ALGÉRIE
02/03/2019 12h:13 CET | Actualisé 02/03/2019 12h:41 CET

Au lendemain des manifestations du 1 mars: un peuple debout, un pouvoir groggy

Zohra Bensemra / Reuters

Plus que 24 heures avant la clôture du dépôt des dossiers de candidatures au scrutin présidentiel prévu le 18 avril prochain. Vendredi 01 mars 2019, les Algériens ont voté avec leurs pieds et leurs voix dans un véritable référendum populaire dans les rues de toutes les villes du pays.

Debout, le vent en poupe, les Algériens ont exprimé, haut et fort, leur rejet d’un 5e mandat pour le président Abdelaziz Bouteflika, malade et qui ne peut plus s’adresser à eux depuis 2012. Ceux qui ont feint de ne pas comprendre le message du vendredi 22 février, ne peuvent pas ignorer celui du 01 mars: c’est un non clair et net au 5e mandat.

La vraie question, aujourd’hui, est de savoir si le pouvoir décide d’entendre ce message ou de l’ignorer. Les premiers indices penchent beaucoup plus vers cette seconde hypothèse.     

Du côté du pouvoir, on semble chercher à tirer un profit des incidents qui se sont déroulé au niveau de l’Hôtel El Djazaïr et où Hacen Benkhedda, fils de l’ancien président du GPRA, Benyoucef Benkhedda, a trouvé la mort. Hormis cette tentative de gestion médiatique des incidents, le pouvoir n’a montré aucun signe indiquant qu’il est disposé à renoncer à la feuille de route Bouteflika V, en marche depuis plus d’une année.

La sortie nocturne du ministre de l’Intérieur à laquelle était conviée la presse publique uniquement, a donné la mesure du désarroi dans lequel est plongé le pouvoir. Groggy, le ministre s’est contenté de commentaires minimalistes sur les manifestations: “pacifiques dans leur globalité” et a “loué la sagesse et le professionnalisme des services de sécurité”.

Les médias publics, suivis d’ailleurs par la plupart des TV offshore, ont été instruits de minimiser le nombre des manifestants et de ne parler que de la  “revendication de réformes profondes”. Même la formule de “l’appel de Bouteflika à renoncer à un 5e mandat” utilisé par l’agence officielle (APS), la semaine passée a disparu au profit de formules aseptisées où l’objet même des manifestations, le rejet d’un 5eme mandat pour Bouteflika est totalement ignoré.

Il faudra attendre le deadline du dimanche 03 mars pour savoir si le pouvoir va décider de maintenir envers et contre tous la candidature de Bouteflika.

Côté opposition, une question se pose :  les candidats annoncés vont-ils maintenir leurs candidatures au risque de donner une couverture à une “réélection en marche” de Abdelaziz Bouteflika.

Les partis d’opposition algériens parviendront-ils enfin à traduire politiquement cette entrée en lice d’un peuple indigné?

Les “candidats” à la candidature peuvent-ils continuer à jouer la carte électorale même si le président sortant maintient sa candidature? Ne risquent-ils pas d’être définitivement en porte à faux de la population qui, elle, ne veut plus entendre parler d’une candidature de Bouteflika.