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30/07/2019 16h:26 CET | Actualisé 30/07/2019 16h:26 CET

Au Maroc, l’illusion du développement

"Il est grand temps de parier sur une économie de la connaissance, sur la formation de notre jeunesse".

Andia via Getty Images
Des enfants remplissant un seau d'eau dans la médina de Casablanca.

SOCIÉTÉ - A l’occasion de l’anniversaire des 20 ans de règne de Mohammed VI, l’hebdomadaire français Le Point titrait ce mois-ci “Le Maroc, la nouvelle puissance”. Le lecteur français, appelons-le François, feuillette le magazine et y trouve un portrait dithyrambique du Maroc. “Ah ça me rappelle mes vacances au Club Med à Agadir, c’était merveilleux. En plus maintenant, ils ont Tanger Med et le TGV”, se dit-il. Ainsi, le développement en trompe-l’œil du Maroc relève d’une campagne publicitaire destinée à charmer l’étranger plus que d’une véritable révolution.

Sous le règne de Mohammed VI, la façade du Maroc a radicalement changé et il serait totalement insensé de le nier. Exit le Royaume tenu d’une main de fer durant les années de plomb; dites bonjour au Royaume tenu d’une main de velours. Les projets d’aménagement du territoire national, l’émergence de champions marocains à l’étranger, notamment en Afrique, et la stabilité politique du pays contrastent avec le marasme ambiant chez nos voisins arabes et africains. Ces attributs sont souvent érigés en tant que trophée par nos décideurs. La bénédiction de l’étranger et de ses capitaux, voilà le Saint Graal. Force est de constater que le modèle de développement du Maroc, si tant est qu’il y en ait eu un, s’essouffle, comme l’a souligné le roi Mohammed VI en octobre 2017. 

Où sont passés les fruits de la croissance?

Trickle down economics. Cela a été l’alibi utilisé par les élites pour justifier leur enrichissement progressif aux dépens du peuple. L’idée est simple, limite simpliste: les riches en s’enrichissant enrichiront les classes sociales les moins riches car ils paieront leurs impôts, créeront des emplois etc. Néanmoins, le Maroc demeure le pays le plus inégalitaire d’Afrique du Nord comme le montre le rapport d’Oxfam. Le coefficient de Gini, une mesure internationale de calcul des inégalités, était de 39,9 en 1985. Il est de 39,5 en 2014, et ce en excluant les inégalités de patrimoine.

Où sont passés les fruits de la croissance? Et en parlant de croissance, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) vient de livrer son rapport sur l’économie du pays: un taux de croissance de 3%, en-dessous des espérances, du fait d’une saison agricole décevante marquée par, je cite, une “pluviométrie en recul”. L’économie du Maroc reste trop dépendante d’un secteur agricole qui ne crée pas d’emplois, qui ne paie pas d’impôts et qui reste à la merci d’une Dame Nature qui a de plus en plus chaud. Voilà désormais trop longtemps que ce constat a été établi sans que rien ne soit fait.

La crise de l’éducation est une crise morale et structurelle

Aujourd’hui, l’analphabétisme touche encore 30% de notre population. Pour dire les choses autrement, au moins 30% des Marocains sont livrés à eux-mêmes. Or comment voulez-vous qu’un enfant, sans éducation, sans enseignement civique, sans esprit critique puisse se défendre face à l’obscurantisme religieux et la mondialisation acharnée? Il est grand temps de parier sur une économie de la connaissance, sur la formation de notre jeunesse. Ce faisant, le Maroc pourra petit à petit grimper dans la chaîne de valeur, nos entreprises pourront innover et exporter. Notre pays dispose d’une pléthore d’avantages stratégiques sous-exploités car nous n’avons pas aujourd’hui les compétences pour le faire. 

La crise de l’éducation que connait notre pays depuis des années est une crise morale et structurelle. Celle-ci n’a duré que trop longtemps et menace l’avenir de notre pays. Ce dernier peut être radieux, à condition d’avoir un système éducatif digne de ce nom.