MAROC
10/04/2019 16h:47 CET

Au Maroc, 10 personnes ont été condamnées à mort en 2018

Les condamnations à la peine de mort sont en baisse dans le monde.

AIC PRESS
Amnesty International a présenté le rapport ce 10 avril au Maroc. 

RAPPORT - Ce 10 avril, Amnesty International a présenté son rapport annuel sur la peine de mort dans le monde. Le Maroc enregistre une très faible baisse par rapport à l’année précédente. 

Dans le royaume, 93 personnes étaient sous le coup d’une condamnation à la peine de mort l’année dernière, soit deux personnes de moins qu’en 2017. Même si aucune exécution n’a eu lieu depuis 1993, rappelle Amnesty, “les tribunaux ont prononcé dix condamnations à mort” en 2018. Cinq de moins que l’année précédente. Le royaume fait également partie des 29 pays où les condamnés ont bénéficié d’une grâce ou d’une commutation, aux côtés de l’Afghanistan, du Soudan, des États-Unis ou encore des Maldives. D’après les données de l’ONG, le Maroc a accordé 5 grâces l’an passé.

En 2017, à l’occasion de la sortie de son dernier rapport, Amnesty International avait interpellé le gouvernement marocain en adressant un mémorandum au premier ministre Saad-Eddine El Othmani. Dans ce dernier, l’ONG appelait le pays à abolir définitivement la peine capitale. Elle exhortait également le royaume à voter en faveur du moratoire de l’ONU sur les exécutions dans l’objectif d’abolir la peine de mort. Son appel n’a pas été entendu. Le 17 décembre 2018, les États membres des Nations unies se sont réunis pour le vote final du moratoire. La résolution pour l’abolition de la peine de mort a été adoptée. 121 pays se sont prononcés en faveur de cette dernière parmi lesquels plusieurs pays africains comme l’Algérie, Madagascar, l’Érythrée ou encore le Gabon. Le Maroc fait partie des 32 pays qui se sont abstenus lors du vote. 

Il fait partie des pays “dont la législation prévoit la peine de mort pour des crimes de droit commun tels que le meurtre, mais qui peuvent être considérés comme abolitionnistes en pratique parce qu’ils n’ont procédé à aucune exécution depuis au moins 10 ans et semblent avoir pour politique ou pour pratique établie de s’abstenir de toute exécution”, souligne Amnesty International. Mais “la condamnation à mort est une épée de Damoclès tant que la législation ne l’a pas abolie. Car, aujourd’hui, s’il elle n’est pas pratiquée (depuis 1993), rien ne l’empêcherait dans la législation”, rappelait l’an passé le directeur général de l’organisation au Maroc, Mohamed Sektaoui.

Des chiffres positifs dans la région et au niveau mondial

Au niveau régional, la région Moyen-Orient/Afrique du Nord est celle qui a enregistré la plus grosse baisse l’an passé (41%), passant de 847 en 2017 à 501 en 2018. C’est le “chiffre le plus bas enregistré dans la région”, souligne le rapport. Selon les données que l’ONG a pu recueillir, 5 pays sont concernés par ces exécutions: l’Arabie Saoudite (environ 149), l’Irak (environ 52), l’Égypte (environ 43), l’Iran (environ 253) et le Yémen (données non disponibles). En Iran, parmi les condamnés à mort, 7 d’entre eux étaient âgés de moins de 18 ans au moment des infractions commises. 

Au niveau mondial, les chiffres enregistrent une chute considérable. En 2018, le nombre d’exécutions recensées à travers le monde a baissé de plus de 31%. C’est même le chiffre le plus faible depuis au moins 10 ans. A la fin de l’année 2018, 106 pays avaient aboli la peine de mort dans leur législation pour tous les crimes. “La chute du nombre d’exécutions à l’échelle mondiale prouve que même les pays apparemment les plus rétifs amorcent un changement et réalisent que la peine de mort n’est pas la solution”, a souligné Kumi Naidoo, secrétaire général d’Amnesty International. “Cela incite à espérer que ce n’est qu’une simple question de temps avant que ce châtiment cruel et archaïque ne soit relégué au passé”.

Amnesty International

Mais le chemin est encore long. Aux États-Unis (25), au Japon (15), à Singapour (13) et au Soudan du Sud, les exécutions ont connu une forte augmentation en 2018. La Chine serait le pays qui compte le plus d’exécutions, mais les chiffres sont impossibles à vérifier étant classés “secret d’État”, rappelle Amnesty. De son côté, la Thaïlande a repris les exécutions après plusieurs années d’arrêt, le président du Sri Lanka a annoncé vouloir les reprendre et, récemment, le sultanat de Bruneï a autorisé la peine de mort par lapidation pour les personnes homosexuelles ou coupables d’adultère. Au total, 19.000 personnes sont toujours condamnées à mort à l’échelle mondiale.