MAROC
28/12/2018 14h:15 CET

Au Maroc, Latifa Ibn Ziaten a rendu hommage aux jeunes touristes scandinaves

Maman d'Imad, tué par le terroriste français Mohamed Merah en 2012, elle est aujourd'hui un symbole de paix et de vivre-ensemble.

Latifa Ibn Ziaten/Twitter

HOMMAGE - L’amour après la terreur. Depuis samedi dernier, les rassemblements se sont multipliés en hommage à Maren Ueland et Louisa Vesterager Jespersen, les deux touristes scandinaves sauvagement tuées au nom du terrorisme. Ces 26 et 27 décembre, c’est la “mère courage” et symbole de paix Latifa Ibn Ziaten, qui a été invitée au Maroc en mémoire des deux jeunes filles.

“Les hommages sont toujours un peu durs et tristes pour moi, parce que j’ai été personnellement touchée par le terrorisme. Mais quand une chose comme celle-ci arrive, j’ai toujours une pensée pour les victimes et leurs familles.”

Cette maman courage a perdu son fils, Imad en 2012. Il a été la première victime du “tueur au scooter”, le terroriste français Mohamed Merah. Depuis, Latifa Ibn Ziaten est devenue un symbole de paix et de vivre-ensemble au travers de son association “Imad Ibn Ziaten pour la Jeunesse et la Paix”. Malgré la perte de son enfant, elle a fait de sa douleur un combat. Celui de lutter contre l’intégrisme, l’exclusion. Celui de favoriser le partage, l’ouverture et l’amour des autres.

Sa présence au Maroc après la tragédie d’Imlil fait sens. A peine son action “Noël pour tous” en faveur des enfants du foyer des Apprentis d’Auteuil de Paris terminée, elle a annulé deux rendez-vous pour se rendre au royaume. Elle a été invitée à deux cérémonies d’hommage qui ont eu lieu à Martil et à Tétouan. 

Ils étaient nombreux devant l’église de Martil. Pas moins sur la place de l’église de Tétouan. Latifa Ibn Ziaten, elle, a parlé avec son coeur. Ses douleurs. Son courage. “En cette période de fête, j’ai eu également une pensée pour mon fils, Imad. Il y a 6 ans, je passais mes dernières fêtes avec lui. C’est très dur. J’espère que les familles des victimes vont tenir le coup. C’est terrible”, souligne-t-elle au HuffPost Maroc

Le Maroc, “un pays de paix”

Latifa Ibn Ziaten a également eu une pensée pour le Maroc et les Marocains. “Je suis triste pour le Maroc parce que c’est un pays très performant en matière de sécurité. Les Marocains sont très attentifs à la protection de leur pays”, affirme la “mère courage”. “Nous sommes tous touchés. Ce drame, ce n’est pas nous. Le Maroc est un pays de paix et de vivre-ensemble. J’ai grandi entre Tétouan et Tanger avec des juifs et des espagnols, tout le monde s’entendait bien. Ces gens-là veulent amener la terreur, mais il ne faut pas céder à la peur”.

Depuis 2012 avec son association “Imad Ibn Ziaten pour la Jeunesse et la Paix”, elle sensibilise des deux côtés de la Méditerranée aux dangers de la radicalisation. Ici, elle continue de délivrer ses messages. “Je me tourne toujours vers les familles. Ce sont les premiers responsables de nos enfants. Même s’il y a la pauvreté, il faut avancer, se projeter. L’éducation donne beaucoup de sens à tout ça. La richesse du coeur est plus importante que la richesse matérielle”, souligne la maman.

Avant de rappeler le rôle que l’on peut jouer, chacun, en tant qu’individu pour éviter de telles horreurs. “Les enfants doivent grandir avec l’amour. Il faut dialoguer, échanger. Mais nous sommes aussi tous responsables. Il ne faut pas compter seulement sur l’État. La société joue un rôle: en allant vers les autres, en partageant. C’est l’avenir de demain.”

Le vivre-ensemble au Maroc

Latifa Ibn Ziaten en a profité pour enclencher son futur projet de vivre-ensemble au Maroc. “Je viendrai rendre hommage à mon fils, Imad, le 11 mars, comme chaque année. En même temps que chaque hommage, je mène une bonne action.” Il y a deux ans, elle était à Figuig avec 20 jeunes pour un projet éducatif. Ensemble, ils avaient restauré une synagogue. Elle avait également profité de sa visite préparatoire au Maroc pour aller à la rencontre des collégiens et lycéens de Figuig et Bouarfa et des détenus avec lesquels elle avait eu un échange émouvant. 

Aujourd’hui, le projet sera celui d’une bibliothèque et d’une salle informatique au collège Abid El Jabiri de Tétouan. 10 jeunes français issus des Écoles de la deuxième chance mèneront l’action du 28 février au 14 mars prochain.“Nous avons également en projet l’ouverture d’une bibliothèque au centre pénitentiaire Oued Laou. Nous partagerons aussi un repas avec une famille. On apprend beaucoup autour d’une table”, souligne Latifa Ibn Ziaten. Avant de conclure, touchante: “Je suis très triste au fond de mon coeur mais je veux donner du bonheur aux gens, voir des yeux briller.”