capitale. “Je vis très bien au Maroc. J’ai inscrit mes trois enfants dans une école privée, j’étends mon projet... Mon souhait serait d’obtenir la nationalité marocaine pour faciliter notamment mes déplacements”, confie le Syrien.

Le Maroc, pays de destination pour les réfugiés?

Comme pour Fanta et Ahmed, le HCR propose aux réfugiés un soutien financier sous forme de subvention ou d’acquisition d’outils de production ou de marchandises qui s’élève en moyenne à 15.000 dirhams. L’AMAPPE les accompagne également dans les démarches administratives nécessaires dans le lancement d’un projet au Maroc.

“L’objectif principal du programme est que le réfugié arrive à un niveau d’autosuffisance pour ne plus dépendre de l’assistance du HCR ou de quelconque organisation humanitaire”, explique au HuffPost Maroc Bettina Gambert, représentante adjointe du HCR au Maroc. “Nous voulons aussi montrer que le Maroc peut être une destination pour les réfugiés et ne plus être considéré comme pays de transit vers l’Europe par exemple”, ajoute-t-elle.

Si le HCR et l’AMAPPE veillent à améliorer l’employabilité des réfugiés, ils s’évertuent aussi à les accompagner dans les différentes étapes de création de micro-entreprises ou plus récemment de coopératives, grâce la nouvelle réforme législative, comme l’explique Bettina Gambert. Les deux organisations accompagnent aussi les profil les plus adaptés dans l’obtention du statut et de la carte d’auto-entrepreneurs.

Formation professionnelle

Mais avant de se jeter dans le monde de l’entrepreneuriat, les réfugiés doivent d’abord passer par les ateliers de sensibilisation et de motivation à la création d’activité génératrice de revenu, donnés par les formateurs de l’AMAPPE mais aussi, des instituts de formation professionnelle comme l’OFPPT, pour les plus jeunes.

“Une fois que l’intérêt pour un projet est affiché de la part du réfugié lors de ces ateliers, un conseiller de l’association élabore avec lui son idée pour la rendre plus claire”, explique au HuffPost Maroc, Omar Chourak, responsable de programme à l’AMAPPE.

Le conseiller effectue par la suite une étude de faisabilité pour établir le potentiel de réussite qui sera soumis à un comité de validation composé de membres de l’AMAPPE, du HCR et plus récemment de l’Office de développement et coopération (ODCO), et de l’ANAPEC.

L’agence des Nations Unies a d’ailleurs signé, le 18 mai dernier, une convention avec la CGEM et le Ministère Délégué Chargé des MRE et des Affaires de la Migration (MCMREAM) pour faciliter l’insertion économique des réfugiés au Maroc.

En avril 2018, le HCR a enregistré plus de 5000 réfugiés et 2200 demandeurs d’asile au Maroc. Près de la moitié d’entre eux ont fui la guerre en Syrie, mais plusieurs viennent de Côte d’Ivoire, du Yémen, du Cameroun, de la République démocratique du Congo, ou encore de la Guinée.